TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESL’exposition avortée du mouvement pro-vie Alliance Vita à Toulouse

Cet article a été publié il y a 8 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

À l’approche de la célébration du jour des défunts, Alliance Vita a mené, en mai-juin dernier, une  « enquête nationale sur le tabou de la mort ». C’est ainsi qu’une campagne nationale composée d’une vingtaine de photographies a tenté (et temporairement réussi) de prendre les murs de La Cantine Numérique à Toulouse, quitte à dissimuler à l’hôte la nature complète de ses combats. Récit.

Plusieurs dizaines d’affiches étaient exposées dans la salle principale de la Mêlée numérique. Photo Kevin Figuier – Aparté.com

C’est l’histoire d’une exposition photographique qui traite de la mort… mais qui est morte-née. Son titre est sobre mais concis : « Parlons la mort pour la vie ». Entre mai et juin dernier, une « enquête nationale sur le tabou de la mort », réalisée par l’association Alliance Vita, a été menée en vue d’une exposition photo pour « une campagne nationale » de sensibilisation. Soupçonnée d’ « intégrisme », cette organisation liée au mouvement pro-vie s’est fait remarquer au mois d’avril pour ses « tentatives d’endoctrinement » dans un lycée privé catholique.

Des clichés « intimes »

Toulouse a été une « ville pilote » pour parler « positivement de la mort », fait savoir Isabelle Dacre-Wright, déléguée départementale d’Alliance Vita. Résultat, plus d’une 1.000 « photos-verbatims » ont été réalisées à travers toute la France et une « trentaine » de clichés toulousains a été retenue pour figurer parmi la sélection officielle de cette campagne diffusée dans 34 villes.

« Parlons la mort, ça fait du bien, ça libère. »

Les clichés réalisés par des membres d’Alliance Vita, « un peu plus doués en photo », ont été pris près du Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse, dans le Jardin des plantes ou encore dans celui du Jardin des plaines. Lieux délibérément choisis pour le « côté intime pour parler d’un sujet délicat », fait toujours savoir Alliance Vita-31.

Sans néanmoins tromper ses interlocuteurs, car habillés avec des t-shirts à l’effigie de leur association, les militants ont demandé aux passants s’ils avaient « accompagné une personne en fin de vie dans (leur) entourage » et s’ils  « voulaient en parler ». Après l’entretien, les personnes sollicitées par l’association étaient invitées à se faire prendre en photo avec un losange permettant de synthétiser en un verbatim « leur vérité sur la mort ». Parce que parler de la mort « ça fait du bien, ça libère », constate une membre toulousaine d’Alliance Vita. Quitte à être dans un excès de sentimentalisme ?

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Écouter « mais sans s’impliquer dans nos idées »

Il ne manquait plus qu’un lieu pour exposer ces images imprimées sur du papier glacé — qui d’ailleurs pourrait faire provoquer une crise de tachycardie à un professionnel d’un laboratoire de tirage photographique. Et ces images, qui ressemblent davantage à des affiches, laissent place à un bandeau en bas de page avec la question : « Qu’est-ce que la mort nous dit de la vie ? » accompagné de deux logos, l’un de la campagne menée, l’autre celui de l’association Alliance Vita.

Après avoir demandé à une élue de la ville pour exposer « dans la mairie », l’association s’est heurté à un problème de « niveau logistique ». Que nenni, Alliance Vita a démarché une célèbre librairie toulousaine de la rue Gambetta et un cinéma d’art et essai. « C’était un peu compliqué », reconnait Isabelle d’Alliance Vita-31. Ils ont trouvé refuge à la Cantine numérique, la semaine dernière, apparemment sans difficulté. Cet espace de coworking a été cofondé début 2011 par la collectivité territoriale, Toulouse Métropole.

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Victime d’une ambiguïté ?

La mort et la question de la fin de vie est l’un des fers de lance chez Alliance Vita. A l’instar de leurs combats menés contre l’IVG il y a quelques années, contre l’euthanasie et récemment contre le mariage des couples de même sexe, ce thème est récurrent dans cette association créée en 1993 par la députée UDF Christine Boutin.

De cette « enquête » d’Alliance Vita, outre la campagne nationale, il découlera prochainement la publication d’un livre co-écrit par Tugdual Derville, son délégué général. Ce qui pousse à dire, selon Isabelle Dacre-Wright, que si la question de « la prise en charge de la fin de la vie, les soins palliatifs est évidemment liée » à la thématique de la mort qui est évoquée dans cette campagne, « ce n’est pas le sujet » dans cette action précise.

Dans la réalisation de cette « enquête », les membres d’Alliance Vita ont reçu une « formation à l’écoute empathique. A poser une question ouverte, à soutenir le discours de la personne en reformulant mais sans s’impliquer dans nos idées », poursuit la déléguée départementale.

« Les porteurs de l’exposition ont « omis » de nous signaler le caractère politique. »

A cette écoute sur le terrain public, une autre est aussi mise en avant comme à travers le site Internet « Sos fin de vie », créé par Alliance Vita et qui adopte la même méthode que son site fraternel « Sos bébé », où l’AFP a mené une enquête.

Retrait des photos en urgence

Les idées de l’association, mises délibérément au placard pour l’expo ? Quand on demande à La Cantine Numérique de Toulouse ce qu’elle en pense, elle plaide la bonne foi : la campagne aborde un « thème intéressant », il s’agit d’«une bonne idée que celle de parler positivement de la mort, dont on n’ose jamais parler », fait savoir l’un des responsables. Mais sur la question de l’association en elle-même, on avoue « ne pas la connaître spécialement », ni être au courant des autres actions menées par l’association.

Sans doute victime d’une ambiguïté, après la conférence de presse d’Alliance Vita de ce vendredi 14 octobre, La Cantine Numérique s’est réunie «en interne» et a décidé de retirer les affiches de cette campagne nationale. Elle a assuré à Aparté que le lieu qu’est La Cantine « n’a absolument pas vocation à recevoir des manifestations ‘politiques’ sous quelques formes qu’elles soient ».

Après cette enquête, La Cantine a immédiatement ôté les photos de ses murs. « Les porteurs de l’exposition ont « omis » de nous signaler le caractère politique de l’association qui le portait. Faux départ. », a-t-elle déclaré sur Twitter.

Cet article a été publié il y a 8 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Kevin Figuier

Sur les Internet et sur papier – Rédacteur en chef Aparté.com

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Cet article a été publié il y a 1 an. Il commence à dater mais …