TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESQuand les intermittents râlent, les chaises dansent

Difficile que la situation d’intermittent. Tout le monde s’en rend compte, mais personne ne sait vraiment pourquoi. Jeudi 27 mars, un attroupement d’acteurs de la culture s’est réuni en fin de journée pour manifester leur mécontentement au gouvernement. Décryptage.

 illu intermittents

C’est par hasard que je tombe sur ce conglomérat de personnes scandant diverses revendications portant sur la culture, notamment. Curieux, je m’approche et m’adresse à l’une des manifestantes, lui demandant de quoi il s’agit : « Prends un tract !« . Bon, j’accepte, ça change des quelques Moudenc ou autre Cohen. Sur celui-ci est inscrit en tête de page « Coordination des Intermittent-e-s et Précaires Midi-Pyrénées ». Tout s’éclaire alors.

Sur la forme : une symbolique

Je retrouve le cortège rue de Metz, en marche vers le monument aux morts de François Verdier. Incompréhension : chaque participant est muni d’une chaise. Les faisant voltiger dans les airs ou les trainant, cette seconde option créée un bruit fort désagréable pour le passant. « Ces chaises étaient au départ prévues pour que l’on les laisse place du Capitole lors de notre manifestation du 13 mars« , nous confie Anne-Catherine, spécialisée dans la confection de costumes. Dans l’optique de recréer une salle de spectacle vide sur la place névralgique de Toulouse, la symbolique est poussée : la mort des faiseurs de culture entrainerait la fuite du public et ainsi la fin d’un art. Pour autant, les chaises sont toujours présentes car « au final on s’est dit que ça pourrait être bien utile pour la suite » poursuit la « costumière ». « C’est vrai, avec une chaise, on peut s’asseoir dessus, prendre de la hauteur, ou encore faire du bruit en la trainant derrière soi. C’est multi-fonction quoi!« , termine Anne-Catherine. Assurément.

marche des chaises

Mais c’est bien en direction du monument aux morts que les protestataires se dirigent aux alentours de 18 heures. Se présentant sous l’ouvrage destiné aux « Hommes morts pour la Patrie », les acteurs provoquent la faux qui pourrait leur couper les vivres. Dansant et jouant à la chaise musicale sur Bella Ciao ou encore Gainsbourg, ces intermittents mécontents extériorisent leur volonté de résistance, montrant que non, ils ne sont pas accablés par le contexte, et oui, ils sont toujours prêts à créer.

Mais, au fait, par quoi seraient-ils accablés ?

Sur le fond : une perte de droit

Les intermittents du spectacle et de l’audiovisuel bénéficient d’une allocations-chômage spécifique. Pour vulgariser la chose, une fois l’acquisition des droits inhérents au statut d’intermittent obtenus, le comédien/musicien/ingé son/caméraman se doit de déclarer 507 heures de travail et ainsi bénéficier des « allocations d’aide au retour à l’emploi » (ARE). Mais « la situation n’a fait qu’empirer » regrette Anne-Catherine, intermittente depuis 1987. L’événement marquant ayant été une réforme du 26 juin 2003 où le MEDEF et trois syndicats avaient signé la réduction de la période d’indemnisation de 12 à 10 mois et causant la disparition de « 30 000 intermittents » et le renvoi du ministre de la Culture de l’époque, Jean-Jacques Aillagon.

chaise musicale

Dix années plus tard et dans un contexte de crise économique majeure, le système bancal est à nouveau remis en cause. Sachant que la situation de ces travailleurs est précaire, la réforme originelle s’intéressait à la suppression de cette assurance-chômage. Alors que cette première proposition ne verra pas le jour, le débat actuel porte sur un plafonnement à 5 475 euros des revenus par mois, un différé d’indemnisation et une augmentation sensible des cotisations salariales et patronales modifiant ainsi les annexes 8 et 10 du régime d’assurance-chômage. « Ce sont des économies de bouts de chandelle » s’indigne Anne-Catherine, « si il y a augmentation des cotisations patronales, les structurent emploieront de moins en moins« , portant ainsi à faux les praticiens des métiers du spectacle et de l’audiovisuel.

>>Lire aussi, « Municipales à Toulouse : quelle place pour la culture ? « 

Mais si ces intermittents ont peur de la réforme, la situation ne sera pour autant pas nouvelle : « C’est la première année que je remplis toutes mes heures. Ca ne marchait pas avant parce que ça fait trop cher pour les employeurs et que du coup, ils ne nous déclarent pas« , témoigne Mélanie, 33 ans, chanteuse et intermittente depuis 2003. Et si certains ont de la « chance » comme Laura, danseuse depuis 4 ans dans des cabarets fixes, il semblerait que les structures culturelles emploient de moins en moins à court terme.

Cette manifestation du jeudi 27 mars ne s’est pas uniquement faite en faveur des intermittents du spectacle. « Nous essayons que notre lutte soit globale, et nous descendons dans la rue également pour le droit des chômeurs« , indique Nicolas, 37 ans et électricien dans le cinéma. Car oui, en effet, une majeure partie de l’année, ces individus au statut particulier sont au chômage. Vivant de CDD en CDD, leur retirer cette assurance-chômage leur porterait un coup fatal. Alors, économie ou sauvetage partiel d’une classe socio-économique, le dossier est aujourd’hui entre les mains des ministres.


 

Article rédigé par Paul Lorgerie

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