TEMPS DE LECTURE : 13 MINUTESEn Aparté avec… Set&Match ou la philosophie du rap du Sud

Si cette interview était un devoir à rendre à un prof, ce serait zéro pointé. Mais en même temps, c’est aussi ça le Sud, prendre son temps. Non ? C’est en tout cas la conception que  s’en font les Set&Match, le tout sublimé dans un rap du Sud qui leur est propre.

Fatkiss, Jiddy et Bunk
Faktiss, Jiddy et Bunk

À deux heures de route l’une de l’autre, nous pourrions prétendre que les différences entre Toulouse et Montpellier sont biens peu notables. Et pourtant, hormis le fait que l’un soit une ville de bord de mer, les Set&Match ne sont pas de cet avis. Prônant leur belle ville dans nombre de leurs textes, les montpelliérains sont venus s’exiler le temps d’une soirée dans la Ville rose. Venus faire booty skaker le Connexion, l’ambiance et la chaleur du Sud étaient au rendez-vous. Retour sur ces rappeurs amoureux des choses simples qui n’ont pas hésité à partager la scène avec leurs comparses.

Aparté.com : Hello Set&Match ! Pour les présentations, vous venez de Montpellier, on le comprend dans vos textes, mais alors… Toulouse, c’est cool ?

Bunk : Toulouse c’est cool ouais. Moi je connais bien Toulouse.

Jiddy : Toulouse c’est cool, mais Montpel’ c’est wouah, au dessus !

B. : Nan Toulouse c’est pas le même genre de ville en fait. Montpellier, c’est une ville de bord de mer déjà, le seul truc qu’on a en commun c’est les jolies filles et le soleil, ce qui est déjà pas mal !

A. : On vous a connu avec Wesh Bagel et Digestif : en fait, vos thèmes de prédilection c’est surtout la beuh, les meufs et la thune, nan.. ?

B. : Bah c’est un peu la vie de tous les jours hein !

J. : Aight !

B. : (rires) Nan, c’est plus une caricature de la vie de tous les jours, de notre vie à nous.

A. : Et du coup, le « chill » c’est votre paradis ?

B. : Tu sais le chill c’est une manière de… Bon, là tu cites de morceaux qui concernent pas vraiment le chill. Le chill est vraiment présent dans Sunset : c’est un peu une philosophie au final, mais sans non plus en faire des caisses.

J. : C’est un peu la définition du Sud.

B. : C’est « far niente » quoi ! Il y a des heures de la journée où tu ne peux rien faire, rien n’est possible. Genre la digestion, entre midi et 16 heures, il fait trop chaud pour faire quoique ce soit (rires). C’est une philosophie un petit peu espagnole, mais en même temps c’est un prétexte pour développer d’autres thèmes comme le délire entre pote. Le chill, c’est un prétexte pour se retrouver, un prétexte pour draguer les filles, pour fumer, mais en même temps pour faire la fête de manière très simple. Tu vois, on fait pas l’apologie de l’alcool ou de la fumette, à part sur O’ High où on parle vraiment que de ça… Ça fait partie de notre vie, et on essaie juste de sublimer ces choses qui sont très simples au final.

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Set&Match – XLR – Fils de Plume en featuring sur la scène du Connexion

A. : Et BigFlo & Oli alors, ils font du rap du Sud selon vous ?

J. : Ouais carrément !

B. : Bah ils ont l’accent du Sud déjà, alors on peut considérer que c’en est. Ensuite, ils ont une forte identité toulousaine. Après, ils évoquent pas les mêmes sujets que nous, c’est moins fort lyriquement. Mais après, Montpellier et Toulouse sont différentes. Il y a une sorte de microcosme, une sorte de chauvinisme qui n’est pas non plus déplacé. On aime exagérer les choses, même dans la vie de tous les jours. Ça rejoint un peu la mentalité du Sud d’ailleurs, où les gens aiment exagérer. On voit plus gros, par exemple dans MTP Bop a Lulla, c’est une manière de dire que Montpellier c’est notre ville, et une manière de remercier notre public qui nous comprend, tout comme les gens du Sud. On se rencontre sur des thématiques. Sans pour autant vouloir stéréotyper, les gens du Nord font la même chose. On a une manière estivale de voir les choses parce qu’on aime positiver malgré les galères. Ces galères dont on parle aussi dans nos textes. L’argent, le social, même si on rentre jamais dans le champ de l’économie ou du politique…

A. : Du coup, y a des thématiques sous-jacentes à vos textes, en somme.

B. : Ça c’est à toi de nous dire si tu la comprends, mais, certains comprennent clairement que oui.

A. : Billet Bleu par exemple ?

B. :  Billet Bleu c’est complétement le thème de l’argent. Mais dans Sunset par exemple, quand je dis « pour cliper on squatte chez les potes » ça veut dire que la maison dans laquelle on est n’est pas à nous. Justement, on gratte la maison d’un pote qui a une putain de baraque pour réaliser notre clip. Une manière de dire  qu’on se la raconte pas vraiment finalement.

J. : C’est la raconte de la débrouille ! On aurait pu dire qu’on a une grosse baraque, mais nous on a voulu mettre en avant le fait qu’on a squatté chez un pote. Au final, c’est ça qu’est bien ! C’est l’été, qu’est ce que tu fais ? Tu squattes chez ton pote qui a la piscine, tout simplement.

A. : On a entendu dire que vous trouviez le rap mieux maintenant, verdict ?

Faktiss : C’est pas tellement ça, mais les gens sont tellement à dire : « Le rap c’était mieux avant, le rap c’était mieux avant ». Oui le rap c’était bien avant, mais le rap évolue aussi et ce serait bête de rester sur ces bases d’antan.

B. : L’émotion se contrôle pas. Si un mec dit que le rap était mieux avant, c’est qu’il ressentait plus de choses dans l’ancien rap que dans ce qui se fait aujourd’hui. Mais si tu regardes techniquement, ou la manière de placer les rimes, le rap est mieux maintenant. Techniquement, les mecs rappent mieux maintenant, c’est évident. Mais émotionnellement, c’est peut être différent. Avant, c’était neuf, les mecs sont arrivés avec ces trucs chelou, il y avait un mouvement de dingue qui s’est crée, c’était du neuf !

A. : Donc pour vous, si on peut parler de relève, qui serait-ele en 2014 ?

J. : Franchement, Set&Match (rires) ! Nan, en réalité il y en a plein.  Y a Nemir, ya Joke, y a BigFlo & Oli, tout l’Entourage

B. : En fait, en France on veut à tout prix savoir « qui ? ». Il faut toujours sortir un nom, ou deux. Mais le rap, il y en a pour tous les goûts. C’est pour ça qu’il faut arrêter de dire que les « gangsta rap » c’est nul, ou le « boop bap », c’est nul, ou le « West Coast », c’est nul… Ça n’engage que toi, mais c’est la diversité qui fait que le rap va vivre et qui va faire que dans 15-50 ans, on entendra encore parler de rap parce que il prend des formes tellement diverses et variées. C’est ce pourquoi il est mieux aujourd’hui. Il s’est tellement diversifié qu’il envahit la société. En 1995, le rap français était plus uniforme. Même si NTM et IAM sont vachement différents, leur premier album respectif se ressemble vachement. Maintenant, entre Joke et 1.9.9.5., il y grand fossé, Set&Match et XLR qui jouent ce soir, il y a un grand écart. On fait pas le même rap, mais on se respecte et on kiffe. Et le fait que l’on soit de la même génération et quasiment de la même catégorie sociale, c’est ça qui est génial. Après, chacun a le choix d’aimer l’un ou l’autre !

>> À voir aussi : BigFlo & Oli, rappeurs normaux

A. : Pour parler de vos clips, on a remarqué que vous vous lachiez beaucoup plus aujourd’hui qu’à vos débuts. Alors que l’usage voudrait que ce soit l’inverse.

J. : C’est normal, t’apprends. Si tu fais quelque chose c’est peut être trop. Et puis au début, quand tu vois une caméra tu sais pas forcément comment réagir… C’est vraiment un apprentissage.

F. : T’apprends à t’assumer, à savoir les gestes que tu fais, assumer ta posture, la manière dont les gens te vois, comment toi tu te vois.

B. : La manière dont tu as envie d’apparaître aussi.

A. : Mais ce qui est étonnant, c’est que la plupart des artistes auraient plutôt tendance à faire les cons au départ, puis, une fois légitimés, se poser et faire des trucs moins foufou.

F. : Je vois pas trop ce que tu veux dire… Regarde Disiz, il fait toujours autant le con dans ces clips.

B. : Non moins, bien moins. Disiz, dans J’pète les plombs où il se déguisait avec le gros marteau, c’était Nicky Larson… Je suis pas à sa place, mais pendant un moment, avant Lucide, il était beaucoup plus responsable, le mec avait grandi. Nous on essaie de faire les deux. Il faut faire attention à tout : la manière dont tu t’habilles, même si t’en as rien à foutre des habits, ce que tu fais passer, tu le fais passer une fois. Une fois le clip fait, tu peux pas revenir dessus. Donc effectivement, si t’as pas fait gaffe et que tu te dis « j’en ai rien à foutre » mais t’as un gros signe Nike, t’es automatiquement en désaccord avec l’image que tu veux faire passer. Au début on faisait des clips plus entre potes où on se filmait à l’arrache, on s’en foutait. C’était un peu intimidant. Regarde, O’ High… On avait les yeux éclatés dessus, bon… Maintenant on essaie d’éviter, on a entre 25 et 30 piges, et perso, j’ai plus trop envie d’avoir les yeux éclatés sur mes clips, je fume plus non plus en plus.

A. : Alors oui justement, on se demandait si vous fumiez autant que vous ne parliez d’herbe dans vos textes ?

F. : Moi je fume, moins qu’avant, mais oui, je fume toujours un peu. Après je fais attention. Si jamais on est en tournée ou quoique ce soit, je limite un maximum, histoire de rester un minimum sérieux quand même.

A. : Et si la musique était pas là, vous feriez quoi ?

F. : Si la musique était pas là ? Je serais pas en France. Je serai au Canada, j’ai de la famille là-bas, et même pour changer d’air, ça m’intéresserait. Genre voir ces magasins en sous-sol à Montréal, tout ça…

B. : Moi, j’aurais sans doute fait un peu plus de vidéo, même si c’est le rap qui m’y a remis. Puis après, il y a la nuance : tu peux faire de la musique mais sans décider que ça devienne professionnel. Avant on faisait de la musique, mais on avait tous un boulot à côté. Si tu te dis que tu veux vivre de la musique du jour au lendemain alors que tu commences… C’est chaud ! C’est ton niveau dans la musique et le succès que tu as dans le monde professionnel qui fera ta réputation. C’est lui qui te dis si tu pourras en vivre. Bon après, tout dépend de ton acharnement et de la manière dont tu t’impliques aussi. Mais pour revenir à ta question, c’est très dur de spéculer sur des choses fictives.

J. : Moi je ferai du basket, clairement.

B. : Bah ouais t’es grand, t’étais fait pour ça !

A. : Et un mot pour les jeunes rappeurs de Montpellier ou des autres villes, qui n’auraient pas pu passer par des tremplins comme vous l’avez fait avec les inRocKs lab ou les Inouis ?

B. :  En vrai, les tremplins c’est de la « pougnette ». C’est un plus à un moment donné, mais c’est tout. Heureusement que ce ne sont pas eux qui font la musique, ils t’aident juste. Ça nous a aidé, mais c’est pas un but en soi. Donc, les rappeurs de Montpel’, faites du rap et kickez ça et faites des clips et mettez vos sons sur la toile et organisez des concerts. Essayez d’être sur scène et de vous démerder tout seul. Accessoirement faites des tremplins mais c’est pas la seule voie. Le rap, c’est pas une musique académique.

A. : Et dites nous, vous étiez 4 avant, à trois, ça le fait toujours ?

J. : Depuis un moment maintenant, presque deux ans.

F. : Il est parti en médecine, puis droit, et on a entendu dire qu’il refaisait un peu de son de son côté.

J. : Mais si tu veux insinuer qu’il nous a manqué pour le groupe, pas vraiment. C’est tombé à un moment où on a fait une résidence et puis on a continué sur cette formation.

B. : Notre musique a progressé, on a digéré son influence qu’on ne retrouve plus trop maintenant. Ces refrains de spazz un peu pop, ils n’y sont plus. Mais on peut pas vraiment parler de manque. Set&Match a changé.

A. : Et Set&quipe c’est quoi ?

B. : C’est notre label, on est indépendant. Notre WatiB à nous si tu préfères. On est les producteurs de notre musique.

A. : Du coup si vous voulez changer votre rap, vous êtes libres de le faire.

B. : Nous on produit notre son, on fait ce qu’on veut.

J. : Après on a beaucoup de discussion avec notre label Atmosphérique dans le cadre de notre licence. Ils nous disent de  quel côté ils penchent, ce qu’ils souhaitent. Mais on finit souvent par s’entendre.

B. : Il y a un grand écart entre le mec qui veut absolument faire son truc sans forcément plaire aux gens, et la musique commerciale uniquement faite pour plaire. Mais entre les deux, il se passe plein de choses. Nous on assume les refrains chantés avec Sunset, MTP Bop a Lulla, des gimmicks accrocheurs. Tu peux dire qu’ils sont « faits pour vendre », entre guillemet. Faire chanter les gens, c’est vendre. Nous on est entre les deux. On veut faire de la bonne musique, du rap pointu mais facile à vendre, alors que ce sont deux choses qui s’opposent. Mais les deux sont possibles. Regarde Outkast avec leurs morceaux pointus, hyper spé mais intelligent, l’un n’empêche finalement pas l’autre.

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Article rédigé par Paul Lorgerie

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