TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESAu concert de Sebastien Tellier, dandy tout terrain

La dernière fois que Sebastien Tellier est passé au Bikini, il nous avait transporté par sa prestation burlesque et délirante. Forcément, après avoir pris connaissance de son retour à Toulouse, le 13 octobre, on a pas hésité longtemps, juste pour s’assurer de ne pas rater un nouveau moment de folie.  Temps forts et critique morceau par morceau.

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Admirez mon chandail © 2lives.fr

Deux ans auparavant, il nous priait de rejoindre une obscure organisation dont il affirmait être la maman. C’était à l’occasion de la sortie son sixième album, My God is blue, inspiré – pour qui veut bien croire la légende – par une rencontre avec un chaman à Los Angeles.

Et en 2014, on ne peut pas dire que notre barbu préféré se soit reposé sur ses lauriers. L’an dernier, Sébastien Tellier sortait discrètement Confection, album de compositions acoustiques. On parlait alors d’un retour a la sobriété. Mais la sobriété ne dure qu’un temps,  et à bientôt  40 ans, Tellier prend tout le monde à contrepied en sortant L’aventura, album au travers  duquel il imagine son enfance comme si elle avait eu lieu au Brésil, bien loin de la grisaille de la région parisienne.

Abordage au Bikini

Lorsqu’on arrive dans la salle, Le Common Diamond, groupe toulousain, boucle sa première partie. On les avait laissés aux festivals des inRocks lab, alors qu’ils se tiraient la bourre avec une dizaine d’autres formations du cru. Cette fois, ils sont quatre (au lieu de deux à l’époque) et  occupent remarquablement bien la scène. Sans avoir vu l’ensemble de leur prestation, on écoute attentivement la fin de leur set. Le public réagit chaleureusement,  ne voulant pas les laisser partir. Fin de la première partie : on profite du flottement pour s’approvisionner en bière.

La moyenne d’âge du public est d’environ 30 ans. Public par ailleurs assez hétéroclite. Les seuls jeunes présents ont le type école de commerce. 30 euros (hors prévente) pour un concert en semaine, c’est pas à la portée de toutes les bourses.

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1. « Ma Calypso », sans ego, si naturel

Sebastien Tellier fait son entrée sur scène comme un boxeur sur un ring, les bras en l’air. Il est vêtu d’un gilet imprimé d’oiseaux dorés, d’une écharpe turquoise et d’une chemise dorée (le tout couronné d’une casquette montgolfière). Sans oublier ses lunettes noires, bien sûr. Quatre musiciens lui emboîtent le pas. Certains de ses plus fidèles disciples l’acclament déjà quand résonnent les premiers accords de « Ma Calypso » : le décollage est acté avec ce tube issu du dernier album, empreint de musique brésilienne traditionnelle. « Sans ego, si naturel… »  : on est déjà ensorcelés par la voie irrégulière et les paroles naïves. La soirée sera donc placée sous la bienveillance de l’espiritu santo et sous celui de la volupté Carioca.

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2. « L’Adulte », naïf et enfantin

Le maître de cérémonie enchaîne avec un autre morceau de l’Aventura, « L’Adulte ». Le cœur de son nouvel album, plus que l’esthétique de la musique brésilienne, c’est le thème de l’enfance, et particulièrement la naïveté qui lui est attachée. Il nous entraîne dans sa quête : revoir les belles cités d’or, fruit de l’imagination enfantine. Les arrangements sont millimétrés et dynamiques. Sebastien Tellier est  épaulé dans sa tâche par un bassiste, un musicien au clavier, un batteur et un percussionniste frénétique équipé de bongos et autres instruments exotiques. La musique, les paroles et les lumières nous enveloppent, nous guident dans cette atmosphère de nostalgie lumineuse.

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© Francois Cellier/Aparté

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3. « Cochon Ville », l’hédonisme mystique

Changement de registre, embrayage sur « Cochon Ville ». On laisse l’enfance pour les recoins les plus terribles de nos fantasmes. Tellier nous enjoint de nous abandonner à un hédonisme mystique.  Même sur ce tube (extrait de My God is Blue) il se permet des ornements  exotiques, ce qui réchauffe l’ambiance rétro-futuriste du titre. Les musiciens se laissent aller à ce qui pourrait ressembler a une impro carnavalesque, mais avec pour seule danseuse un barbu lunaire. On ne peut s’empêcher de le rejoindre dans la danse.

S’ensuivent les classiques, Divine et Roche, interprété au piano. Le public n’attendait que ça, danser et chanter en terrain connu, avec plus ou moins de précision : pour ce qui est du chant, en français c’est plus facile.

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4. « L’Amour naissant », l’hypnose

Puis le magnifique Sebastien interprète « L’amour naissant » (Confections), très beau morceau qui nous était parvenu au travers un clip épuré, dans lequel Anna Mougladis exerçait une force magnétique et féroce sur un jeune prêtre . La belle Anna n’est pas là ce soir, mais l’effet hypnotique demeure.

Le morceau terminé, il s’octroie une petite pause communion avec le public. La dernière fois, il avait livré un show délirant aux spectateurs, faisant de toutes les transitions un espace pour déclarer au public des élucubrations, tantôt absurdes, tantôt mystiques, mais toujours surnaturelles. Certains semblent s’en souvenir, et lui lancent  des références à ses délires passés. Cette fois c’est un peu plus concis, presque calculé : bien conscient que certains sont  là pour le voir faire le clown, il va faire un effort : une blague sur Stromae, sur Dusbosc, sur les Noirs. Instant provoc! Il profite et fait ostensiblement durer son plaisir d’être sur scène. Il échange avec ses musiciens, les présente. Le Tellier nouveau est d’avantage pausé mais toujours aussi généreux.

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5. « Kilometer », disco spatiale

Il reprend avec l’album Sexuality, avec lequel il s’est fait connaître du grand public.  Kilometer nous fait changer d’ambiance avec une disco spatiale : synthétiseurs eighties et voix saturée de filtres sont au programme. La fête reprend son cours et on se bouscule a nouveau sur le dance-floor.

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6. « L’amour et la violence », gracieux

Après quelques déhanchés bien sentis il se dirige une nouvelle fois vers le piano pour y jouer « L’amour et la violence », un autre classique de Sexuality, tout en sensibilité. Le résultat : un nouveau moment d’intimité plein de grâce.

Il interrompt le concert pour souffler un peu et remplir son verre de Zubrowka, rafraîchissement bien mérité. Il poursuit avec « Aller vers le soleil », « Comment revoir Oursinet », et « Ricky l’Adolescent ». Et termine comme il a commencé, tout en légèreté et en insouciance, et les mélodies sont une pure invitation au voyage.

On sent venir la fin du concert, qui ne perd cependant rien en intensité.

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7. « La Ritournelle », on frissonne

Alors qu’on évoluait parfaitement, bercé par ces mélodies tropicales, il nous annonce cérémonieusement « la Ritournelle« (2006) un morceau qu’il « a toujours eu plaisir à jouer ». Il nous livre une version longue de sa composition au piano,  tout en progression et en retenue, comme une apothéose. Des frissons traversent le public qui finit par exulter.

Dernier coup de théâtre, Sebastien s’éclipse un instant et revient sur scène  vêtu d’une cape d’or. Dans sa nouvelle tenue il clôt sa prestation avec Finger of steel et sort sous les applaudissements. On aura donc pas le droit au « Joyeux anniversaire Lionel Jospin » du dernier concert.

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© François Cellier/Aparté

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23h30, fin du concert. On est passé par pas mal d’émotions dans un concert sans temps mort. Portés dans des contrées sauvages, bien guidés par un Sebastien en grande forme. On éprouve toujours le même plaisir à entendre ses classiques, qu’il interprète avec une fragilité touchante. Il se promène entre les registres avec virtuosité, oscille entre détachement et moments de sincérité. Il nous a même gratifié de quelques pas de danse. On espère qu’il va continuer à nous surprendre. Au plaisir.

Pour plus de Sebastien Tellier, on vous conseille son passage devant la caméra de La Blogothèque.

Article rédigé par Paul Thiry

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