TEMPS DE LECTURE : 8 MINUTESMétéo : une bourrasque contestataire souffle sur la faculté du Mirail

À la faculté Jean-Jaurès (Mirail), l’Assemblée Générale du jeudi 20 novembre consécutive au blocus a été marquée par un nouveau climat politique. Une lourde chaleur pesait sur l’amphi 8, où s’est déroulé l’AG. Et le vent a finalement tourné : les étudiants les plus opposés aux moyens d’actions décidées la semaine précédente se sont regroupés en nombre suffisant pour poser leur veto à la poursuite d’un blocage complet. Météo du blocus.

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Vote à main levée dans l’amphi 8 de l’université Jean-Jaurès plein à craquer — © Brice Bacquet / Aparté.com

La rosée du matin

Matinée du blocage, jeudi 20 novembre, jour du blocus. À notre arrivée sur le campus à 12h30, la plupart des bâtiments bloqués par du mobilier avaient déjà été dégagés par la sécurité du campus, à la demande du président de l’université. Un seul mot d’ordre : ne pas attiser les tensions.

Motivés par la tenue du blocus, les étudiants peaufinent un véritable campement d’occupation de la fac. Tentes et services de restaurations improvisés s’emparent des pelouses. Une ZIC, Zone d’Interpellation et de Conversation, calquée sur la « ZAD », ainsi qu’une Agora accueillent les passants et invitent au dialogue. Devant quelques bâtiments encore bloqués, des amoncellements de chaises et de tables dissuadent de toute intrusion. Quelques murs sont tagués de slogans.

Zone d'Interpellation et de Communication — © Brice Bacquet
Zone d’Interpellation et de Communication — © Brice Bacquet

« L’AG va commencer », signale un mégaphone. On se tasse dans l’amphi 8, le plus grand du Mirail. La salle est pleine à craquer. La capacité de 700 places est insuffisante, de nombreux étudiants restent debout et s’assoient dans les escaliers. On estime qu’il y a environ 1200 participants (contre 800 lors de la précédente). Forte mobilisation. Si le but du blocus était d’interpeller, ça semble avoir fonctionné.

Pluies fines

Quelques questions techniques perturbent le début de l’assemblée. Autorisation pour les médias de prendre des photos ? Tenue d’un vote directement après chaque débat ? Respect du temps de parole de chacun ? Il est choisi de garantir l’anonymat aux participants situés dans l’aile droite de l’amphi. Quatre étudiants se chargent d’organiser les tours de parole. Ils feront le maximum malgré certains débordements.

L’amphi est plein à craquer, si le but était d’interpeller, ça semble avoir fonctionné

Pendant les trois heures de la réunion étudiante, de nombreux intervenants, dont des « zadistes », prennent la parole. Certaines des revendications semblent éloignées du mouvement du Mirail. L’évocation de la situation internationale fait ressortir un énorme décalage avec le mouvement d’aujourd’hui. Qui ne soutiendrait pas le sort les étudiants mexicains ? On relativise et on adopte une «motion de solidarité avec les étudiants mexicains qui sont victimes d’une répression meurtrière».

Parmi les tracts qui circulent, une fausse lettre avec une en tête du Ministère de l’Intérieur, signée du président de l’université, Jean-Michel Minovez. Elle vise à attiser la colère des bloqueurs en les appelant à « être sérieux » et « retourner en cours » (à consulter ici).

Pendant 3h, les intervenants se succèdent à la tribune — © Anais Cabandé / Aparté.com
Pendant 3h, les intervenants se succèdent à la tribune — © Anaïs Cabandé / Aparté.com

Bourrasques anti-blocus

Le blocage de l’année 2009, qui avait immobilisé la fac pendant 4 mois, hante encore tous les esprits. L’originalité de cette réunion fut la mobilisation particulièrement importante des opposants au blocage, notamment par l’intermédiaire de Facebook. De nombreux étudiants sont venus uniquement pour manifester leur désaccord revendiquant leur droit d’étudier.

« Arrêtez de mettre à sac la fac ! »

Ils dénoncent l’image terrible qu’avait subie le Mirail et les nombreuses dégradations qui avaient eu cours. Selon eux : « le blocage a été inefficace, car le gouvernement n’avait pas plié ». Les victimes du blocages, disent-ils, sont « les étudiants les plus précaires, qui n’ont pas le luxe de rater leur année ». Il est demandé de respecter le choix de chacun de se rendre en cours. « Arrêtez de mettre à sac la fac », entend-on.

Couverture nuageuse

Le risque est le clivage. À Jean-Jaurès, les étudiants sont généralement d’accord avec les revendications, et même certains étudiants au cœur de la mobilisation se prononcent contre le futur blocus discuté en AG. Les blocages, s’ils se reproduisent, risquent selon les intervenants de « liguer à la fois les étudiants et l’opinion publique contre le mouvement ». L’autre écueil : véhiculer l’image simpliste d’un mouvement composé uniquement d’étudiants tyranniques, casseurs et bloqueurs, une image colportée par certains médias. Le blocage « n’aiderait pas à fédérer le mouvement » et serait ainsi « anti-productif ». En face, on rétorque : « la résignation, c’est le suicide des lâches. »

« La résignation, c’est le suicide des lâches. »

Beaucoup critiquent que cette assemblée se focalise trop sur le débat du blocage, et non sur leurs revendications contre le désengagement de l’Etat.

Tonnerre de revendications

Pourtant, une revendication a marqué les esprits. La fameux slogan contesté, « Du fric pour les facs, les lycées et la biodiversité, pas pour les flics ni pour l’armée ! » Des précisions sont apportées à l’égard de ceux qui critiquent le manque de clarté. Quel rapport entre les « flics » et la fac ? En clair, le gouvernement dépense trop pour des projets inutiles comme Sivens (lire aussi notre dossier sur Sivens) ou Notre-Dame des Landes, et l’austérité exercée dans les services publics est, au contraire, de plus en plus forte. Cela conduit les Français et les étudiants à la rébellion. Ces rébellions sont ensuite réprimées de plus en plus sévèrement par la police (voir notre article À Toulouse, manifestation interdite et souricière policière).

« La lutte est plus formatrice que les cours »

Certains protestataires ont su faire preuve d’imagination dans leurs propositions. En témoigne l’évocation d’une université alternative, d’une occupation de Vinci, de refuser les anti-blocus aux AG, ou de bloquer l’UT1 et le lycée Pierre de Fermat. « La lutte est plus formatrice que les cours », entend-on.

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Afin de ne pas déranger les intervenants, les étudiant doivent croiser les bras pour manifester leur opposition — © Brice Bacquet / Aparté.com

Fin des éclaircies, hautes tensions

 Après près de 3 heures de débats, il faut vite passer aux votes, car les étudiants sont attendus pour manifester à 15h30 place du Capitole. Les propositions soulevées lors de l’assemblée générale sont votées à main levée.

« On est là pour étudier. »

À l’issue du vote, le blocus permanent de l’université est écarté sous les sifflements et les vociférations des mécontents. On demande un recomptage des voix. Certains contestent, dénoncent le caractère « antidémocratique ». Il est néanmoins décidé de bloquer la fac les jours de mobilisation.

La journée du mardi 25 novembre sera donc marquée par un nouveau blocage, et une nouvelle Assemblée Générale. L’occupation pacifique de l’université est maintenue.

© Brice Bacquet
Sit-in pacifique devant la préfecture — © Brice Bacquet / Aparté.com

Attendus pour manifester à 15h30, les étudiants de l’UT2J rejoignent les quelques protestataires de l’IEP (Institut d’Etudes Politiques), de l’UT1 et de Paul Sabatier à 16 heures au Capitole. Un cortège s’organise et environ 200 étudiants guidés par quelques policiers se dirigent sans heurts vers la Préfecture au rythme des slogans «Qui sème la misère, récolte la colère !», «Police nationale, milice du capital !».

Locaux de l'UNEF vandalisés
Locaux de l’UNEF vandalisés avec la signature des anarchistes — © François Cellier / Aparté.com

Vents contraires

Vendredi matin, on découvre les locaux de l’UneF (syndicat étudiant) vandalisés. Une fenêtre a été forcée, l’intérieur saccagé. Le tag « COLLABO » et le symbole anarchistes ont été marqués sur l’entrée. La cause de ces dégradations ? Le vote de l’Unef, qui s’est prononcé pour le blocage ponctuel de la fac pour la journée 20 novembre, n’avait pas appelé au renouvellement du blocus. Suite à ces dégradations, l’Unef a refait savoir par communiqué de presse son opposition au  blocage prévu mardi 25 novembre, mais appelle à la poursuite du mouvement.

Accalmies

Dans le jardin, au milieu des tentes, les occupants de la ZIC préparent à manger, chantent, jonglent. Le campement a des allures de communauté hippie des années 70. Un peu plus loin, on trouve des étudiants en train de repeindre par dessus les slogans pour égayer les murs et de réparer les dégradations.

Le soleil brille de nouveau sur le Mirail.

 

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Un étudiant repeint les murs pour masquer les dégradations et égayer la fac — © François Cellier / Aparté.com

 

Avec la participation exceptionnelle de Brice Bacquet

Article rédigé par François Cellier

Flâneur — Origami master — Rédac' chef bis — Chez Aparté.com depuis septembre 2013.

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