TEMPS DE LECTURE : 10 MINUTESEn Aparté avec… Dany Boon, Kad Merad et Alice Pol

Six ans après Bienvenue chez les Ch’tis, Dany Boon retrouve Kad Merad dans Supercondriaque, son quatrième film. En salle le 26 Février, il en est à la fois réalisateur, acteur, producteur et scénariste. L’occasion pour Aparté de rencontrer le réalisateur et ses deux interprètes principaux, Kad Merad et Alice Pol, lors de l’avant-première du film.

Supercondriaque
Kad Merad, Dany Boon et Alice Pol – © Gaetan Ducroq

L’histoire est celle de Romain Faubert, un hypocondriaque maladif, sorte de Tanguy arrivé à la quarantaine, ayant pour seul ami son médecin. Celui-ci souhaite ardemment se débarrasser de cette amitié en lui trouvant la femme de sa vie. Mais la comédie prend un tout autre tournant lorsque Romain Flaubert croise le destin d’un révolutionnaire des Balkans.

Aparté.com : Comment est née l’idée du film ?

Dany Boon
 : Je voulais faire un film sur un hypocondriaque car je le suis depuis toujours : quand j’ai de la fièvre, je suis à l’article de la mort ! Et puis l’automédication, qui est déjà le début de l’hypocondrie, devient de plus en plus répandue, surtout avec internet. Il y avait donc un sujet de film à partir de ce moment-là.

A. : Votre film s’ouvre justement sur la puissance d’internet avec votre personnage qui cherche toutes ses maladies sur Google. La surinformation nous transforme-t-elle tous en hypocondriaque ?

Dany Boon
 : Tout à fait. Il y a ce dessin de Voutch, où un médecin explique à son patient : « Bonne nouvelle, d’après Google vous n’avez rien ! ». En discutant avec mon médecin, devenu mon ami à force de consultations, il me disait que les patients viennent avec des certitudes et non plus avec des questions, ce qui est dramatique pour les médecins, qui n’ont pas fait sept ans d’études et d’analyses du corps médical pour rien.

A. : La comédie est-elle un prétexte pour dénoncer cette overdose d’hypocondrie ?

Dany Boon
 : Je ne dénonce rien, c’est un sujet d’actualité où le public se retrouve et la comédie permet aux gens de s’identifier, pour pouvoir en rire. Je fais simplement une sorte de radiographie d’une époque marquée par l’hypocondrie : dans nos pays, on a le luxe de se soucier excessivement de sa santé. D’ailleurs, comme très souvent dans mes films, cela démarre d’un sketch : j’ai fait un sketch sur l’hypocondrie en parlant de pandémies, et de ces millions de vaccins périmés à l’époque de la grippe H1N1. Il était obligatoire de se faire vacciner, alors que cela ne servait à rien !

« Je fais une sorte de radiographie d’une époque marquée par l’hypocondrie : dans nos pays, on a le luxe de se soucier excessivement de sa santé. »

A. : Vous êtes-vous inspiré du « Malade Imaginaire » ?

Dany Boon : Je me suis inspiré d’Hippocrate qui a découvert cette maladie imaginaire. J’ai été surpris de découvrir que l’origine de l’hypocondrie remontait à l’antiquité grecque. C’est Hippocrate qui a été le premier à donner ce nom en parlant de ceux qui ne sont pas malades mais qui se plaignent au niveau des hypocondres, d’un mal lié à la peur et la tristesse.

A. : Pensez-vous comme le personnage joué par Kad que « la solitude est la plus grande maladie de ce siècle » ?

Dany Boon : Oui, la névrose rend seul, c’est ce que dit aussi le film. Et la vraie guérison de la solitude, ça reste l’amour, la vie avec les autres.

A. : Ces derniers temps, les personnages d’antihéros vulnérables et pleins de névroses ont beaucoup de succès au cinéma. Est-ce révélateur de notre société?

Kad Merad : Les gens s’identifient plus facilement à un personnage un peu plus normal, qui leur ressemble, plutôt qu’avec un X-men ! Même si je suis un peu un X-men au fond (rires).

Dany Boon : Le film s’appelle d’ailleurs « Supercondriaque » car ce personnage d’antihéros devient un héros, en prenant la place d’un révolutionnaire slave qui est son double opposé, en danger permanent, et qui se fout royalement d’attraper quelque chose. Lui est un vrai héros pour le coup. Cette dualité me permettait d’emmener mon personnage hypocondriaque dans pleins de situations très différentes, tout en partageant des situations de comédie avec mes camarades. La force du film, c’est de croiser une histoire banale entre un patient et son médecin, avec le destin d’un chef révolutionnaire des Balkans : il y a deux histoires en une.

A. : Kad, comment se sont passées les retrouvailles avec Dany Boon ?

Kad Merad : Ce ne sont pas des retrouvailles, plutôt une aventure qui dure depuis six ans. J’adore être dirigé par lui, il est un grand metteur en scène de comédie. Je voulais surtout que l’on ait des scènes ensemble pour retrouver cette énergie entre nous, ce tandem de « Bienvenue chez les Ch’tis », donc je n’ai pas hésité une seconde.

A. : D’ailleurs, dans un tandem au cinéma, les deux personnages s’opposent souvent…

Dany Boon : Ah non, là c’était un triem ! (rires). Oui c’est souvent ça dans la comédie : Clown blanc face à Auguste. Dans certaines scènes, le personnage joué par Kad a un côté Auguste puisqu’il montre une certaine fragilité, et même un côté clownesque par rapport à sa femme, qui devient alors Clown blanc face à lui.

A. : Certains disent que votre duo rappelle De Funès et Bourvil. Qu’en pensez-vous ?

Dany Boon
 : Qui a dit ça ? On veut des noms ! (rires) Plus sérieusement, on n’aurait jamais la prétention de se comparer à un duo qui nous a fait rêver étant enfants, et qui nous a fait aimer ce métier ! J’ai aussi reçu un beau compliment de Danièle Thompson qui a aimé le film, et m’a comparé à son père Gérard Oury.

Kad Merad : Bien sûr, ce sont mes parents qui sont heureux quand ils entendent ça. Je pense qu’il y a surtout un côté « tendre » dans notre duo qui rappelle leur tendresse. Dans l’écriture de Dany, c’est très burlesque, très drôle, mais c’est souvent très tendre.


A : L’amitié entre Romain Flaubert et son médecin ressemble à une « bromance » : une amitié si forte entre deux hommes qu’on pense à une relation amoureuse. Un choix délibéré ?

Dany Boon : Ah oui, c’est joli, ce terme de « bromance » ! Les duos sont toujours marqués par une certaine ambigüité : Laurel et Hardy, Astérix et Obélix… Il y a toujours une forme d’homosexualité sous-jacente. L’amitié, c’est l’amour sans sexe !

A. : Alice, comment s’est passé le tournage avec Dany Boon et Kad Merad ?

Alice Pol : C’était fantastique. Déjà dans le scénario, la place du personnage féminin est prépondérante : elle ne suit pas les personnages principaux masculins. Au-delà de cette chance, Dany et Kad ont tout fait pour que je sois très à l’aise : j’avais peur de ne pas être à la hauteur, mais Dany m’a montré qu’il avait confiance en moi. Et lorsqu’on a commencé les scènes tous les trois, j’ai senti qu’il voulait que l’on soit au même niveau, qu’il n’y ait pas de différences entre les stars et une actrice moins connue.

Dany Boon : L’idée de proposer le rôle principal à Alice a germé car elle était formidable en lecture. Un soir, à un dîner chez Stephan De Groodt, elle imitait un taxi marseillais qui la draguait, et j’ai vu sa forte nature comique. Alice est pétillante, elle a de l’invention, un visage très expressif, une grande drôlerie tout en sachant s’adoucir dans l’émotion. Elle m’a impressionné comme actrice !

« Dans le contexte de l’actualité, l’immigration est vue comme une invasion, alors que l’immigré est incroyablement humain. »

A : Qu’est-ce qui est le plus difficile lors de la réalisation d’un film ?

Dany Boon : C’est l’écriture qui est très longue, car on doute sur tout le parcours. Au bout de six mois d’écriture, on se demande si on a choisi le bon sujet, si dans trois ans le film ne sera pas obsolète… Mais le film fait les entrées qu’il mérite. Ce qui m’intéresse, c’est d’écrire des choses émouvantes et drôles, de divertir, raconter des histoires qui parlent aux gens et qui les font s’évader.  Je ne travaille que pour ça. Je veux aussi continuer à produire de jeunes comiques, comme avec le premier film de Jérôme Commandeur, celui de Warren Zavatta, ou de Rodolphe Lauga, mon cadreur dans le film. Ce qui est formidable dans le fait de produire de jeunes artistes, c’est qu’on revit à travers eux ce qu’on a connu il y a vingt ans.

A : La pression est forte concernant le succès du film ?

Dany Boon : Depuis « Bienvenue chez les Ch’tis » je me suis fait tellement allumer ! Six mois après la sortie, on a dit que je volais les entrées des autres, que mon film était populo-pétainiste. Puis le film a eu du succès à l’étranger, et d’un coup, ce n’était plus un film franchouillard. Il faut que la presse défende son cinéma : on est mieux défendu à l’étranger qu’en France ! Je pars d’ailleurs en avril défendre avec Unifrance le cinéma français en Chine, où « Un Plan Parfait » est devenu le film français le plus vu. Et j’étais président du jury à l’Alpe d’Huez où j’ai vu de très bons films français. Le « bashing » est un peu la mode du moment. Mais la réponse est de faire cette grande tournée en allant dans 130 villes ! Les réactions du public après la projection me font relativiser avec toutes ces polémiques inutiles.

A : Peut-on voir dans le film une critique de la perception de l’immigration en France, où l’immigré est vu comme une maladie, un corps étranger qui rend le citoyen français hypocondriaque ?

Dany Boon : Dans le contexte de l’actualité, l’immigration est vue effectivement comme une invasion, alors que l’immigré est incroyablement humain. C’était intéressant de rendre mon personnage clandestin dans son propre pays. J’ai aussi voulu voir les centres de détention des pays de l’Est, mais l’accès est interdit, on ne peut même pas filmer l’extérieur ! On a recrée les décors selon des photos. Pour avoir vu des reportages sur des gens qui aidaient les immigrés clandestins, c’était important de rendre réalistes les histoires de médecins du monde dans le film. Je ne comprends pas ce qui se passe aujourd’hui. Il faudrait que l’Europe se mobilise pour aider les Roms à être mieux intégrés dans leur pays, qui n’est presque plus le leur tellement ils sont rejetés et subissent le racisme.

Propos recueillis par Héloïse Van Appelghem

Article rédigé par Heloïse Van Appelghem

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