TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESLa culture, l’excuse du sommet franco-chinois à Toulouse

Cet article a été publié il y a 8 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

L’événement est un peu passé inaperçu mais, le 30 septembre, Toulouse était au cœur de la célébration du cinquantième anniversaire des relations diplomatiques franco-chinoises établies par le Général de Gaulle et Mao Zedong. Au programme : un peu de culture, beaucoup de grosses pointures, mais surtout un contexte économique et stratégique en guise de fil conducteur, EDF oblige. Et Fabius ? À côté de la plaque.

Discours de Fabius
@ Benjamin Mercui

Menée par le ministre des Affaires Etrangères et du Développement Economique, Laurent Fabius, et l’ambassadeur de la République populaire de Chine en France, Zhai Jun, la journée commençait sobrement à 15h30 par une table-ronde sur «Les enjeux environnementaux et climatiques de la croissance».

Difficile de ne pas lire entre les lignes lorsqu’elle se poursuit à l’espace EDF Bazacle pour l’inauguration de l’exposition « Visages de Chine » où 190 portraits peints par les élèves l’Ecole des Beaux-Arts du Sichuan viennent rappeler que l’entreprise fête ses 30 ans sur le territoire chinois, comme l’a expliqué Henri Proglio, son président. Certes, on pourrait applaudir l’effort d’habiller un partenariat économique en anniversaire culturel et pictural, mais ce serait cautionner la perpétuelle relégation de la culture en formalité bienséante. Ce qu’a malheureusement confirmé le dernier rendez-vous de la journée.

« Un buffet contre une Palme d’or, comprenez bien que le choix est vite fait. »

Hasard du calendrier, ce cinquantième anniversaire est aussi celui de la Cinémathèque de Toulouse qui s’est offert un beau cadeau en la présence du réalisateur Chen Kaige, Palme d’or à Cannes pour Adieu ma concubine, venu avec son épouse présenter ce film-là mais aussi des moins connus (L’Empereur et l’assassin, L’Enfant au violon, etc.). Une opportunité peu commune de donner à voir ce que le partage culturel a de meilleur : Chen Kaige a tout du réalisateur hétéroclite, ses voyages ont façonné un éclectisme cinématographique et un esprit libre qui font de lui la preuve vivante d’un possible dialogue culturel porté par le cinéma.

Pourtant, sur les lieux, la réalité est toute autre. Une rencontre d’une heure placée sous le sceau du remerciement mutuel, « merci tout le monde », et du discours de dernière minute puis seulement quinze petites minutes où le réalisateur a pu répondre aux questions de la Cinémathèque, détendant au passage l’atmosphère en chambrant gentiment le ministre français : « J’ai peut-être fait mon premier film à 31 ans, mais ce n’est rien à côté de M. Fabius qui a été Premier Ministre à 36 ans ! », glisse-t-il entre une boutade sur son échec scolaire et un éloge vibrant sur le pouvoir libérateur du cinéma.

Pas dupe de l’aspect exagérément cérémonial de la rencontre, Kaige a au moins eu le mérite d’y donner un ton plus léger et une sincérité qui manquait à l’appel, en témoigne la désertion complète des officiels à l’annonce du début du film. Un buffet contre une Palme d’or, comprenez bien que le choix est vite fait.

chenkaige
@ Benjamin Mercui

Il est assez regrettable de voir que la primauté du lien culturel qui a uni France et Chine avant même qu’elles entament des relations commerciales ne serve plus aujourd’hui que d’introduction formelle et concise à ces négociations économiques.

Le pire est que tout ça ne fait que mettre en lumière une réalité plus générale des relations bilatérales entre la France et la Chine, qui maintenaient tout juste des rapports cordiaux avant que la première ne saisisse l’importance de tisser des liens avec la puissance montante.

Sans vouloir rentrer dans le conspirationnisme, on peut regretter que ce soit cette dimension qui vampirise les échanges. Par exemple, dans un domaine tel que l’éducation, on voit que le modèle type de l’Institut Confucius, mis en place en 2004 pour favoriser les échanges entre étudiants français et chinois, n’est plus forcément prédominant.

Le programme « Study in China » lancé par les universités toulousaines finance des mobilités en Chine pour accroître quantitativement les unités partagées. Là encore, ne blâmons l’initiative, mais le contexte dans lequel elle s’inscrit, celui d’une Université française qui découvre aujourd’hui la Chine, « un pays dont la tradition et la civilisation sont passionnantes. De l’écriture à la gastronomie en passant par les arts martiaux, la musique, le cinéma, l’opéra, la façon d’être… Tout est différent dans l’Empire du Milieu » (sic)… sick ?

Cet article a été publié il y a 8 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Ben

Gribouille sur le ciné et ses petites sœurs télévisuelles sur lesquelles j'essaie de rédiger un mémoire. Lire la suite >>> 1.50€/page

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