TEMPS DE LECTURE : 9 MINUTESPartiels, ces Toulousains ont triché avec brio

Chaque année, des centaines d’étudiants trichent aux partiels. Au risque de sanctions lourdes, les fraudeurs rivalisent parfois d’inventivité pour tromper la vigilance des surveillants. On a demandé à trois d’entre-eux, étudiants ou ex-étudiants toulousains, de revenir sur leurs motivations, leurs anecdotes, leurs combines.

Chalabala : Shutter

Avant toute chose, nous remercions l’Anonyme ayant inspiré le présent sujet. Cet Anonyme introuvable, dont l’exploit est relaté sur le tumblr de l’université Le Mirail, domine, par son culot, l’ensemble des témoignages ci-dessous. Respect éternel.

Les sanctions pouvant s’appliquer aux fraudeurs vont du simple avertissement à l’exclusion définitive de tout établissement public d’enseignement supérieur, en passant par des exclusions temporaires, plus ou moins longues.  Si un rapport du Ministère de l’enseignement supérieur faisait état, en 2012, d’une moyenne annuelle de 15 fraudeurs par université, près de 70 % des étudiants affirment avoir déjà triché au cours de leur scolarité.

Laxisme ? Naiveté de l’administration ? Il apparait clairement, en sondant rapidement des étudiants au hasard à la sortie d’une fac, que les chiffres sous-estiment le phénomène.

Robert, Ludo et Tom ont triché lorsqu’ils étudiaient dans leurs écoles ou facultés respectives à Toulouse. Et tous trois l’ont fait avec succès, impunément. Pourquoi ont-ils bravé l’interdit, au mépris du risque de compromettre leur avenir ? Et surtout, comment s’y sont-ils pris ? Par respect de l’anonymat, les prénoms ont été modifiés.

Robert, le classic cheater

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Jeune commercial dans une entreprise fabricante d’huisserie, Robert parle de son métier, la vente de portes et fenêtres, avec passion – ou alors son ironie subtile nous a échappé. Ce Toulousain fan de rock bruitiste, à l’aise avec l’art du baratin, est diplômé de l’ICD International Business School. A présent dans la vie active, Robert revient, sans embarras, sur les multiples hold-up  qui ont marqué son parcours universitaire:

« Les deux premières années à l’ICD,  j’ai triché à trois partiels au moins. Pratiquement chaque année, en fait. Quand tu te retrouves à la veille d’un examen, que t’as rien révisé et que t’as la flemme d’aller en rattrapage, tu trouves un moyen de contourner »

Justement, quels moyens ? Aujourd’hui, les surveillants ne sont pas dupes, et veillent à ce que les téléphones portables, sur lesquels on peut télécharger un cours complet, soient éteints et rangés. Aussi, la « technique du brouillon de couleur » est désormais bien connue des chasseurs de triche. La combine en question, longtemps pratiquée par Robert, est simple. Elle consiste à récupérer les feuilles colorées fournies à chaque partiel, à les rapporter chez soi afin d’y noter ses antisèches en vue du partiel suivant.

Pour lutter contre cette dérive, les écoles et les universités fournissent maintenant, à chaque élève, des feuilles de brouillon aux couleurs différentes, en changeant de couleur tous les jours. Conscient des limites de sa méthode, Robert en a adopté une autre, plus furtive :

« Au lieu des feuilles de brouillon, je récupérais les feuilles d’examen – celles que l’on nous fournit, avec le nom, prénom, classe et matière à indiquer. Comme ces feuilles ne changent pas d’une épreuve à l’autre, je demandais systématiquement des feuilles supplémentaires, que je ramenais chez moi pour y écrire la partie la plus importante du cours. Il me suffisait de placer, le lendemain, cette feuille parmi les autres posées sur ma table, pour disposer tranquillement de mes tustes lors de l’examen. « 

Note obtenue : A +

Ludo, le faussaire

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A 25 ans, Ludo est responsable d’une médiathèque et conférencier. Une situation respectable qu’il doit, selon lui, davantage au sens de la débrouille et du relationnel qu’à ses études. Ancien étudiant à l’Ecole supérieure de communication à Toulouse, il n’a pas hésité à recourir à la triche pour obtenir son BTS.

Il en admet sans honte les raisons :

« j’ai triché par flemme d’apprendre par cœur et par souci d’avoir des bonnes notes facilement »

Pourtant, la solution de facilité n’exclut pas l’ingéniosité. Pour arriver à ses fins, en effet, Ludo a déployé ses compétences techniques en graphisme, en mettant au point une ruse pour le moins inventive. Le règlement de l’examen autorisait aux étudiants le recours, pendant la session, d’un ouvrage de référencement de tarifs publicitaires.

Une faille dans laquelle notre filou s’est engouffré :

« j’ai d’abord retouché mes cours par ordinateur, en respectant les codes couleurs, les typos, bref la charte graphique du livre auquel on avait droit lors du partiel. Ensuite, j’ai inclus dans ce bouquin mes pages de cours, soigneusement imprimées sur papier glacé pour coller au format original »

Si le développement de la créativité est un des objectifs affichés par « Sup de Com », osons dire qu’avec Ludo, ils ont réussi leur coup. Mais il s’en est fallu de peu que sa combine ait échoué. Car Ludo est dénoncé, au début de l’examen, par une camarade sinon consciencieuse, du moins rancunière – au cours d’une soirée arrosée, Ludo avait déclaré au copain de la future balance qu’il était cocu.

Après quoi :

 « La surveillante a pris mon bouquin, feuilleté quelques pages, mais comme c’était le même papier et la même charte graphique, elle n’a rien vu. Elle a accusé la meuf m’ayant vendu de fausse délation »

Un coup de bluff à faire pâlir l’antihéros de Catch Me If You Can. Inutile de préciser qui a remporté la meilleure note

Tom ou le crime parfait

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Réussir ses examens demande de l’organisation. A en croire Tom,  réussir une fraude en exige autant. Cet étudiant de 27 ans, préparant le concours d’inspecteur de police, est rompu à l’exercice. Ancien étudiant en droit, à l’Université Toulouse 1 Capitole, il admet avoir triché,  pratiquement à chaque partiel, au cours des trois ans de sa licence.

Pour Tom, élève impliqué dans ses études, mais avec la fâcheuse habitude d’entamer ses révisions sur le tard, recourir à la triche était une nécessité :

« C’était totalement par stratégie, de manière à consacrer plus de temps aux matières importantes, celles utiles à la poursuite de ma carrière juridique. J’ai donc triché aux matières que j’estimais inintéressantes, « les matières pouraves »,  comme le droit européen matériel, l’économie, toutes ces merdes qui ne servent pas en droit, mais qui avaient un gros coeff' » 

A cette fin, Tom a cherché une méthode infaillible, que lui-seul connaitrait. Une combine qui répondrait à deux impératifs : l’invisibilité, et le gain de temps. Bref, Tom cherchait son « crime parfait ».

  • Invisible :

« Ce que je voulais, c’était un truc clean. Le truc clean c’est quoi ? C’est que si tu te fais gauler, il n’y a aucune preuve contre toi. C’est la clé de la triche. Si t’as un objet qui vient matérialiser la triche, comme un portable, des tustes, t’es foutu. Et les sanctions sont très graves. »
  • Rapide :

« Tous les tricheurs que je connais préparent leurs antisèches sur une feuille de brouillon. Mais au final, c’est débile : quand il faut recopier un cours de 80 pages, bonjour quoi. Autant réviser le cours ! Moi,  je voulais maximiser mon temps »
 

C’est en étudiant la Charte des examens  que Tom a découvert la première faille, sur laquelle il allait s’appuyer pour élaborer une stratégie. A l’époque, le règlement tolérait au candidat un retard inférieur à la moitié du temps de l’épreuve. Autrement dit, sur une épreuve de deux heures, il fallait arriver avant la deuxième heure (aujourd’hui, la limite accordée est de 30 minutes).

« Ce que je voulais, c’était un truc clean. Le truc clean c’est quoi ? C’est que si tu te fais gauler, il n’y a aucune preuve contre toi »

Ensuite, Tom a observé, lors d’un partiel, que s’il était demandé aux étudiants de s’inscrire à la chaire avec leur carte étudiant, leur carte d’identité et leur signature, les surveillants ne vérifiaient pas l’identité des personnes assises dans les rangs de l’amphithéâtre. De ce fait, Tom a déduit qu’il pouvait faire entrer un complice :

« Le complice est très important. C’est lui qui permet une fraude propre, mais aussi de ne pas préparer ses tustes à l’avance. Il me fallait quelqu’un d’étranger à l’université. J’en ai utilisé plusieurs »

 Voici maintenant la méthode utilisée chaque année par Tom, qu’il révèle pour la première fois :

« Mon complice arrivait dans l’amphi une demi-heure avant le début de l’examen, et s’asseyait au fond. Quand les surveillants distribuaient enfin les sujets, il m’envoyait, discrètement, les questions par texto – le téléphone était la seule partie risquée du plan, en fait. Pendant ce temps, j’étais dans les chiottes à côté de l’amphi, donc j’avais une heure pour bosser les questions, directement sur mon cours, que d’ailleurs je n’avais jamais ouvert jusque là. Et en une heure, c’est trop facile, tu lis dix fois et tu sais par coeur. « 

Puis, deux minutes avant la fin du délai de retard accordé aux candidats, Tom se présentait en salle d’examen. Et prenait un malin plaisir à soigner ses entrées :

« J’adorais simuler le mec en retard, le type complètement largué. Pour ne pas éveiller les soupçons, j’ai entretenu cette image de glandeur tout au long de l’année, en arrivant en retard aux TDs, en ratant les cours, en oubliant mes affaires. Tout le monde se foutait de ma gueule, mais j’obtenais des meilleures notes qu’eux ! Et on ne pouvait rien me reprocher, j’avais aucune tuste, tout dans la tête ! »

Il ne restait plus qu’à remplir sa copie, et le tour était joué. Cette stratégie indécelable a rapporté des « notes astronomiques » à Tom. Ce dernier confie qu’outre la volonté de gagner du temps, la fraude représentait une vengeance envers certains professeurs :

« C’était un pied de nez. J’étais content de voler cette note – on est d’accord, c’est indécent de dire ça. Mais j’avais des profs trop cons, des pauvres merdes, qui m’envoyaient chier, par exemple, quand je posais une question en cours. Je réparais une injustice, l’idée c’était : « tu m’as niqué, à mon tour de te niquer » ». 

Enfin, Tom admet avoir éprouvé une grande excitation en accomplissant sa combine :

« C’est l’adrénaline, mec. Tu n’y peux rien. C’est comme au poker, tu mets tapis, tu mises tout,  et t’es content »

Le goût du risque, du danger, et son sens de la combine – histoire de comprendre  la psychologie du délinquant- sont des qualités qui, à n’en pas douter, serviront Tom dans son futur métier d’inspecteur de police. Dans le milieu, on l’appelle déjà  le Danny Ocean de la triche.

 

Vous êtes surveillant, professeur, directeur d’université ? Ne voyez pas dans cet article une incitation à la fraude. Au contraire, Aparté.com vous invite à partager vos anecdotes à propos du phénomène de fraude. Vous avez pris en flagrant délit un fraudeur ? Vous avez vos bottes secrètes pour lutter contre les tricheries ? Contactez l’auteur, il se fera une joie d’intégrer vos témoignages à un prochain sujet.  Mail : marcbonomelli@yahoo.fr .

Article rédigé par Marc Bonomelli

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