TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESNeutral Milk Hotel en concert, folk honnête et sensible

Cet article a été publié il y a 8 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Paradoxe que d’accueillir l’un des pionniers de la folk contemporaine sans que la salle soit comble. Neutral Milk Hotel était en concert dans la fraîche, quoique toujours non finie, salle du Métronum à Borderouge. Manque de communication ou réticence du public envers le lieu, on y a fait notre premier concert ce mardi 27 mai, qui s’est soldé par une (très) agréable surprise.

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C’est un peu par hasard qu’on déboule au Métronum. Sur les conseils avisés d’une fan de longue date se targuant que ce serait « l’événement musical de l’année à Toulouse« , c’est dans l’inconnu que nous arrivons sur les coups de 21h30. Dans la salle principale où le public éparpillé écoute attentivement la folk du jeune toulousain Jens Boosten, le calme règne. Néophyte qu’est le rédacteur des concerts de guitare sèche et voix incertaine à la tonalité rocailleuse, Neutral Milk Hotel se fait attendre.

Pourtant en activité depuis 1994, le groupe américain plus communément appelé NMH, qui a inspiré les plus grands groupes du moment tel qu’Arcade Fire, n’a pas un succès retentissant dans l’hexagone. Mené par Jeff Mangum, NMH est bien plus connu des addicts d’indie music que du grand public. Allant à l’encontre du commercial, la formation surprend par ses tonalités punk qui émanent des guitares à l’allure acoustique. Bref, décryptage de ce concert de l’année pour le Métronum.

Neutral

La neutralité, où plutôt la diversité. Quelle bande d’étonnants personnages monte sur scène. De gauche à droite, Timide (cuivre, synthé), Scott Spilanne (cor, trompette, trombone), Jeremy Barnes (batterie), Julian Koster (banjo, basse, scie musicale, accordéon) et Jeff Mangum (voix-guitare) sont respectivement surnommés Père noël, Freddy Mercury, Dormeur, et Baroudeur. Et si leurs personnalités entachent la scène d’une poésie visuelle, la performance musicale domine. Vacillant entre l’accordéon, la scie musicale et le banjo utilisé comme un violon pour Dormeur, l’effet produit soulève la sensibilité du public. À noter que tous les musiciens s’échangent leurs instruments tour à tour, donnant une dynamique certaine au live.

En toute simplicité, les cinq membres délivrent une musique lunatique, faisant passer du rire aux larmes en une mesure, sans jamais tomber dans la bipolarité (entendez, sans jamais pousser le public à bout de ses émotions) mais demeurant dans une retenue bienvenue créant le consensus dans la foule. Neutre, pas de malentendu, ce n’est pas la suisse mais ça pourrait y ressembler.

Milk

Milk, ou douceur. À l’écoute des versions studios, les musiques de NMH sont marquées d’une bienveillance nonchalante, concernant leur album In The Aeroplane Over the Sea (1998) en tout cas. Il suffit de s’extasier devant le solo de Jeff Mangum sur Oh Comely, regret de n’avoir pu sauver Anne Frank et sa famille, rejoint en milieu de morceau par ses comparses pour hérisser les poils de bras des personnes que nous sommes. Chanson lourde de sens, les cuivres ajoutent une intensité soufflante, sur une guitare chancelante et la voix timide du Baroudeur.

Partant, on pourrait penser que la line-up n’est composée que de morceau à dominante folk. Erreur, la surprise n’est pas moindre lorsque Freddy commence à s’acharner sur ses timbales. À bout de souffle, la batterie suit les cordes saturées pour se rapprocher dangereusement du punk sur The King of Carrot Flowers. Maintenant un rythme soutenu cinq minutes durant, Dormeur se réveille pour sautiller en tournant sur lui même, Freddy donne tout, le Père Noël suit la cadence tapant du pied, claquant des doigts, regardant ses partenaires et pointant une coordination sans faille au sein du groupe, tandis que Mangum ferme les yeux cherchant au plus profond de ses tripes la sensibilité inhérente à la formation.

Hotel

Hotel, pourquoi ? Nan, ce n’est pas si impertinent. À remarquer que le live commence, tout comme il se termine : par le même morceau qu’est Two Headed Boy. La boucle est bouclée, bien plus qu’un concert, NMH nous raconte une histoire d’1h15. À ne pas confondre avec Père Castor (ok c’est facile), les cinq musiciens nous bercent jusqu’au lit. Par l’échange d’instruments, les personnages se muent pour alimenter l’histoire. Mais le pire, c’est qu’ils la vivent, même 16 ans après : des larmes luisent sur la joue blanche de Julian Koster (a.k.a. Dormeur) à l’utilisation de la scie. Timide, en retrait, sourit naïvement, les ballades instrumentées nous emmènent sur un autre continent où la poésie est reine.

Mais bien plus qu’une histoire, la promiscuité entre la formation et le public entraine une vraie convivialité. Pas de barrières, les cinq américains sont à portée de bras, des échanges se font, comme si l’on se saluait aimablement en se croisant dans le couloir d’un quelconque hôtel. Car c’est bien une atmosphère respectueuse qui règne durant ce concert. Tendant à unifier foule et groupe, une petite communauté se crée le temps d’une soirée.

Alors, si c’est avec joie que le rédacteur a pu découvrir ce groupe, il regrettera cependant le fait que Neutral Milk Hotel n’ait plus composé depuis 2001. Dans l’attente d’un nouvel album pour toujours faire mentir les haters de Folk, il est aussi regrettable que la communication du Métronum ait si peu diffusé l’événement. Quoique, l’ambiance n’aurait sans doute jamais été aussi confinée avec une salle comble, alors en fait, c’est tant mieux.

Cet article a été publié il y a 8 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Paul Lorgerie

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