TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTES« Une nouvelle amie » d’Ozon : Un homme est une femme

A la suite du décès de sa meilleure amie Laura, Claire est totalement bouleversée. Elle se tourne vers David, l’inconsolable mari de son amie. Son secret va les unir et leur redonner le goût de vivre, une autre vie. Critique d’Une nouvelle amie, le dernier-né d’Ozon. 

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Comme François Ozon l’a reconnu lui-même dans l’entretien qu’il nous a accordé, c’est peu dire que les notions de sexe, de genre ou même d’identité ont créé un épais nuage de confusion ces derniers mois en France. Dans un tel contexte, un film comme Une Nouvelle amie apparaît moins comme une œuvre pédagogique, terme dont se défend d’ailleurs le réalisateur, que comme un conte de fée moderne invitant à s’y retrouver, en moral comme en morale.

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Sans chichi, Ozon associe directement la parole au geste et nous épargne une fausse intrigue autour du travestissement de David (Romain Duris). Dévoilé dès le début du film, le metteur en scène s’évite ainsi les interprétations qui voudraient que le mystère ou l’attente autour de la révélation cache une certaine gêne de sa part vis-à-vis de ce sujet.

Le deuil de la féminité

Si c’est bien évidemment à tâtons que Romain Duris devient femme, l’hésitation est celle d’un personnage incompris qui doit faire face à la mort de sa femme — un deuil qui est aussi celui de la féminité. C’est cette absence laissée par la défunte épouse de l’un et meilleure amie de l’autre, qui va conduire à la naissance de Virginia, désir longtemps contenu de David d’exister en tant que femme, exutoire pour Claire, qui retrouve une (nouvelle) amie.

Se travestir n’est pas être homosexuel, comme le pense le mari de Claire

La force d’une adaptation cinématographique, ici celle de la nouvelle The New Girlfriend de Ruth Rendell, se mesure peut-être à la justesse des partis-pris du réalisateur, le lien étroit entre créativité et respect de l’œuvre originale.

Sans parler du remodelage forcé par le passage d’une nouvelle de quelques pages à un scénario de long métrage, on peut saluer la volonté de perpétrer d’abord la liberté de ton et l’ouverture d’esprit du texte initial avant d’en transposer l’histoire.

Si cette dernière reste le tableau privilégié par Ozon, il n’hésite pas à s’en détacher afin d’asseoir la cohérence de sa version et, au final, mieux en maîtriser les nuances. A la confusion mentionnée dans les propos liminaires, Une nouvelle amie répond avec des évidences qui méritent parfois d’être rappelées : se travestir n’est pas être homosexuel, comme le pense le mari de Claire (Raphaël Personnaz). C’est d’ailleurs parce qu’il aime tellement les femmes que David souhaite en devenir une.

Le regard distancé et amusé sur les idioties avancées par l’entourage des deux amies donne un ton léger au film qui sied sans doute mieux à son message de tolérance qu’une mise au point agressive et vaine.

Points faibles

Malheureusement, cette approche fonctionne trop souvent sur le décalage comique entre les présupposés d’une société encore conservatrice et l’émancipation assumée d’une figure marginale en contrepoint. Dommage l’originalité.

Certaines scènes mal interprétées sont symptomatiques d’un ton comique greffé au film qui dénote parfois avec la situation tragique vécue par les personnages. Le tragi-comique sert alors de prétexte à une mauvaise direction d’acteur qui détend l’atmosphère là où elle gagnerait à l’intensifier, la légèreté devient synonyme d’une incapacité à susciter l’émotion.

Le regard amusé sied sans doute mieux à son message de tolérance qu’une mise au point agressive et vaine

On aurait du mal à accabler la prestation des acteurs principaux, Romain Duris d’abord, qui parvient à devenir femme jusque dans la maladresse que cette transformation peut augurer au départ, ou Anaïs Demoustier, qui capture le transfert affectif de son personnage de Laura vers Virginia, mais la justesse des ambivalences qui caractérise leur relation se fait au prix de l’attention portée à ceux qui les entourent et à un registre émotionnel abandonné à quelques scènes calibrées et attendues.

Vu la peur et le brouillard qu’occasionne un tel sujet en France, on peut déjà se satisfaire qu’Une nouvelle amie dédramatise avec une certaine subtilité le regard porté sur le transgenre. Dommage cependant de se limiter à l’ambiguïté d’une relation entre Claire et Virginia/David sans avoir les mêmes exigences pour tout ce qui l’enrobe. Le manque de chair et de cœur qui nous laisse à distance du film se trouve sans doute dans ce creux émotionnel.

Article rédigé par Ben

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