TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESLes citoyens s’attaquent au Conseil Départemental

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

À l’approche des élections départementales fixées au 22 et 29 mars prochain, la rédaction d’Aparté s’est penchée sur une initiative qui se veut citoyenne, solidaire, écologique et démocratique.

alternative citoyenne

En réaction à l’imminence de crises politique, économique et écologique, des citoyens et des militants des partis de gauche se sont posés la question suivante : comment proposer une alternative solide face à la montée en puissance du Front National ?

Certains d’entre eux pensent avoir trouvé une solution, selon leurs propres mots « les citoyens doivent reprendre en main la démocratie ». Ils proposent la « construction » par les citoyens d’une véritable « démocratie départementale ». On a rencontré deux d’entre eux dans un modeste bar près de la bouche de métro Palais de Justice.

Entre les bouffées de fumée, les gorgées de bière et les rafales de vent, on a pu avoir une discussion sérieuse autour de la politique, et de l’intérêt d’une telle démarche. Romain et Simon sont tous les deux chargés d’une liste Alternative Citoyenne, et accessoirement encartés au Parti de Gauche.

Les présentations faites, une des tables bancales choisies, on se lance dans le vif du sujet. Romain prend rapidement le lead de la conversation. Il présente l’Alternative citoyenne comme une réponse au « tremblement de terre politique des élections européennes ». Le Front National, premier parti de France, a fait réfléchir certains militants de gauche. Romain et Simon font partie de ces types qui en avaient marre des « cartels et des alliances politiques« . Ils penchent plutôt pour une « mouvement qui a pour vocation de déborder les frontières politiques ».

« On est tous des citoyens, notre rôle est de redonner un sens à la politique »

L’histoire commence simplement. Des militants de gauche et des citoyens sentis lésés se réunissent pour soutenir un mouvement « Pour une majorité citoyenne en Haute Garonne ». Des partis s’intéressent à l’initiative. Voilà ! Alternative Citoyenne est née. Citoyens et partis politiques (Nouvelle Donne, Parti de Gauche et EELV) marchent main dans la main pour s’emparer du Conseil Départemental. « Les candidats ont été élus par une assemblée citoyenne, à titre individuel « , nous confirme Romain garantissant des candidats « sans baguage technocratique« .

Le mot passe de bouches à oreilles. Des affiches sont placardées, et le porte à porte s’enchaîne pour mobiliser les gens. Sur les réseaux sociaux et sur internet, leurs programmes et leurs tracts commencent à circuler. Concrètement, l’idée est simple. Sur la base du volontariat, des réunions s’organisent. « Les personnes viennent avec leurs idées, les partagent, débattent. On est tous des citoyens, notre rôle est de redonner un sens à la politique. Les idées sont ensuite rassemblées pour former le programme des candidats« , nous indique Romain. Les personnes présentes aux réunions se groupent en tables, souvent par affinité ou selon les places restantes.

Axé sur le ton de l’humour et la bonne humeur, les groupes de discussions traitent de sujets variés : réappropriation de l’économie locale, transparence de la politique départementale, solidarité locale ou questions énergétiques. Chacun vient avec ses propres appréhensions et expériences pour échanger les uns avec les autres. Petit plus, les assemblées se terminent souvent par un petit apéritif avec au menu des produits locaux !

Quand on leur demande où le mouvement se positionne politiquement, la réponse est univoque : « On est pas la gauche de Macron« . L’alternative s’inspire des mouvements européens qui ont le vent en poupe, Podemos et Syriza. Les deux mouvements, jugent-ils, « cherchent à renouveler la politique« . Finalement, Alternative citoyenne est un « Front de Gauche élargi » selon leurs propres mots, « c’est un mouvement plus large et plus ouvert dans un contexte d’effondrement du PS et d’une ascension du FN« . Leur leitmotiv est « de bouleverser les rapports de force par une entrée brutale » sur l’échiquier politique.

Alternative citoyenne se veut une « réponse à la défiance du système observée leurs des élections à toutes les échelles« . Un système que Romain n’hésite pas à décrire comme « pourri par les affaires à répétitions et le mandat du président-escroc, Sarko« . Alternative citoyenne tente d’y mettre fin. « Les élus [d’Alternative Citoyenne] ont un engagement auprès des assemblées citoyennes qui fixent les directives et déterminent leurs positions« , explique-t-il.

Lorsqu’on passe aux questions qui fâchent, la lueur d’espoir et les sourires ne s’envolent pas du visage de nos interlocuteurs. La question nous brûle tous aux lèvres, est ce que ça marche ? « Les résultats sont mitigés, mais ça marche assez bien. Les gens sont présents et s’y intéressent« , assurent-ils. Le risque de perdre ne leur fait pas peur. « Alternative Citoyenne c’est une expérience, un test qui à vocation à se concrétiser dans les prochaines élections« . Simon lâche, confiant et sûr : « Le mouvement ne va pas s’éteindre à la fin des élections. À terme, on sera présent aux présidentielles de 2017 en s’ouvrant aux autres partis proches de nos idéaux« .

« On n’est pas la gauche de Macron »

Selon eux, l’intérêt de la démarche est de « combler le vide politique en redéfinissant une manière de faire la politique adaptée au XXIème siècle. Le cadre UMPS ne suffit plus. Beaucoup des citoyens rencontrés sont déçus par Hollande. Certains nous disent « plus jamais », et affichent leur profond regret. L’UMP et le PS ne sont pas les uniques gestionnaires de la politique. Le système actuel, imposé par les partis dominants, n’a aucune réalité idéologique ni philosophique et tend à minorer les autres mouvements. Les citoyens montrent leurs désaccords, et s’opposent à l’oligarchie politique ».

On l’aura compris. Les clivages politiques actuels ne veulent plus rien dire. Attention pourtant, il ne faut pas y chercher des relents du populisme ou de l’extrême droite. Romain écarte l’idée, « L’extrême droite est dangereuse parce qu’elle joue avec les liens directs avec le peuple. Elle se place comme défenseur des intérêts du peuple face à la bourgeoisie politique. Nous, on déconstruit le populisme et la politique pour se rapprocher des citoyens, on appelle les peuples à se rassembler sans distinction de nationalités. La France manque encore de lucidité, et ne veut pas trouver la solution à la transition politique dans un mouvement citoyen« .

L’entretien se termine sur un rappel historique, mais non moins particulier. Romain compare l’initiative citoyenne aux « députés de la gauche de 1789, ceux qui se sont positionnés pour donner plus de pouvoir au peuple« . Nos verres sont terminés, et nos deux interviewés ont des choses à faire. Ils ont moins de 30 ans, l’un est étudiant au Mirail et l’autre bosse pour le Conseil régional Midi-Pyrénnées. Au fond, la politique, ce n’est pas qu’une affaire de vieux sur-diplômés et déconnectés de la réalité.

départementale

 

Le mouvement Alternative citoyenne est présent dans 7 cantons sur les 27 de Toulouse (représentés ci-contre). Les candidats sont issus d’horizons différents : enseignants, étudiants, cadres,.. et sont rassemblés pour bouleverser la donne politique départementale.

 

 

 

// Le récap’ historique

Avant de s’intéresser à la politique, il est bon de savoir de quoi on parle. Les élections départementales sont ces élections largement boudées par les Français. En mars 2011, seulement 44% des Français (selon les chiffres du gouvernement) sont sortis de chez eux pour exercer leur droit de vote. Bon an, mal an, cette participation atteint les 60%. Le gouvernement fait peau neuve, et le Conseil autrefois général devient départemental. Une petite révolution en la matière. Toutefois, la réelle nouveauté de ces élections est le principe de parité qui vient gonfler le nombre de candidats (un homme, une femme pour chaque canton). À l’occasion, la carte cantonale subit un de ses énièmes tripatouillages au grand dam des électeurs un peu perdus.

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Brice

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