TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESNymphomaniac Volume II donne au sexe le droit de vie ou de mort

On savait déjà que le sexe pouvait être une névrose grâce à laquelle on pouvait prendre du plaisir. Dans cette seconde partie, Lars von Trier nous prouve qu’elle peut aussi pousser le patient à consentir à la douleur.

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La première partie connaissait des moments poignants, mais pouvait être drôle par moments, la jeunesse aidant à faire passer la pilule de la dépravation. Ici, on passe du côté obscur de la Lune, qui à la nuit tombée nous accable de douleurs, de tortures et d’humiliations. Dans cette longue descente aux enfers d’un demi-siècle, Joe – le personnage incarné par Charlotte Gainsbourg – pourrait être considéré comme le patient zéro d’un jusqu’au-boutisme implanté et incurable. Dans cette partie d’échecs, le fou reste debout, envers et contre tous, tandis que les unes après les autres, les pièces blanches s’assombrissent.

Grâce à des performances d’acteurs glaçantes, comme celles de Jamie Bell ou de Willem Dafoe, le lyrisme laisse place à une poésie pathétique et souillée.

A l’image de son personnage, Lars von Trier passe du coq à l’âne, nous entraînant dans une ferme viciée où les animaux sociaux multiplient les expériences. Il reprend le propos développé dans le premier volume en le transposant dans un monde adulte, impitoyable, qui révèle soudainement que sexe et domination sont intimement liés, pour le meilleur et pour le pire. Dans une tentative désespérée pour retrouver l’unique bonheur dont elle jouit, Joe se lance dans une course au plaisir et, à la manière d’une héroïne mythologique, subit de multiples épreuves, sensées la guérir, ou la punir, de ses péchés. Grâce à des performances d’acteurs glaçantes, comme celles de Jamie Bell ou de Willem Dafoe, le lyrisme laisse place à une poésie pathétique et souillée dans laquelle les vers rongent le cœur, proprement.

On regrette deux choses dans ce volume. Dans un premier temps, la césure en deux parties brise l’élan affectif que l’on peut ressentir vis-à-vis des personnages. Le spectateur se sent moins concerné par le propos, et moins apte à accepter le changement de ton. Telle une symphonie littéraire, le spectateur reste malgré tout guidé par le chef d’orchestre qui distille savamment les chapitres. Enfin, on déplore cette sensation d’inachevé, ces situations qui auraient mérité un traitement plus poussé, une suppression possible de scènes qui auraient mieux installé cette atmosphère si particulière et servi l’histoire de Joe.

Ce changement de cap n’est pas anodin, et il pressent intelligemment la perte de ce trésor inestimable qu’est la libido.

Nymphomaniac reste une fresque admirable dans laquelle on assiste au meurtre de l’amour. Il n’y a rien de beau à retirer de ce second volume de Nymphomaniac, à part une totale impuissance de l’être humain face à ses pulsions primaires. Personne n’y échappe. Certes, on peut déplorer une surprise moins présente dans la découverte de la narration, des digressions moins poétiques, une psychologie mise de côté au profit d’une bestialité primaire et inexpliquée. Cependant, ce changement de cap n’est pas anodin, et il pressent intelligemment la perte de ce trésor inestimable qu’est la libido. Moins bouleversant, mais très cohérent avec la première partie, Lars von Trier nous assène le dernier coup de poignard dans une conclusion d’un pessimisme rare, où, plongé dans l’obscurité, le spectateur ne peut qu’assister, horrifié, à la facilité déconcertante avec laquelle l’homme arrive à se détruire.

Article rédigé par Olivier Cherfan

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