TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESGeorges le Yéti va bien, il a piraté le site du TFC

Disparu des radars après une éprouvante campagne de pub pour une célèbre marque de bonbons qui font de ton haleine un océan de fraîcheur, le Yéti le plus populaire du pays a fait un retour aussi inattendu que spectaculaire, jeudi 27 novembre, à Toulouse, en hackant le site web du Toulouse Football Club.

Capture d'écran de la vidéo de revendication du Yéti, le hacker du site du TFC
Capture d’écran de la vidéo de revendication du Yéti, le hacker du site du TFC

Coup de froid sur le Stadium de Toulouse. Confortablement emmitouflé dans le ventre très mou du classement, enchaînant les mauvais résultats depuis deux mois, le Toulouse Football Club (TFC) pensait tranquillement attendre la trêve hivernale pour se refaire la cerise. Las, même ses supporters les plus irréductibles n’y croyaient plus, laissant au placard les banderoles censées sonner la révolte d’une équipe qui fait actuellement peine à voir.

Et puis, Il est arrivé. Après des années d’exil, ce héros venu du froid a finalement repris du service. N’a pas hésité à se servir de sa popularité pour susciter le buzz 2.0. Et tout ça, dans un seul but : raviver la flamme entre les Violets et leur public. Lui, c’est Georges le Yéti.

Humour potache et tartiflette

Lunettes de soleil sur les yeux, engoncé dans un long trench coat, chapeau vissé sur son crane poilu, George semble soucieux. Assis en terrasse d’un petit café du centre-ville où il a donné rendez-vous à Aparté, le monstre des neiges s’explique : « Si je suis incognito, c’est pour ne pas me faire retrouver par l’équipe de communication du TFC. Je crois qu’ils m’en veulent à mort. Mais franchement, au final, on s’est bien marré, non ? ».

Cette bonne tranche de rigolade, George, ainsi qu’une petite partie des internautes toulousains et amoureux du ballon rond, se la sont payée hier, jeudi, entre 11 et 15 heures. La blague ? Pirater le site officiel du TFC, à grands coups de vidéos, de montages délirants, et d’articles à l’humour potache.

« Oh, c’était rien de bien méchant vous savez, de l’humour pouêt-pouêt cassoulet, comme on dit par chez vous », minimise Georges. Ainsi, pendant près de quatre heures qui ont dû paraître interminables aux yeux des community managers du club, licornes, têtes de morts et lol-cat roses vivaient en harmonie sur la page d’accueil du site.

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A leurs côtés, doigt pointé sur la bouche, André-Pierre Gignac, l’ex-joueur du TFC. « Dédé. Le plus grand », murmure le Yéti, la voix nouée. En naviguant sur la page, cette autre facétie de l’humanoïde : la modification du calendrier du club, qui se voit opposé au Real Madrid en 1/8ème de finale de la Ligue des Champions. « Ahhh… Les Merengues…Des joueurs qui font rêver…, commente Georges. Et puis, Cristiano Ronaldo est quand même super sexy lol. Comment ça, on dit pas ‘lol’ à l’oral ? ».

10808102_1495682130719109_774608901_n-1« Mon exil. L’alcool. La drogue. Les bordels à pingouins… »

Ultime pirouette de l’artiste : la publication de la recette authentique de la tartiflette, « un plat savoyard, et savoureux mdr !… Ah bon, ‘mdr’ non plus ? », ajoute Georges. Mais, surtout, un plat auquel il faisait déjà référence dans une petite vidéo amateur tournée façon Anonymous. Dans cet enregistrement d’une minute, Georges, voix menaçante et trafiquée par autotune, explique alors qu’il ne mettra fin à son opération-piratage qu’à une condition : que de la tartiflette soit désormais servie dans les buvettes du Stadium. Déconcertant :


Yetinonymous par YetiYetiYeti

« Je me faisais chier »

Se pose alors la question du pourquoi. Des revendications. « J’entends déjà ceux qui disent que j’ai trop sucé de Mister Frize, là-bas, sur ma banquise. Mais, non, merci, je vais bien, j’ai encore toute ma tête ».

10814382_1495682157385773_1293500120_nPour la première fois depuis le début de l’entretien, le Yéti retire ses lunettes de soleil. Les yeux humides, il semble prêt à tomber le masque. « C’est pas très compliqué, en fait. Après la pub qui m’a rendu célèbre, j’ai très mal vécu ce que connaissent nombre de ceux que j’appelle les V.U.I, les Vedettes à Usage Unique. Je n’étais pas fait pour être une étoile filante. Moi, ce que je voulais, c’était durer. Vous êtes au sommet, les gens vous prennent en photo dans la rue, et puis paf, c’est l’oubli, du jour au lendemain. A partir de ce moment-là, les choses s’enchaînent très vite. Mon exil. L’alcool. La drogue. Les bordels à pingouins… Dites, vous voulez un mouchoir ? », demande Georges à notre reporter, ému aux larmes au point d’en avoir les yeux qui piquent.

« Finalement, je m’en suis sorti plus rapidement que je ne l’aurais imaginé, poursuit-il. Sans l’aide de personne, rien, comme ça. »

« Et puis, encore plus rapidement, j’ai commencé à me faire sévèrement chier. Y’a rien à faire là-bas, c’est mort, dead. Du coup, j’ai pris des cours d’informatique à distance, et en deux temps trois mouvements, je savais tout du piratage, du ‘hacking’, comme disent les djeu’nss. Il ne me restait plus qu’à réfléchir à la façon dont j’allais orchestrer mon grand retour ».

« Si j’existe, ma vie, c’est d’être fan, c’est d’être fan »

C’est à ce moment-là que l’idée du TFC traverse l’esprit fertile de Georges. « C’était pour moi une évidence, affirme-t-il. Ça peut sembler fou, mais mon grand-père est originaire de la région toulousaine. Petit, il m’emmenait souvent au stade. J’ai tout de suite accroché. Le fait d’être, à chaque fois ou presque, le seul spectateur en tribune, un des seuls à bien vouloir payer pour voir de bons gros matchs nuls qui portaient bien leur nom… Eh bien, tout ça, ça me donnait la sensation d’être important, d’avoir une relation toute particulière avec l’équipe. La vérité, maintenant, c’est que ça m’ennuie de voir mes petits Violets comme ça, sans ambition, sans supporters chauds-bouillants. Je me vois comme une sorte de Johnny Hallyday messianique qui voudrait juste rallumer le feu entre le club et son public. »

Redonner un peu de vie à toute une communauté de fans, faire parler du club, qu’importe la manière. Tel était donc le but poursuivi par Georges, but qu’il estime aujourd’hui atteint, alors que les community managers du TFC ont finalement repris le contrôle du site officiel du club.

« Suffit de voir la couverture médiatique qu’a suscité mon piratage ! C’est un réel succès. Vive le Téf ! Vive Pantxi Sirieix ! », s’écrit-il en se retournant d’un bond, soulevant son long manteau pour dévoiler le visage du milieu de terrain, tatoué sur sa fesse droite. « Une petite folie, confesse le monstre des neiges. Il incarne le club comme personne, et puis, comme il est très poilu de la tête, c’est relativement discret et facile à cacher, pour moi qui suis si velu ».

Optimiste, Georges pense que son club de cœur ne lui tiendra pas longtemps rigueur de son coup d’éclat. « D’ailleurs, j’ai bon espoir qu’ils m’invitent à leur Winter Party de demain soir, pour le match contre Lorient. Je suis déjà dans le thème au moins… XPTDR ! ».

Article rédigé par Rémi Vallez

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