TEMPS DE LECTURE : 10 MINUTESInterview croisée… CAAST Ft. MR NÔ

C’est dans la cave du Downtown, à la lueur des vinyles de Mira Stella que nous avons rencontré MR NÔ et CAAST à l’occasion de la soirée des Croisées Créatives. On en a profité pour confronter leur point de vue sur l’électro et la notion de live : CAAST, MR NÔ, interview croisée.

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CAAST, MR NÔ et les membres de son collectif PLUS dans la cave du Downtown. /© Gaetan Ducroq

On savait que les Toulousains de CAAST et le Clermontois MR NÔ ne faisaient pas le même genre de musique. Et pourtant, les deux « DJ » sont encore répertoriés dans le registre de l’électro, aujourd’hui décomposée en multiples sous-branches. Jouant dans la même cour, avec des instruments sensiblement identiques, leurs styles divergent pourtant, ainsi que leur allure. On s’est dit qu’une petite confrontation de point de vue ne pourrait faire de mal à personne, et on a pas été déçus. De la définition à la production pour en arriver au live, interview croisée qui aurait pu déraper en conversation sur… l’orgasme.

Aparté.com : CAAST, MR NÔ, vous ne jouez pas dans la même cour, et pourtant on vous répertorie dans la même catégorie qu’est l’électro.  Mais alors, c’est quoi votre vision de l’électro ?

CAAST : L’électro est un domaine très vaste. C’est la musique électronique à la base donc à partir de là, tu peux partir dans tous les domaines. On a vu naître les synthés dans les année soixante-dix avec toute l’électro avant-gardiste. On a entendu tous les sons depuis la création de ce style de musique. Au fur et à mesure, ça s’est développé, un peu partout dans le monde, donc c’est vrai que le domaine s’est élargi et on arrive maintenant en 2014 avec des styles identifiés et différents les uns des autres, ce qui apporte une diversité dans le style en lui même. Donc la définition de l’électro….

A. : Quelles sont vos influences principales dans la musique électronique ?

MR NÔ : Pour moi perso c’est la Nu Wave, et c’est un peu ce que disait Thomas, il y a une histoire de technologie. Même si les années 70 c’était de la technologie de base. Après, beaucoup de musique est produite de façon électronique aujourd’hui. Moi ce que j’essaie de faire c’est de la Nu Wave techno.

C. : Nous on s’axe plus sur la disco, Nu disco. On aime beaucoup la pop aussi. On est influencé par tous les genres qui nous entourent. On a baigné dans plusieurs styles de musiques et après je me suis dirigé dans ce style là. Je trouve que le Nu disco est vraiment intéressant, avec la disco des années 70-80, une once de house des années 90 et un brin de French Touch.

A. : Toujours sur les influences, pour résumer, on a d’un côté la Disco avec CAAST, et de l’autre la Nu Wave de MR NÖ qui nous a fait penser à la techno des années 90, qui pouvait passer dans les clubs londoniens ou encore aujourd’hui sur Rinse FM. D’où vient tout ça ?

: Avant je faisais de la musique classique. Je sais pas si tu écoutes Bach ou Wagner, mais c’est énervé. Après je pense que… Tu vois, quand tu fais l’amour t’as besoin d’un moment calme, puis après, ça devient plus péchu, plus dynamique. Mais en fait, c’est toujours bizarre de parler de ça parce que je parle de la Nu Wave, mais en vrai j’ai pas connu. On fait que fantasmer des choses qui sont assez proches de nous mais qu’au final on a pas connu. Du coup moi c’est l’Hacienda, c’est Manchester et les Warehouse, des choses un peu noires…

A. : Mais alors, comment tu adaptes la Nu Wave, courant  rock-punk à l’origine, à l’électro ?

: Bah bien ouais (rires). Nan je l’applique parce que je vois pas des musiques comme des styles. Après y a toujours des clichés, avec la basse dans la Disco par exemple. Dans la Nu Wave c’est pareil. Moi je trouve qu’il s’agit plus d’une question de feeling un esprit que ta musique a déjà véhiculé. Aujourd’hui tu pourrais faire l’amour sur Marylin Monson mais ça donnerait pas le même résultat que sur un autre artiste. La différence se passe autant au niveau de la rythmique que des instruments, et ça dépend de toi, ce que tu veux faire partager.

A. : En gros, ce qu’on pourrait dire, et ce qui est rigolo, c’est qu’il y a une sorte de continuité entre la Nu Disco et la Nu Wave. Les préliminaires se fait sur le premier, et l’acte en lui même sur le second.

: C’est en train de devenir très sexuel là (rires). Je sais pas, tu peux parfois aussi surprendre, commencer hyper gonzo et finir tout doux. Mais c’est euh… Mh. Mais ce que je trouve important, que tu fasses un DJset ou un live, c’est qu’il y ait des moments forts, des moments reposés, pour filer la métaphore. Tout ça me fait penser à un vol en avion.

C. : Oui exactement !

A. : Et y aurait quelques turbulences, à certains moments.

C. : Oui, le but étant de faire passer les émotions que tu as en toi.

A. : Justement, ces émotions, comment on les fait passer par l’électro, à travers des machines ?

C. : Je dirai que c’est une sorte d’improvisation, comment on se sent sur le moment. Savoir de quoi on a envie, sans forcément savoir ce que l’on a envie de faire. Tu sais pas toujours ce que tu vas produire, mais tu connais le cheminement musical que tu vas produire.

: Ou reproduire ! (rires)

C. : Je le vois un peu comme un mélange d’improvisation et de création.

: Je sais pas pour toi, mais moi en live, les morceaux je les ai en tête avant de les jouer. T’es obligé de créer ton truc avant et de le jouer.

C. : J’ai pas cet esprit là, je suis plus dans l’impro oui.

A. : Quand tu dis que tu as ton morceau en tête MR NÔ, tu sais exactement à quoi il va ressembler, ou parfois tu termines sur quelque chose de totalement différent ?

: Les bonnes surprises arrivent une fois sur cent. Après, il y a une période où c’est bien d’improviser et de découvrir les machines, les logiciels. C’est comme si tu avais une toile, des pinceaux et de la peinture et tu racontes. il y a un moment où l’histoire apparait. T’es obligé de te dire : « bon maintenant mes instruments, mes outils je les connais« , et c’est là que tu produis parce qu’en apprenant à manier le tout, tes idées vont s’éclaircir et tu vas pouvoir poser les mélodies que tu as en tête.

A. : Mais justement on a l’habitude de concerts de groupes à formation classiques avec des instruments et une line-up précise, c’est différent pour l’électro ?

: En live, tu reprends des morceaux que tu as déjà fait et tu les changes sur place. J’ai tous les kicks sur mon ordinateur. je veux dire, j’ai les kicks qui sont des morceaux mais aussi des kicks de drums que je peux faire en live avec la machine. Sauf que le truc, c’est que je n’ai pas de sauvegarde, donc que je réouvre mon ordi, je mets les kicks sur l’écran, je télécharge le tout et ça recommence. Donc tout se passe pendant le live. Je trouve ça intéressant parce que quand tu vas voir un artiste, tu t’attends à ce qu’il joue certains morceaux mais renouvelés, améliorés. Après, avec les gars de mon label (PLUS-ndlr) on fait que du live. On a chacun nos machines. Moi j’ai mes pédales de guitares sur lesquelles on a ajouté de nouveaux sons, mon clavier… En fait, y a pas trop de différences avec un concert de rock et un musicien qui joue sa partition et qui est lui même son propre ordinateur. Le truc c’est qu’à un moment ils se disent : « Là tu as quatre mesures pour improviser et faire ton solo« , avec l’électro c’est pareil, sauf que tu le fais avec tes machines et quand tu veux.

« Si le public peut se taper la tête contre les murs, ce serait une bonne réaction. »

C. : L’ordi au final, tu lui dis de faire quelque chose, il le fait. L’ordinateur, on pense que c’est facile, mais il faut quand même savoir l’utiliser de manière intelligente. C’est un instrument, c’est mon support de travail.

A. : Et du coup au niveau du ressenti du public ? Qu’est ce que vous attendez ?

C. : Pour la Disco, on fait quelque chose d’un peu plus dansant, donc c’est ce qu’on attend.

: En gros toi c’est choper des meufs et moi la suite. (rires)

C. : Je sais pas comment dire, mais on espère que les gens aient le feeling pour danser, soient content tout simplement.

A. : Et toi, à être habillé en dark comme ça, t’attends quoi ?

: Si le public peut se taper la tête contre les murs, ce serait une bonne réaction. Non en vrai ça dépend des publics, c’est une question de feeling global. Parfois personne ne bouge et pourtant tu vas avoir de supers retours, alors qu’à l’inverse, certains publics vont bouger puis se barrer sans même savoir qui t’étais.

C. : Ça dépend de la soirée, de lieu, de l’ambiance lumineuse.

: Après il faut aussi faire la différence entre un DJset et un live. Un DJset, tu peux fluctuer, t’adapter, alors qu’un live tu dois faire ton truc. Dans mon live je vais pas pouvoir mettre un petit Aérosmith ou je ne sais quoi.

C. : Après le live, tu peux plus t’exprimer en racontant une histoire.

: Tu racontes même ton histoire. C’est comme si tu allais voir un Disney ou un film d’auteur, c’est bien plus personnel, en fait.

A. : Et au niveau de votre rapport production/live, comment ça se passe pour vous ?

C. : Nous concernant c’est un peu une question de temps, étant donné que ce n’est pas notre métier. Après, on essaie surtout de faire des soirées dans tous les lieux toulousains. Il faut profiter, on bouge un peu, mais après, on se dirige de plus en plus sur le créneau de la production grâce à notre réseau et à nos nouvelles machines. Mais pour le moment, on se concentre sur le fait de faire de bons sets.

: Pour moi, quand tu es dans une démarche de live, c’est forcément pour jouer les morceaux que tu as joué chez toi. Et quand on a la chance de pouvoir tourner, c’est aussi agréable de rentrer chez soi et de se dire que l’on va pouvoir bosser. On peut pas vraiment préférer l’un ou l’autre, le tout c’est faire de la musique. J’ai besoin de faire du live comme du studio.

C. : C’est une question de feeling aussi. Un jour tu vas te dire que je me sens pas trop bien pour produire, alors tu privilégies le live. Sinon, parfois tu auras un truc en tête et tu te diras qu’il faut absolument le mettre à bas et tu y passes toute la journée.

A. : Un nom pour définir CAAST ? Un pour définir Mr NÖ ?

C. : Champagne.

: Un truc noir, un truc sexuel.

Propos recueillis par Paul Thiry et Paul Lorgerie.

Article rédigé par Paul Lorgerie

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