TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESCinespaña, troubles dans le genre

Dans le foisonnant programme de la 19e édition du festival Cinespaña, qui s’est déroulé du 3 au 12 octobre à Toulouse, une section, aux côtés du corpus « mémoire et politique » (duquel on vous parlait ici), s’est détachée du lot : le cycle « sexe, genre et identité ». Focus.

Couverture de Gender Trouble, Judith Butler
Couverture de Gender Trouble, Judith Butler

Initiative louable, le programme de Cinespaña insiste sur l’importance qu’a eue le cinéma espagnol en matière de visibilité des minorités LGBT, et ce au moins depuis les années 1990. Il est vrai qu’Almodóvar, notamment avec des personnages comme le juge-drag-queen-chanteur-de-cabaret-imitateur-de-Marisa-Peredes de Talons Aiguilles (1991) ou comme les joviales transsexuelles barcelonaises de Tout sur ma mère (1999) avait fait du queer et de la féminité des thèmes récurrents.

Bande-annonce de Talons Aiguilles d’Almodovar (espagnol)

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Dans le même temps, l’Espagne renonçait finalement à son projet de restriction drastique des conditions d’avortement et la Catalogne réclamait à grands cris un référendum concernant son indépendance. Un pays en mutation, en mouvement, pas forcément vers l’avant, donc. Ce choix de programmation, proche de l’actualité brûlante en Espagne, pouvait questionner la place aujourd’hui du genre, du queer, de l’identité, de l’homosexualité sur la scène cinématographique espagnole.

Malgré un effet d’annonce prometteur, le cycle sexe, genre et identités s’est avéré assez décevant.

Une programmation datée

  • 80 ergunean (80 jours), Jose Mari Goenaga et Jon Garaño, 2010
  • Fuera de carta, Nacho G. Velilla, 2008
  • La mauvaise éducation, Pedro Almodóvar, 2003
  • Kràmpack, Cesc Gay, 2000
  • Amic/Amat, Ventura Pons, 1999

À l’heure où les mouvements militants pour les droits LGBT et pour la reconnaissance des questions de genre connaissent une nouvelle visibilité en Europe et ailleurs, il est surprenant de constater que le film le plus récent hors compétition du cycle date de 2010.

Le fait de programmer un cycle « Sexe, Genre et Identités » en France, dans le cadre de Cinespaña, permet cependant de démontrer que l’Espagne n’a pas attendu l’effervescence qui agite aujourd’hui la France et l’Europe pour questionner l’humain dans sa dimension queer, indéfinie et indéfinissable. En outre, trois films, Ignassi M de Ventura Pons (2013), Los amigos raros, de Roberto Pérez Toledo (2014) et Stella Cadente de Leo Casamitjana et Luis Miñarro (2014) étaient en compétition et également rattachés au cycle.

La sexualité avant le genre et l’identité

Parmi les films regroupés dans le cycle, sept films sur huit traitent de l’homosexualité, masculine pour la plupart d’entre eux. Seul La mauvaise éducation d’Almodóvar se détache de cette thématique prédominante pour approcher les questions de transidentité, de genre et même de pédophilie.

Bande-annonce de La Mauvaise éducation, Almodovar (sous-titré français)

Il peut être regrettable que l’homosexualité masculine reste au cœur des problématiques abordées dans ce cycle, qui pourtant annonçait se préoccuper également des questions de genre et surtout d’identité. La plupart des personnages des films concernés sont ainsi des hommes, homosexuels et fiers de l’être. Des films comme Kràmpuck qui traite de recherche identitaire et sexuelle de deux jeunes garçons ou 80 erguneam (80 jours), à propos la porosité des frontières entre amitié, amour, désir entre deux vieilles femmes réunies autour du spectre de la mort et de la vieillesse, parviennent à s’extraire un peu plus de ce schéma.

Lire aussi : À Cinespaña, on prend la température politique et sociale d’une Espagne en feu

Il est regrettable de ne pas avoir abordé plus en profondeur les notions de genre et d’identités, qui font l’objet de discours, débats, questionnements intimes.

Des images aux mots

Le cycle « sexe, genre et identités », même s’il a pu s’avérer frustrant, a le mérite d’exister et de questionner le rôle du cinéma quant aux grandes thématiques sociales et sociétales.

À noter que ce cycle a été élaboré en partenariat avec le festival Des images aux mots, qui aura lieu du 2 au 8 février 2015. Ce festival LGBT proposera pour sa huitième édition une programmation ayant pour vocation de traiter de sexe, de genre, de transgenre, de transsexualité, etc. La particularité de l’évènement est de proposer des films de tout genre, jamais encore diffusés à Toulouse.

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La coexistence de ces deux festivals donne davantage de sens au cycle de Cinespaña. Ainsi, celui-ci amène de la visibilité à Des images aux mots, qui creuse davantage les problématiques ébauchées par le cycle. Rendez-vous en février.

Article rédigé par Mathilde Durand

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