TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESLa vie rêvée de Walter Mitty : Voyage au bout de la vie

Il n’est plus à prouver que Ben Stiller est un génie de la comédie américaine. Il vient surtout nous prouver qu’il est un ambitieux cinéphile. À la fois devant et derrière la caméra, il réinvente le personnage de Walter Mitty, icône de la culture américaine, pour nous proposer une fable optimiste sur un doux rêveur à la recherche d’un négatif perdu. Voilà le « feel good movie » de ce début d’année.

Walter Mitty

« La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue » écrivait Virginia Woolf. Une pensée qui pourrait s’appliquer à Walter Mitty. Ce responsable du développement des pellicules du magazine Life préfère s’évader à travers des aventures drôles et extravagantes par le pouvoir de l’Imaginaire pour échapper au quotidien qui le tue à petit feu. Mais à force de rêver sa vie, Walter passe à côté de tout. C’est alors la recherche d’un négatif mystérieux qui servira de prétexte à Walter pour changer de vie et apprendre à être lui-même. Une quête personnelle ordinaire donc, mais à travers des aventures extraordinaires qui le mèneront aux quatre coins de la planète.

Ben Stiller, le roi de la comédie

Ben Stiller excelle depuis ses débuts dans le genre, où il prend toujours un malin plaisir à incarner des personnages de « losers » un peu benêts : « Mary à tout prix », « Polly &  Moi », « Mon Beau-Père et moi »… Devenu un des maîtres du genre avec ses réalisations cultes « Zoolander » et surtout « Tonnerre sous les tropiques », des comédies acides faisant la part belle à la parodie et la satire, il a alors été rapidement catalogué comme le comique de service.

Pourtant, il est tout aussi talentueux en incarnant des rôles plus dramatiques, si ce n’est encore plus touchant. C’est avec le conte initiatique de Walter Mitty, librement inspiré d’une nouvelle de James Thurber parue en 1939, que Ben Stiller nous offre une partition plus profonde. Son portrait d’un homme mélancolique, seul, déconnecté de la réalité et qui n’ose jamais dire ce qu’il pense et être tout à fait ce qu’il est vraiment, nous fait sourire d’émotion. Mais le réalisateur sait aussi insuffler au film son sens du comique, par des clins d’œil parodiques aux films d’action (lors d’une scène de sauvetage improbable), ou encore aux drames romantiques lorsqu’il s’imagine comme Benjamin Button.

Chaque spectateur peut se retrouver en Walter, un homme ordinaire à la vie banale, qui recèle finalement au fond de lui un potentiel incroyable, capable d’enrichir sa vie d’expériences surprenantes.

Walter Mitty est cette figure d’antihéros qui suffit pourtant à nous faire rêver. Ben Stiller démontre qu’il n’est pas nécessaire d’être comme tous ces super-héros servis par Hollywood pour vivre de grandes aventures. Chaque spectateur peut se retrouver en Walter : un homme ordinaire à la vie banale, qui recèle finalement au fond de lui un potentiel incroyable, capable de rendre sa vie riche d’expériences surprenantes. Chacun peut s’identifier à cet homme dont l’histoire universelle nourrit chez nous l’envie irrésistible de rêver une vie semblable, en nous montrant que cela peut arriver au plus commun des mortels.

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Une ode poétique aux grands rêveurs

Le personnage de Walter rappelle le Candide de Voltaire, transporté d’aventures en aventures, le cynisme en moins puisque Ben Stiller inscrit son film dans un humanisme qui nous contamine de bonne humeur. Cette fable sincère réveille notre foi en l’humanité, et nous berce par ses balades rêveuses qui contribuent à faire vagabonder notre esprit : « Wake Up » d’Arcade Fire, « Dirty Paws » de Monsters and Men, ou encore Jose Gonzales accompagnent des plans de nature sauvage baignés par une lumière mordorée… Car un des points forts du film, c’est la puissante dimension visuelle accordée à chaque paysage : le Groenland, l’Islande,  l’Afghanistan, l’Himalaya défilent devant nos yeux et nous coupent le souffle.  Ben Stiller réveille et révèle la magie du cinéma capable de créer des rêves, en leur donnant littéralement vie à l’écran. En résumé : un véritable antidote en ces temps de crise et face à la grisaille hivernale.

Sean Penn renoue également avec sa fascination pour la nature qu’il magnifiait dans « Into the Wild » pour venir jouer le rôle d’un photographe globe-trotter émerveillé par la beauté du monde. Son personnage agit comme un Jiminy Crickett, sorte de guide spirituel présent les trois-quart du film seulement par la pensée. Car il n’existe pas physiquement, mais par les puzzles, les traces et empreintes qu’il laisse derrière lui, instigateur bienveillant de la chasse au trésor à laquelle se livre Walter, dont le trésor véritable sera finalement la quête de lui-même.

 Le spectateur ne sait parfois plus où est le rêve, où est la  réalité : les limites se brouillent et se mêlent.

D’ailleurs, la recherche du négatif perdu, c’est métaphoriquement la recherche du moi profond de Walter. Ce négatif ne sera développé qu’au terme de l’évolution du personnage, pour devenir finalement le positif sur la couverture du magazine Life. Et le jeu de mot sur le titre « Life » en comparaison avec la vie de Walter fonctionne parfaitement. Un négatif synonyme de quête intérieure donc, atteinte seulement après avoir vécu toutes ces expériences folles. Des aventures qu’il aurait d’ailleurs rêvées en temps normal, et qui se réalisent pourtant véritablement. D’où la perte d’orientation du spectateur qui ne sait parfois plus où est le rêve, où est la réalité : les limites se brouillent et se mêlent, en témoigne la fameuse scène du saut en hélicoptère portée par « Space Oddity » de David Bowie. Et c’est en cela que la vision de la vie offerte par le film est magnifique : le rêve reste réel et contribuer à rendre la vie encore plus belle puisqu’il nous pousse à de grandes ambitions.

 Un conte contemporain

Enfin, Ben Stiller choisit d’inscrire cette fable dans le contexte contemporain de crise économique, sur fond de licenciement d’entreprise, puisque Walter travaille pour le magazine « Life » victime d’un violent plan social. Le rêve est alors le seul moyen de s’échapper de cette dure réalité, de briser le caractère morne de la vie quotidienne, pour vivre intellectuellement des expériences dont Walter est d’habitude simple témoin, en iconographe de presse qu’il est, rêvant sa vie sur les photos qu’il développe. Au début homme de l’ombre dédiant sa vie à un métier destiné à disparaître et peu connu du grand public,  son changement de vie lui permet d’être alors dans la lumière, idée concrétisée par la couverture finale du magazine.

Ce film se fait hommage aux « petites gens », ode à tous ces artisans donnant vie aux journaux et aux magazines, puisque Life est réellement passé au numérique aux Etats-Unis, en 2007. C’est donc un monde en train de basculer que nous dépeint Ben Stiller, avec la fin de la presse et de la pellicule, remplacées par internet, mais aussi la disparition de certaines valeurs, les licenciements économiques et les métiers en voie d’extinction.

Mélange de comique et de dramatique, de rêve et de réalité, de quotidien et d’évasion, confrontation entre idéal fantasmé et vie éveillée… Walter se situe entre deux univers, le nôtre de spectateur, et celui du cinéma qui nous transporte et crée des mondes, nous confirmant ainsi que le 7ème Art n’a pas fini de nous faire rêver.

Article rédigé par Heloïse Van Appelghem

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