TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESÀ Toulouse, qui Veil sur le Planning familial ?

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

À la fin du mois de février, le Planning Familial 31 devra fermer s’il ne trouve pas 51 000€ de financement. Une situation critique qui témoigne d’une crise plus générale du secteur social.

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Claire, bénévole au planning familial 31

Cela fait à présent une semaine que le planning familial toulousain ne décroche plus : sur leur répondeur, la fermeture est évoquée avec pudeur. Minés par les difficultés financières, les salariés et bénévoles du Planning Familial 31 ont organisé, le 30 janvier dernier, une réunion d’information à La Chapelle, haut-lieu alternatif d’expérimentation sociale et culturelle, pour discuter de son avenir.

La loi Veil, déjà 40 ans… Et après ?

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La loi Veil, qui donne accès à l’avortement pour toutes les femmes, a 40 ans. Créé dans ce contexte d’émancipation des femmes, en 1974, le Planning Familial constitue une institution de la santé sociale qui permet d’accueillir, d’informer et d’écouter. Et, malgré l’avènement d’Internet et d’une génération habituée aux messages de prévention, celui-ci aujourd’hui encore reste un support indispensable. Il voit passer « environ 1 400 personnes par an » rien qu’à Toulouse, comme l’affirme Claire, bénévole au Planning, présente ce soir-là.

Le Planning reste un support indispensable : il voit encore passer environ 1 400 personnes par an, rien qu’à Toulouse

Au-delà de l’avortement, le Planning joue un rôle essentiel dans le conseil au sujet de la contraception : c’est la seule structure gratuite, anonyme, et sans rendez-vous sur Toulouse. Il est aussi le seul à accompagner les mineures enceintes qui désirent avorter sans en informer leurs parents. En plus de quoi il propose de nombreux groupes de paroles et de soutien pour des femmes victimes de viol ou de violences conjugales. Si l’association disparaît, qui la remplacera dans ces actions ?

/// Lire aussi : La justice de Toulouse face à un avortement sauvage

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Dettes et déficits

Depuis quelques mois, et plus particulièrement depuis mi-janvier, la situation financière devient critique. Les plannings familiaux, et pas seulement celui de Toulouse, font face à des subventions qui stagnent voire diminuent. Mais à Toulouse, un procès aux Prud’hommes en décembre 2014 a accentué le déficit. En effet, héritant des dettes contractées après des conflits entre l’ancien Conseil d’Administration et l’ancienne équipe salariée, le Planning Familial 31, entièrement renouvelé depuis 4 ans, doit désormais verser 31 000€ avant fin février à une ancienne salariée.

À partir de février, il sera impossible de payer les employés

Cette échéance sonne comme un ultimatum : à partir de février, il sera impossible de payer les employés, dont le versement des salaires représente environ deux-tiers du budget annuel. « L’autre tiers de notre budget nous permet de mener nos actions et de gérer nos permanences » explique Claire.

Salariés et bénévoles ont donc pour objectif de débloquer une aide d’urgence de 51 000€, qui leur permettrait de combler le déficit pour l’année 2015. Cependant, il faudrait au moins le double pour pouvoir accomplir tous leurs projets. Si le Planning répond à des appels à projets provenant de différents créanciers, cela ne concerne que leurs actions « concrètes », et notamment leurs actions de prévention dans les écoles. Ce sont les seules actions que les salariés continuent à assurer ; « car ce sont des engagements pris depuis longtemps », affirme Claire.

Organisées au cours des derniers mois, les multiples rencontres avec des créanciers et des responsables de la région n’ont pas donné lieu à des promesses ou de mesures concrètes. Il s’agissait de prendre la température et ainsi de faire un « état des lieux ». Le Planning Familial, dont la mission est celle d’un service public, reçoit des subventions de la part de la CAF, du Conseil Général… Cela n’est cependant pas suffisant.

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Cas isolé ?

La fermeture du Planning Familial rejoint une dynamique plus vaste :

  • Au niveau hexagonal, les différents Plannings Familiaux français sont victimes de stagnations et de baisses des subventions, voire de fermetures. C’est aussi le cas des petites structures sanitaires et sociales : la fermeture des petites maternités devient monnaie courante.
  • Au niveau local, cette fermeture s’inscrit plus largement dans un mouvement qui concerne plusieurs domaines d’activités à Toulouse, de la culture au social, en passant par la baisse des financements publics pour les structures associatives.

/// Lire aussi notre dossier « Toulouse. Expulsions, la loi des séries »

Ainsi, la résistance s’organise : une pétition de soutien a dépassé la barre des 3000 signatures début février, et leur appel aux dons a engrangé 2620€ au 1er février. Cependant, leur combat n’est pas fini.

Pour répondre à la demande, le Planning 31 doit se développer et obtenir en priorité une aide d’urgence, afin d’éponger les dettes et repartir sur des bases saines. Mais à long terme, la création d’un nouveau poste salarié apparaît nécessaire : « Toulouse est la 4ème ville de France, mais on a que 3 salariées ! À Marseille elles sont au moins 20, à Montauban 5 salariées ». Également, un changement de locaux semble primordial : espace étroit, mauvaise isolation… « On doit mettre la radio dans la salle d’attente pour qu’on n’entende pas les patientes en entretien… » se désole Claire. Enfin, le désir d’un surplus de subventions reste un objectif à long terme.

La survie du planning familial dépend des solutions financières qui doivent être trouvées rapidement si Toulouse veut empêcher la fermeture de cet espace essentiel aux droit des femmes et des mineurs à Toulouse. Son sort ne tient qu’à un fil.

Cet article a été publié il y a 7 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Pauline Ferrari

En 2ème année à Sciences Po Toulouse, chroniqueuse et vice-présidente de la webradio étudiante Good Morning Toulouse, deux jobs étudiants, des cours prenants, du sport, une vie sociale bien remplie (et alcoolisée), 40 lectures d'articles par jour et 2 concerts par semaine : une vie à cent à l'heure !

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Cet article a été publié il y a 2 ans. Il commence à dater mais …