TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESUne version de 1925 des « Misérables » restaurée et projetée à Toulouse

Cet article a été publié il y a 8 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Samedi, le TNT projetait en avant-première mondiale la version restaurée des Misérables d’Henry Fescourt, un film monumental de six heures réalisé en 1925. On vous raconte les dessous de cette restauration, propulsée par la Cinémathèque de Toulouse, et ses à-côtés.

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© Jean-Jacques Ader

L’histoire de la restauration des Misérables démarre suite à la découverte, dans les archives de la Cinémathèque de Toulouse, d’une copie d’exploitation du film monumental d’Henry Fescourt adapté du roman fondateur de Victor Hugo. La copie est examinée : l’objet filmique vieillit mal, et cette copie teintée est menacée de disparition.

Ni une ni deux, la Cinémathèque de Toulouse entre alors en contact avec le Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC), détenteur  lui aussi d’un négatif du film. Ensemble, et en collaboration avec la Fondation Seydoux-Pathé, ils mettent en forme le  projet de restauration de cette oeuvre datée de 1925. L‘équipe s’attelle à gommer les effets du temps sur la pellicule, méticuleusement, photogramme par photogramme. Quatre ans après, l’oeuvre de Fescourt reprend vie dans une version restaurée, sur support argentique et numérique.

cine-tnt_jjader69« Cette restauration, rendue possible grâce aux technologies numériques d’aujourd’ hui, a été conduite par le CNC à partir du négatif de Pathé, conservé par le CNC, et d’une copie d’exploitation en couleur, conservée par la Cinémathèque de Toulouse, qui reste l’un des seuls témoignages des choix de couleurs par le réalisateur », résume Béatrice de Pastre, directrice des collections du CNC et responsable du projet de restauration du film de Fescourt.

Ce film, muet, tourné en noir et blanc est en effet teinté selon un code de couleurs connu des spectateurs de l’époque. Le choix du bleu, par exemple, convoque l’univers de la nuit ; le vert est  utilisé pour signifier des flash-backs dans la narration…  Si la copie toulousaine n’avait pas été retrouvée à temps, ce travail de Fescourt sur les couleurs aurait tout bonnement disparu.

Les Misérables, longue tradition d’adaptation

Cette oeuvre vient s’inscrire dans une longue tradition d’adaptation cinématographique. La première adaptation des Misérables est réalisée par Alice Guy, au passage, première réalisatrice de l’histoire du cinéma et étonnamment méconnue. Ce film est alors un court métrage qui porte sur une seule partie du roman, comme l’indique le titre évocateur Sur  la barricade (1907).

Des réalisateurs de toute nationalités se sont par la suite emparés du roman, donnant naissance à des adaptation japonaises, mexicaines, et américaines. La dernière adaptation en date est la comédie musicale américaine sortie en 2012 avec Hugh Jackman, Anne Hathaway et Russel Crowe, que l’on avait critiquée ici.

/// Lire aussi : Les Misérables : considérations culinaires sur les adaptations d’outre-Atlantique

Mais ce que nous offre Fescourt en s’emparant des Misérables est surement l’une des plus fidèles adaptations du roman de Victor Hugo. Lors de sa sortie en salle, en 1925, le film dure huit heures et quinze minutes, pour une bobine longue de douze mille mètres. On projetait le film en feuilletons, de manière périodique. La version restaurée, celle présentée en avant première au TNT samedi dernier dure quant à elle, six heures. Elle a en effet été amputée à cause de la disparition malheureuse de certaine bobines au cours du siècle dernier.

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© Jean-Jacques Ader

Une fresque historique entre Restauration et Monarchie de juillet

Le film nous replonge dans les aventures de Jean Valjean qui rencontre tour à tour, Javert, Fantine, Cosette, Gavroche… et nous emmène du  village Digne à Montreuil-sur-mer pour finir à Paris. Cette fresque  de la première moitié du XIXe peint une France déchirée par les guerres et la pauvreté entre Restauration, Monarchie de juillet et Insurrection républicaine de 1832.

Fescourt nous livre des portraits des personnages du roman extrêmement détaillés, qui participent à la création d’un univers lointain, tout comme le font d’ailleurs les décors variés dans leur composition, d’intérieur ou d’extérieur, ainsi que les costumes. La mise en scène est épurée et fluide, entièrement au service de la continuité narrative et au respect de la diégèse hugolienne. Tout ou presque y est pensé dans une volonté de  fidélité à l’oeuvre originelle. Les intertitres, couramment utilisés dans le cinéma muet de l’époque, sont extraits du roman, unique scénario du cinéaste.

Une avant première pépouze

Quant au TNT, il  a fait salle comble pour cette avant-première, le public préférant vivre cette opportunité exceptionnelle plutôt que de se mêler a la cohue des courses de noël.

La projection co-réalisée par le TNT était accompagnée musicalement par le compositeur Karol Beffa au piano, qui a livré une prestation-performance de six heures tout en sensibilité et puissance dramatique.

Nos appréhensions, qui portaient sur le fait de se faire une petite toile muette de six heures un samedi après midi se dissipent peu à peu. Il  faut dire que les conditions de visionnage sont parfaites et que la grande salle du TNT participe au magique du moment.

Risotto et potage hivernal

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© Jean-Jacques Ader

On se retrouve embarqué dans un autre temps, par la poésie des images et l’universel du drame. Le public entre dans la salle décontracté, certains déjà vêtus de leur tenue post-gueule de bois dominicale, et se laissent bercer par rythme récit. L’entracte d’une heure permet à l’assistance de se dégourdir les jambe et de se restaurer. Une collation de choix était prévue à cet effet : risotto et potage hivernal. Les plus organisés ont pensé à ramener leur picknick et se font remarquer par leur sens pratique. Une fois restaurés, nous  jetons toute nos forces dans la bataille finale qui nous révélera les derniers secrets de l’histoire.

 

Le CNC et la Cinémathèque de Toulouse, en collaboration  avec la fondation Jérôme Seydoux-Pathé, sortent des archives un chef d’oeuvre du patrimoine cinématographique français qui, sans leur travail, n’aurait peut être jamais eu la chance  parvenir au public contemporain. Selon le distributeur (Pathé) , il va être question d’une sortie en Dvd de cette version restaurée et pourquoi pas, d’une nouvelle sortie en salle !

 

Cet article a été publié il y a 8 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Paul Thiry

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