TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESFaculté du Mirail : blocus reconduit jeudi, et AG sous tension

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Les étudiants passent sur les tags et devant les stands  © Brice Bacquet

Au matin, accueillis par des stands de nourriture et des tags, les étudiants de la faculté du Mirail découvraient, incrédules, les mobiliers entassés dans les grandes allées. Ce 25 novembre, le blocus du campus a bien eu lieu, malgré les événements inquiétants de la veille au soir : déploiement d’un hélicoptère ainsi qu’environ 50 agents de sécurité, dont des maîtres-chien. Cinq heures de débats et de disputes ont marqué l’Assemblée générale qui était attendue avec impatience. Le blocage de la fac ce jeudi 27 novembre a été voté à une infime majorité. Retour sur une journée tumultueuse.

Le 25 novembre, la 2e journée de blocus, de nombreux étudiants et enseignants avaient répondu présent à l’appel du Président de l’Université, Jean-Michel Minovez, qui, confiant en sa capacité d’empêcher le blocus, les invitait la veille « à rejoindre le campus du Mirail pour y poursuivre [leurs] activités ».

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Blocage du bâtiment d’Histoire et Histoire de l’art © Brice Bacquet

Mais devant les barricades bloquant l’accès à la majorité des bâtiments, certains étudiants « anti-blocus » se sont montrés exaspérés, au même titre que certains professeurs. L’attente était de rigueur.

Certains endroits, dont le bâtiment d’Histoire et Histoire de l’art, étaient fermement gardés par des bloqueurs. Des rondes ont été menées pour assurer le maintien du blocage. Aucune hostilité n’a marqué ce début de matinée. Quelques groupes anti-grève, encadrés par la sécurité pour éviter les affrontements, ont essayé d’ôter les amoncellements de chaises, de tables et autres mobiliers universitaires qui barraient les entrées. Sans succès.

Un rédacteur d’Aparté a live-tweeté la journée de mobilisation :

Un accueil des étudiants sans accroc

Les occupants du Mirail, pour partie proches des zadistes et des mouvances autonomes, présents depuis mardi dernier, ont organisé dans la journée des ateliers, des projections de films et ont monté de nouvelles tentes dans leur campement. Des mobilisés accueillaient chaque nouvel étudiant les bras ouverts et d’un panneau « câlins gratuits ». L’ambiance était bon enfant.

En fin de matinée, le président Jean-Michel Minovez dénonce officiellement dans un communiqué l’appropriation du campus la veille « dans la soirée » par « plusieurs groupes non structurés » constitués « d’éléments extérieurs à l’université ». Dans la suite du communiqué, le président annonce par la même occasion la réouverture de certains UFR et bâtiments dont la Bibliothèque universitaire centrale ou la Maison de la Recherche.

Dans un entretien à l’hebdomadaire La Voix du Midi, Minovez décrivait crûment le mouvement gréviste, « autogestionnaire, avec des anciens étudiants, issus de la mouvance anarchiste, qui se sont radicalisés lors des grèves étudiantes de 2006 et 2009 (…). Certains prônent l’insurrection… ».

Pourtant, nombre de ces « éléments extérieurs » attestent de leur non-intervention dans toutes décisions concernant la vie universitaire. Ils prônent seulement les liens qui existent entre la lutte du Mirail, le combat de Sivens et les revendications contre les violences policières

Lire aussi : Qui sont les étudiants du Mirail qui demandent la dissolution de la BAC ? 

L’après-midi, à 12h30, une nouvelle AG a captivé tous les esprits. Comme le signalaient certains professeurs interrogés, le seul moyen d’action était de s’y rendre, conformément au message assez clair relayé par le président qui « appelle l’ensemble des personnels et des étudiants à se rendre sur le campus et à faire entendre leurs voix dans les différents AG».

Malgré les rumeurs qui circulaient, la grande partie de l’université est resté bloquée jusqu’à la fin de l’AG à 17h30, soit 5 heures après.

L’AG tant (trop) attendue

Beaucoup plus organisée que la précédente, l’AG a doté l’amphithéâtre d’un rétro-projecteur, d’une équipe de comptage, de distribution des temps de parole et d’un traducteur en langue des signes. Côté participation, on table pour plus de mille étudiants et de quelques membres du personnel.

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Dès l’entame, les premières interventions plongent directement dans le bain. « L’heure est la révolution », clament certains. De premières tensions se font entendre au sujet de la catégorisation des manifestants : pro-blocus, anti-blocus. Les choses sont plus complexes, et certains font valoir des mobilisations alternatives. Certains se revendiquent du mouvement ouvrier, rappelant que l’occupation est un moyen d’action ancien et légitime, comme le blocage d’une usine par ses salariés en grève.

« L’heure est la révolution »

Au cours des débats, les insultes fusent dans les deux camps. Les « bloqueurs » se proclament grévistes contre « des briseurs de grèves issus de la droite universitaire ». En face, certains déplorent l’assimilation facile des « anti-bloqueurs » à des « fascistes » à des « néonazis », des insultes proférées par certains étudiants pro-blocus. Un heurt a lieu entre une manifestante sympathisante de moyens de protestations alternatifs, et un pro-bloqueurs. Ce partisan du blocage lui aurait lancé « Qu’est que tu en sais, toi BCBG de merde ? Ferme ta gueule », explique devant l’ensemble de l’AG la manifestante agressée.

« BCBG de merde »

Des positions plus modérées et pacifistes se font entendre chez ceux qui pensent qu’un compromis est nécessaire.

Lire aussi : Météo : une bourrasque contestataire souffle sur le Mirail

Les interventions, clôturées à 30 par les organisateurs,  se succèdent, se contredisent, s’opposent et se rectifient devant l’agitation de l’assemblée. On crie, on siffle, et on s’agite comme à la précédente AG pour manifester un point de vue parfois personnel autrefois partagé. La ligne de bienséance est quelque fois rompue, insultes et altercations physiques s’en suivent. L’atmosphère tendue est aggravée par la chaleur graduelle.

Passage au vote sous tension

Lors du vote, certains étudiants réclament le recomptage ou invitent les opposants à quitter l’AG. Les appels au calme des organisations sont fructueux, et  permettront l’approbation ou non des motions proposées.

// Résultats du vote

L’AG s’est prononcée favorable au bloc de motions suivant :

  • Augmentation des aides pour les étudiants handicapés
  • Suppression  de la vidéosurveillance au sein de la fac (à 426 voix contre 302)
  • Suppression « de la police privée » dans les locaux de la fac
  • Suppression des maîtres-chiens dans les murs de la fac
  • Restitution des bandes de vidéosurveillance enregistrées
  • Poursuite de la grève
  • Extension du mouvement en allant dans les lycées et les facultés dans le cadre des journées de mobilisation
  • Mobilisation autour des bâtiments de l’administration mercredi 26 novembre
  • Banalisation de certaines journées de cours, confirmée par un communiqué du président de l’université
  • Soutien aux grèves du personnel à partir du 11 décembre
  • Occupation d’un prochain Conseil d’Administration de l’université
  • Solidarité avec les manifestations de Ferguson aux États-Unis
  • Maintien d’un blocage ponctuel lors des journées de mobilisations (27 novembre annoncée)
  • Gel des frais d’inscriptions
  • Titularisation de membres précaires du personne
  • Organisation d’une université alternative
  • Retrait de la plainte de Jean-Michel Minovez (sans mentionner l’objet dont les menaces proclamées contre sa personne)

À l’inverse, l’Assemblée s’est montrée, non sans divergences, opposée :

  • Au blocage maintenu jusqu’à la prochaine AG (jeudi 27 novembre)
  • Au décalage de l’horaire de l’AG à 20 heures
  • À l’organisation d’un blocage économique
  • à l’exclusion d’un fonctionnaire du Ministère de la Défense mandaté dans le cadre du plan vigipirate.

Une fois les questions de blocage traitées, l’AG se termine dans une grande confusion quand l’amphi se vide d’un coup. On se précipite dehors après ces 5 heures enfermés dans une chaleur infernale.

Concernant le vote très serré à propos de la journée de blocage du jeudi 27 novembre, la page Facebook Contre le blocage de l’université a dénoncé un « problème de communication » au moment du décompte des voix, qui aurait pénalisé 140 étudiants qui y étaient opposés.

Cette journée de mobilisation avait été précédemment refusée lors d’un vote à l’Assemblée Générale du jeudi 20 novembre.

Pour revivre la journée du Mirail au fil des heures et des événements, Aparté vous invite à revoir le live-tweet de notre journaliste François Cellier.

 

Article rédigé par Brice

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