TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESAux Jardins synthétiques : le body builder, la petite fille et le Minotaure transgenre

Pour la 5e édition des Jardins Synthétiques, les chorégraphes de Shonen ont joué Minotauromachism, un spectacle de réalité augmentée à la croisée du body-building et de la danse classique. Fidèle au thème « la représentation animale, symbolique, croyances ou mythes associés », l’oeuvre bouscule le spectateur en utilisant la puissance de la mythologie du Minotaure, figure cruelle et transgenre.

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 Né de la rencontre entre Eric Minh Cuong Castaing, chorégraphe de la compagnie Shonen, et le musée Picasso de Paris, Minotauromachism livre une performance d’une demi-heure sur la créature du minotaure telle que l’a vue Picasso. L’artiste en a fait un mythe personnel, s’identifiant parfois à lui, ou le reliant à la tauromachie qui le fascinait tant. Avec l’eau-forte de 1935, Minotauromachie, Picasso représente la confrontation entre le minotaure et une petite fille au milieu d’éléments de corrida (voir ci-dessous).

C’est cette opposition qui se joue dans Minotauromachism. Le minotaure est interprété par Denis Tchoumatchenko, un champion de body-building au physique hors-norme. Son corps massif, sa barbe fournie forment un contraste troublant avec l’autre interprète de l’œuvre, une petite fille d’une dizaine d’année. La scénographie est sobre : scène blanche, fond blanc, et un tableau sur lesquels sont vidéo-projetés des éléments graphiques. Le tout accompagné d’une musique d’ambiance et d’un éclairage léger.

Picasso La minotauromachie_ 23-March 1935_ 49_8 x 69_3 cm

Minotauromachie, de Pablo Picasso (mars 1935)

Du Minotaure et du jiu-jitsu brésilien

Minotauromachism propose plusieurs scènes représentant différents aspects contradictoires des personnages et de leur relation. Un simili-combat fait de prises de soumission de jiu-jitsu brésilien symbolise l’affrontement des protagonistes. Une séquence montre le travail du body-builder aux Kettlebells, ces poids de musculation à poignée, en parallèle avec une interprétation de danse classique de la petite fille. Eric Minh Cuong Castaing prône un travail avec le réel des interprètes au sens où des éléments de leur quotidien (ici le Ju-Jitsu ou les Kettlebells que pratiquent Denis Tchoumatchenko dans la vraie vie) entrent en scène. Ce contraste entre le réel et le fantastique est utilisé pour renforcer le trouble chez le spectateur.

Puis, par projection d’une animation ou par un dessin de la petite fille sur le tableau, la représentation du minotaure apparaît plus explicitement. L’œuvre se termine sur le jeu à terre du body-builder. Ses mouvements de danse ondulés à la fois bestiaux et sensuels sont captés par une caméra infrarouge, retraités en temps réel et projetés en fond avec un rendu stylisé.

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L’archétype du minotaure

L’efficacité de Minotauromachism repose notamment sur les oppositions constantes, tant au niveau des physiques que des attitudes où les deux personnages, la bête et la petite fille, explorent chacun douceur, grâce, force et brutalité. L’œuvre bénéficie également de la puissance de l’archétype du minotaure et de l’écho du mythe. L’effet est renforcé par les vidéo-projections hypnotiques et les effets sonores dont l’intensité va crescendo.

Le défaut : un manque de clarté

L’ambivalence de la figure du minotaure, symbole de l’union du masculin et du féminin, de l’homme et de l’animal offrent beaucoup d’éléments que le chorégraphe a voulu représenter. Il n’est toutefois pas toujours aisé de percevoir ses intentions. Ainsi, le combat entre les deux acteurs a dérangé certains spectateurs qui ont vu dans l’enlacement des deux corps et la lente réalisation des prises un simulacre d’ébats amoureux. L’utilisation d’éléments du réel, comme les Kettlebells, peut troubler et provoquer un décrochage du spectateur soucieux de tout comprendre. En témoigne Claire, créatrice d’objets de décoration : « La première chose que je me suis dite à la fin du spectacle c’est que le body-builder ferait un bon deuxième ligne ».

Verdict : une expérience prenante

Au final, l’œuvre propose un spectacle efficace en termes de ressenti. Minotauromachism parle à notre inconscient et à nos émotions par une scénographie épurée, un contraste saisissant entre deux physiques hors normes et l’évocation du mythe. On regrettera que la compréhension de certaines scènes soit moins évidente, peut-être à cause d’un manque d’intensité notamment dans la représentation de la brutalité. Dans tous les cas Minotauromachism ne laissera pas indifférent, et l’objectif d’Eric Minh Cuong Castaing − troubler le spectateur− est atteint.

Photos © Kevin Figuier

Article rédigé par Arthur

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