TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESAux Augustins, les sublimes couleurs de Jorge Pardo

Le 23 mai débutait la deuxième édition du Festival d’Art International de Toulouse (FIAT), en place jusqu’au 22 Juin. Pour cet événement, au Musée des Augustins, l’artiste américain et cubain Jorge Pardo s’est emparé de la riche collection de chapiteaux romans du XIIe siècle pour réaliser une création ambitieuse : sublimer l’art roman par l’art contemporain.

© Patrice Nin .© Patrice Nin / Ville de Toulouse

Les chapiteaux romans, chefs-d’œuvre du musée, constituent une collection unique au monde. Ces vestiges ont été retrouvés dans les cloîtres des trois grands monuments de Toulouse : le monastère de la Daurade, la basilique Saint-Sernin et la cathédrale Saint-Etienne. Jorge Pardo, artiste mondialement connu et renommé, travaille tous les matériaux, tous les genres, tous les styles. Aux Augustins, il redonne à la salle romane toute sa valeur : les chefs-d’œuvre anciens sont portés par des colonnes colorées et un éclairage nouveau distinguant chaque ensemble de chapiteaux, mélangés à des meubles courbes et à un carrelage stylisé.

L’aboutissement du projet a été long : entre les premières négociations en 2012 et l’inauguration cette année, la préparation de l’exposition a duré deux ans. C’est le commissaire d’exposition Thierry Levier qui a fait appel à Jorge Pardo pour savoir s’il voulait procéder à la même intervention qu’au LACMA de Los Angeles en 2008 autour des collections d’art précolombien. L’installation au Musée des Augustins marque la première intervention artistique de l’artiste en France. Le conservateur du musée, Axel Hémery, a découvert le travail de l’artiste en même temps que lors de leur première rencontre : «  J’ai eu l’occasion d’aller à Los Angeles, ce qui m’a permis de me conforter dans mon choix : il n’y avait pas de risque de se tromper avec cet artiste. »

Le patrimoine toulousain métamorphosé

L’exposition nous oblige à déplacer notre regard dans un jeu de perspectives, par cet étonnant mélange entre art contemporain, design, et art roman du XI-XII°siècle. Pardo renouvelle notre regard de visiteur en donnant une seconde vie à ces œuvres, à ce lieu, grâce à une mise en lumière originale des collections du musée. Jeux d’ombres, de lumières, de formes, d’effets optiques, de symétrie et de couleurs subliment ce lieu qui prend un tout autre relief.

Pour Axel Hémery, le Musée des Augustins pâtit d’une image un peu poussiéreuse : il y a donc une volonté de moderniser le musée, de « montrer quelque chose de rafraîchissant : ces chefs-d’œuvre de l’art roman deviennent plus crédibles face à la fascination d’un artiste contemporain. Cette exposition marque une vraie ambition en faisant redécouvrir aux visiteurs l’ampleur de la salle : le pari est réussi. »

Gris, bleu, orange, ocre, jaune… Devant nos yeux : un éventail de couleurs flamboyantes sur lesquelles trônent sculptures, chapiteaux et colonnes romanes où sont figés des personnages bibliques. C’est assez audacieux de voir alors le fameux chapiteau représentant Salomé et Saint Jean-Baptiste, tout droit sorti du Moyen-âge, rencontrant une esthétique moderne résolument baroque. On assiste à une véritable fusion entre les époques : la salle abrite l’ancien réfectoire du couvent au Moyen-âge, transformé ensuite en pièce du musée au XIXème pour accueillir les chapiteaux romans, et qui présente aujourd’hui, en 2014, le travail de l’artiste contemporain Jorge Pardo.

© Patrice Nin.© Patrice Nin / Ville de Toulouse

Repenser l’esthétique comme un tout

Et plus que d’époques, il est question de cohabitation d’univers : peinture, sculpture, architecture, design, artisanat se parlent et se côtoient pour former une scénographie effaçant les limites de chaque medium artistique. Le but ? Créer un ensemble, un tout, un art cohérent et pluriel : une œuvre d’art totale. Car Jorge Pardo souhaite contester le pouvoir catégorisant du musée : il réinterroge l’institution muséale dans la lignée de Duchamp, en contestant (sans forcément critiquer) le nivellement des différentes formes d’art. Avec Pardo, les frontières n’existent plus. L’objet d’art, le décor et le support fusionnent avec le lieu qui n’est alors jamais neutre, pour créer une exposition dans une exposition.

Axel Hémery porte un regard paradoxal sur ce mélange de genres : « D’habitude je ne suis pas favorable à ces dialogues entre les arts, comme par exemple à Versailles. Je trouve que c’est saugrenu et que cela n’apporte pas grand-chose, si ce n’est que ces installations sont plus là pour la gloire de l’artiste. Mais ici, c’était différent. Jorge Pardo revendiquait une certaine humilité à intervenir dans cette salle en voulant mettre en lumière cette collection exceptionnelle que les visiteurs ne voyaient plus. C’était l’occasion de montrer que cette salle romane est un endroit crucial, en confiant les clés du musée à un artiste spectaculaire. »

« Il réinterroge l’institution muséale dans la lignée de Duchamp, en contestant le nivellement des différentes formes d’art »

Cette désacralisation du musée rend le lieu accessible à tous. Alors le visiteur se fait acteur et non plus spectateur : il s’interroge, cherche l’art, cogite, et participe à l’existence de l’œuvre en étant sollicité par la scénographie, permettant de renouveler le public.

Mais l’intervention de Pardo n’est pas destinée à être éternelle. Pour Axel Hémery, « elle marque la fascination perpétuelle des artistes pour le musée en général : de nombreux tableaux montrent par exemple les visiteurs du musée des Augustins. » D’ailleurs, dans les années 80, les chapiteaux romans avaient également bénéficié de l’intervention d’un artiste contemporain de l’époque. Ainsi, « cette salle romane s’inscrit dans l’Histoire du musée et des musées qui ont toujours attiré les artistes ». Une exposition éphémère à venir admirer jusqu’en 2016.

© Patrice Nin.

© Patrice Nin / Ville de Toulouse

Article rédigé par Heloïse Van Appelghem

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