TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESGroland, beauf mais engagé

Après avoir annexé l’Occitanie, le Groland a paradé dans les rues de Toulouse ce vendredi pour la 3e cuvée de son festival de cinéma, le bien-nommé Fifigrot. En creux, la team de Canal+ milite pour les langues régionales et contre le capitalisme néolibéral, pas prête à arrêter son char. 

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© Paul Conge

Léger contretemps, vendredi 19 septembre, lorsque l’on se pointe place du Capitole pour suivre les bruyantes pétarades de la désormais traditionnelle parade grolandaise. À notre arrivée : personne. On nous apprend à la dernière minute que le défilé en grande pompe des esprits vifs du Fifigrot démarre non plus au Donjon, mais à la Maison de l’Occitanie. Génial. Guère du genre à se laisser plomber par des accrocs de dernière minute, on s’engouffre rue Saint-Rome, pressés par l’horloge — presque 18 heures — appareil photo à l’épaule, à la poursuite du souverain pontife de l’Eglise de la très sainte consommation (une officine anticapitaliste) qui passait justement par là. Ces atermoiements organisationnels n’auraient rien à voir avec le taux d’alcoolémie de l’équipe, murmure-t-on chez les oenologues.

« Aparté.com, c’est un truc de cul ça, non ? »

À l’Ostal d’Occitània, accordéons et bouchons de champagne se disputent les décibels. Comme une impression de débarquer après le désastre : les danses titubantes fleurent bon l’éméchage collectif, les cadavres de bouteille s’empilent comme des coquilles de noix. Le Président Salengro, lui, ne titube pas encore, en dépit de quelques coups dans le nez manifestes. Tout sémillant dans ses hardes militaristes, il a la prestance d’un simili-De Gaulle conquérant. Normal : il est sur le point d’annexer l’Occitanie à son royaume. « Groccitans, groccitanes, que dire, que faire, quoi ajouter », crachotera-t-il plus tard au micro sur son char.

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© Paul Conge

Officiellement, le Groland a été convié à la Maison de l’Occitanie pour « célébrer un festival d’humour et promouvoir le jeune cinéma occitan, porteur d’avenir », résume le Président de Convergence Occitane, Jean-François Laffont, sollicité par Aparté.com. Officieusement, « le concept du Groland nous paraît significatif », ajoute celui qui bataille pour l’officialisation de l’Occitan, « en tant que pays imaginaire rêvé, dans lequel on se demande si on ne serait pas mieux qu’ici. Puisque, comme toutes les langues régionales, on n’est pas très bien traités en France : nos revendications sont ignorées, et la proposition 56 de Hollande [sur le statut des langues régionales et minoritaires, ndlr] a juste été enterrée. »

Après nous avoir identifiés — « Aparté.com, c’est un truc de cul ça, non ? » —, le Président Salengro grimpe sur sa bagnole coloniale, et ses deux sbires, nous ayant pris pour cible, nous aspergent l’obturateur à coups de pistolets à eau. Remontée de la Rue Saint-Rome. On évite héroïquement les rafales de flotte. Le pape consumériste parade le majeur levé, « le doigt du capital ! », entre deux appels à la fellation, à la partouze, et à s’enculer par contorsion. Bientôt, une batucada Punk rejoint bruyamment les rangs du cortège, et tout ce beau monde termine sa course au Gro’ village, près de l’ESAV, où l’on aperçoit Pierre Lacaze (secrétaire départemental du PCF) s’enquiller de la Chouffe (8°) avec ses acolytes.

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© Paul Conge

Alors que Salengro tente d’escalader le grillage devant le Crous pour s’épargner des selfies, Thomas, étudiant à Sciences Po Toulouse, nous explique que « le Groland, c’est la France en plus stéréotypée, en plus anar, en plus libre ». Sorte de prisme télévisuel et intellectuel « qui grossit le trait de certains aspects très beaufs de la France », lâche-t-il. « Pour moi, c’est des post-situationnistes », intellectualise, sourire aux lèvres, Odile, qui boit son verre par là. « Il n’y a pas de morale. L’idée c’est : vous êtes totalement libres. Ils font de la politique de manière très cynique, très exagérée. Ca reste de la blague. »

Valentin, étudiant en économie du développement, se rappelle « qu’à sa création et dans les années 2000, bien avant qu’internet soit aussi démocratisé, c’était une révolution de voir en clair sur Canal + des choses aussi crues ». Aujourd’hui, il note qu’elle s’est « déconnectée de la chaîne qui s’est boboïsée (sic) ». Sentiment semble-t-il partagé par les protagonistes du Fifigrot eux-mêmes qui s’amusent de l’appellation irrévérencieuse « Anal + » pour nommer leur diffuseur.

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© Paul Conge

Un festoche qui mise sur l’absurde

On en oublierait presque que derrière cette bruyante parade, se cachait un festival de cinéma. Parmi ceux qui n’ont pas oublié : Carine, chroniqueuse pour Culture 31, qui a suivi assidûment la programmation, comme elle le fait depuis la première édition. Elle explique l’esprit Groland : « C’est transformer l’absurdité de la société, quelque chose d’a priori triste en quelque chose de joyeux, avec un ton décalé. ».

« La programmation du Fifigrot se bonifie chaque année », lance-t-elle avant de s’étendre sur la diversité que recouvre le label Groland : «  Il y a aussi eu des documentaires « The Go-Go Boys » sur les cousins israéliens Menahem Golan et Yoram Globus et « Super 8 Madness » sur l’effervescence autour du « Festival du Super 8 Fantastique », créé par la revue Mad Movies en 1984. Ces deux films s’adressent aussi bien aux spécialistes qu’aux novices, et n’ont pas de sortie prévues sur Toulouse ».

« Pas de carré VIP, tout le monde est au même comptoir ! »

De quoi nous rappeler que, derrière la rigolade, vit une réelle ambition culturelle qui associe une certaine idée du cinéma indépendant à une soif de découverte inétanchable, elle poursuit : « c’est quand même aussi grâce au Fifigrot que les Toulousains ont a pu voir « Final Cut » l’an dernier, le film hongrois de György Palfi. Je suis très heureuse que Toulouse propose ce festival qui existait avant à Quend », nous rappelant ainsi l’origine du « T » accolé à Fifigrot.

Un festival de films à l’image de cette parade un peu barrée, subversive mais, paradoxalement, ouverte à tous. « Le Fifigrot, c’est une semaine très festive, où les invités habituels, comme Benoit Delépine, Noël Godin et Jean-Pierre Bouyxou, ou nouveaux, se mélangent en toute simplicité au peuple toulousain : pas de carré VIP, tout le monde est au même comptoir ! » termine Carine.

Paul Conge et Benjamin Mercui

Article rédigé par La rédaction Aparté.com

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