TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESinRocks Lab : « Un vent chaud souffle sur la scène toulousaine »

Jusqu’en avril, le concours « Sosh aime les inRocks Lab » crapahute entre Paris et provinces, à la recherche des futures  stars de nos mixtapes  et  de nos meubles à vinyles. La semaine dernière, la tournée défricheuse démarrait au Connexion Live. L’occasion de mettre en perspective une scène toulousaine brulante comme nos  briques roses en juillet. 

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Crédits photo (c) Gaetan Ducroq

La tournée « Sosh aime les inRocks Lab » a débuté dans le sud, chez nous, à Toulouse, mercredi 5 mars. Pour cette raison, les hordes de trolls accusant, à coups de hargneux commentaires, le magazine Les Inrockuptibles de parisianisme peuvent d’ores et déjà revoir leur position. Pas convaincus ? Et si on ajoute que la team en charge de l’événement a abandonné les abords du canal Saint-Martin pour sillonner nos provinces en quête des talents qui, demain, caracoleront parmi vos « 25 morceaux les plus écoutés », ça va mieux ?

« Un groupe comme Ruby Cube n’aurait pas existé il y a 20 ans. Personne ne leur dit ce qu’il ne faut pas faire, alors ils font les choses à leur façon »

Car depuis 2003, le concours des inRocks Lab, anciennement nommé CQFD – pour « Ce Qu’il Faut Découvrir » -, a su débusquer, dans cette mine de platine qu’est la scène indé française, son lot de pépites aux reflets rock, électro, pop et folk. Si en France, on a toujours pas de pétrole, et peut-être pas tant d’idées qu’on le prétend, nos vingt-sept régions cachent de formidables surprises musicales. Les Inrocks Lab ont leur part de responsabilité dans l’essor, entres autres, de Cascadeur, Aline, ou Christine and the Queens.

Près de 2000 artistes se sont inscrits pour cette onzième édition du concours. Dans chacune des douze villes où l’événement se déroule, une bonne demi-douzaine de candidats sont présélectionnés, sur des critères d’originalité et de niveau. Ils étaient sept groupes toulousains au Connexion Live, mercredi dernier. Chacun n’avait pas plus de vingt minutes pour interpréter trois morceaux et convaincre un jury composé de professionnels.

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(c) Gaetan Ducroq

Ouvertes gratuitement au public,  ces auditions portent l’appellation d’open-mic, et visent à marquer quelque interaction avec les auditeurs. Un format de concert méconnu en France, mais très populaire au Royaume-Uni. La chanteuse Birdy, à titre d’exemple, doit en partie son ascension à une session open-mic.

Parmi les compétiteurs toulousains, un seul lauréat aura le loisir de se produire au festival « Sosh aime les inRocks Lab », qui réunira les gagnants des autres villes à la Gaité Lyrique, fin mai. En plus de recevoir une bourse de mille euros pour démarrer un projet sur la plate-forme de financement participatif Kiss Kiss Bank Bank. Pour la finale, on se capte en septembre.

Interrogée sur la sélectivité de ce tremplin médiatique, Abigaïl Aïnouz, journaliste et responsable éditoriale de l’événement, se défend de tout favoritisme stylistique :

« La plupart des artistes qui s’inscrivent lisent les inRocks, et connaissent donc notre ligne éditoriale ; il y a une autocensure en amont »

L’hebdomadaire étant porté sur le rock et la pop dits indépendants – dans de vastes déclinaisons -, les chances sont faibles qu’un groupe de métal symphonique ait l’idée saugrenue de s’inscrire. Quoique.

Toutefois, l’ouverture est de mise, et il n’est pas question de suivre aveuglément les tendances actuelles. Bien que le nom du lauréat sera révélé le 28 avril, Abigaïl confie :

« Parmi les coups de coeur du jury, dont je fais partie, certains artistes n’ont aucun rapport avec la scène pop française dont on parle beaucoup en ce moment »

Un bref coup d’oreille à la programmation suffit à s’en persuader : Steamboat Woody donnent dans la country nasillarde quand Mehari vont checker leurs inspirations vers les sons venus du cosmos.

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(c) Gaetan Ducroq

« Un vent chaud souffle sur la scène toulousaine »

Abigaïl ignore peut-être que, nous aussi, dans la ville rose, on a connu le non-printemps 2013, mais son compliment va droit au coeur :

« Un vent chaud souffle sur la scène toulousaine ; la pop semble y prendre un bain de fraicheur, les artistes profiter du soleil de Toulouse pour créer quelque chose de fondant »

De fait, un « son toulousain » se forge peu à peu, pour reprendre les mots de Samson, frontman de Ruby Cube. On l’a entendu avec les mélodies ensoleillées de Sing Sing My Darling, parvenus l’année dernière en demi-finale des inRocks Lab. Tous les candidats, avec une identité propre à chacun, participent au dynamisme que nécessite une scène locale.

JD Beauvallet, rédacteur en chef aux Inrocks et membre du jury, apporte son éclairage :

« Pour avoir une scène musicale dans les années 80, il fallait une salle, une radio, un bon disquaire, un bon fanzine. Toulouse réunissait tout cela, avec une certaine tradition de localité, une scène très autochtone. Mais aujourd’hui, les outils ont changé »

En effet, les nouvelles technologies, des logiciels de composition, d’enregistrement, en passant par le web participatif, ont contribué à libérer les artistes des contraintes de l’industrie musicale. Et le journaliste de reconnaitre :

« Un groupe comme Ruby Cube n’aurait pas existé il y a 20 ans. Personne ne leur dit ce qu’il ne faut pas faire, alors ils font les choses à leur façon »

D’aucuns accuseront le web de déraciner les artistes du lieu dans lequel ils vivent, d’absorber la musique dans un vaste réseau désincarné. Très concrètement, la réalité vient nuancer ce genre de thèse. A Toulouse, souvent, nos musiciens se connaissent, fréquentent des lieux en commun, échangent entre-eux : Gabriel Loridon, par exemple, de Sing Sing My Darling, tient désormais la basse aux côtés de Lucas Nedellec, leader de Les Filles Et Les Garçons – projet ayant fait ses classes sur les Internets. Des amitiés se lient, orientent les processus créatifs.

En somme, les beuveries partagées entre les zicos du coin n’ont rien de virtuel. L’auteur de ces lignes en a fait les frais.

 Les coups de coeur d’Aparté

Le 28 avril, sera révélé le nom du lauréat Open Mic de Toulouse, choisi par un jury composé d’ Alexandre Barthes (IRMA – Avant-mardi), Thomas Delafosse (Radio Campus Toulouse), Matthieu Narbonne (Programmateur du Connexion Live), Abigail Ainouz et JD Beauvallet des Inrockuptibles. Mais nous, chez Aparté, on dévoile notre sélection dès aujourd’hui. Ils sont trois sur le podium :

  • Pour sa pop feu d’artifice, ses refrains entêtants, ses mélodies en sucre d’orge, on décerne la médaille de bronze à Lucas Nedellec, leader de Les Filles Et Les Garçons, dont on a déjà parlé ici. Commencé par et pour Internet, le projet du jeune autodidacte s’exporte désormais sur scène, qu’il apprend tranquillement à maitriser. L’année passée, pour les dix ans des inRocks Lab,  ce grand brun était monté seul sur les planches du Saint Des Seins. Il est à présent épaulé du bassiste  Gabriel Loridon, pour davantage de puissance scénique. Si quelques maladresses vocales sont encore à dépasser, le duo a ses lendemains qui chantent.

  • Médaille d’argent pour Ruby Cube  ! Les cinq loustics ont tout, ou presque : la gouaille so british, une énergie bluffante, des gimmicks aussi dansants qu’obsédants, une assurance sur scène qui ne manquera pas d’agacer, un peu, les garçons jaloux. Encore quelques efforts, et le quintet réussira à s’affranchir de ses influences – de haute tenue -, lesquelles vont de Foals à métronome, en passant par Alt-J ou Late Of The Pier. Le phénomène est en marche.

  • Et enfin, notre médaille d’or revient au Commond Diamond. Le duo réussit à camper une pop aérienne sans être dispersée, mélancolique et puissante simultanément. On peine à croire qu’ils viennent d’ici. Non, pas de Toulouse, de la planète Terre carrément. A suivre.

Article rédigé par Marc Bonomelli

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