TEMPS DE LECTURE : 10 MINUTESEn Aparté avec… Breton.

Ne vous méprenez pas : bien que son chanteur soit vêtu d’une veste jaune à l’allure d’un ciré marin, les Breton n’ont aucune affiliation avec les chapeaux ronds de Bretagne. On a pu taper un baby-foot avec Roman Rappak (chanteur) et Ian Patterson (beatmaker) tout en parlant chaos et surréalisme.  Entretien.

Roman rappak et Ian Patterson
Roman rappak et Ian Patterson ©Paul Lorgerie

Un groupe atypique que ces Breton. Largement découverts sur la scène française avec leur précédent album Other People’s Problems (2012), les Londoniens reviennent cette fois-ci en force avec War Room Stories. Changement de décor, après avoir occupé une banque désaffectée dans le sud-est de Londres, c’est dans un ancien QG communiste de Berlin, le Funkhaus, que le groupe a composé son album. Bien plus chaotique comme ils aiment se le dire, à l’écoute, War Room Stories dépeint une diversité offerte par la pop musique d’aujourd’hui. Abusant a bon escient d’une MAO (musique assistée par ordinateur) accompagnant une formation dite plus classique sur Got Well Soon, les Breton apaisent comme excitent. Sur une ligne de basse épousant les pulsations d’une batterie à la rythmique saccadée, les cordes entrent en harmonie avec l’envolé lyrique du chanteur sur Closed Category, de suite rompue par National Grid. War Room Stories nous raconte une épopée contrastée de jeunes types enfermés et bouillonant d’idée, usant des tous les outils pop à leur disposition pour rendre compte d’un chaos auditivement doux.

Bref. Trêve de blabla, où plutôt de critiques descriptives, ou même plutôt de poser des mots sur des notes. Entendons donc ce que les principaux acteurs ont à nous dire :

Aparté.com : Hello Breton !

Ian : Safe safe safe.

A. : Une première question qui doit démanger nombre de vos fans français, pourquoi Breton ? Et pas… Normand, ou Occitan !?

Roman : Intéressant, une question que j’avais souvent entendu, mais pas sous cet angle. Tu peux répéter ?

A. : Breton, comme les gens qui viennent de Bretagne, c’est ce à quoi on vous assimile la première fois.

R. : AH ! Nan en fait, c’est une référence à André Breton ! Si tu tapes Breton sur google, le groupe, tu verras que c’est sans doute la question qui nous a le plus été posée dans les médias français : Je peux donc te répondre ce que tu trouveras sur Google (NDLR : nous n’avions pas checké wikipédia en amont de l’interview). Donc, le nom du groupe est une référence à André Breton, un peintre, penseur et écrivain surréaliste. Il a écrit un manifeste surréaliste qui est relativement accessible : une vision vulgarisée et simplifiée d’un mouvement artistique usant de différentes cultures, idées, supports. Le fait qu’il puisse traduire des idées aussi complexes dans un manifeste aussi simple est quelque chose qui nous a séduit. Nous ce que l’on cherche, c’est introduire la complexité de la musique électronique dans des chansons pop qui est un genre qui se veut plutôt simple.

A. : Vous essayez donc de transposer le surréalisme dans votre musique ?

R. : Non, c’est une référence à un mouvement. Je pense plus que la façon dont nous faisons notre musique est héritée du courant surréaliste, dans son processus de création.

A. : Mais alors Breton c’est quoi ? Un collectif ? Un groupe ? Une bande de pote ?

R. : C’est ces trois choses rassemblées !

I. : Oui c’est tout ça, mais même plus. C’est aussi une famille, et un club, et un gang, c’est tout ça oui !

A. : On dit que le « chaos » a crée Breton ? Qu’est ce que vous entendez par là ?

R. : Toutes les bonnes choses qui nous sont arrivées sont arrivées par coïncidence.  Pour retourner au surréalisme : un bon nombre des meilleurs travaux que tu puisses réaliser, je pense, ce sont les choses auxquelles tu ne penses pas trop en amont, car parfois ça peut paraître barbant. Alors qu’issu d’un processus chaotique ça sonne de façon plus intéressante. C’est tout simplement le fait de ne pas planifier les choses.

A. : Vous créez votre musique dans des lieux atypiques. Une banque désaffectée à Londres, le Lab, le Funkhaus à Berlin, toujours dans cet optique de chaos ?

I. : Il y a une approche différente pour chaque chapitre. C’est un élément du surréalisme. Disons que tu t’extrais de ton propre milieu de confort et pars créer quelque chose dans un lieu totalement différent de celui que tu as l’habitude de côtoyer, tu obtiendras naturellement un élément de chaos. Si tu éloignes ta personnalité de tes propres familiarités, tu peux créer le chaos comme il se doit.

« Il y a une approche différente pour chaque chapitre. C’est un élément du surréalisme. »

A. : C’est la première étape de votre processus de création donc !?

R. : Yep.

A. : Et pourquoi changer de ville constamment ? Londres, Berlin, vous songez faire une ville européenne, un album ?

R. : (Rires) On essaie juste de ne pas faire le même album deux fois. J’ai beaucoup aimé le fait que, lorsque War Room Stories est sorti, beaucoup de gens étaient confus. Beaucoup de gens qui n’aimaient pas le groupe avant, nous apprécient maintenant. Nombreux sont ceux qui ne comprenaient pas Other People’s Problems, mais y reviennent après avoir écouté War Room Stories. On a grandi ensemble, donc logiquement, on avait besoin de tout changer pour créer quelque chose de neuf.

A. : War Room Stories contient des notes plus brutes et électroniques que sur Other People’s Problems, était-ce volontaire ou ça vient juste du fait que vous ayez changé d’environnement ?

R. : Je pense pas qu’il soit plus électro…

I. : Je pense justement qu’il y a plus de lignes de guitare dessus. Je pense aussi que c’est plus un enregistrement dédié au live, parce que nous avons pris beaucoup de plaisir à jouer notre premier album. Mais ça n’a pas pour autant dominé toute la thématique de l’enregistrement, bien qu’il soit clairement plus adapté à la scène.

R. : C’est seulement la quatrième fois que nous jouons cet album. Ce soir sera la première devant un public à proprement parler. Nous n’avons testé ce live que dans des petits endroits, en showcase ou en clubs privés, et aujourd’hui… D’une certaine façon l’album n’était pas conçu pour ces types de lieux. Notre conception de partager la musique a changé : au lieu d’être seulement nous quatre dans une pièce à jouer, nous la partageons à un public. Musicalement, mon moment le plus émouvant a été celui où l’on a joué devant une foule de 10 000 personnes, ainsi qu’en festival. Tu te rendras toi même compte que ce que nous produirons ce soir est bien plus approprié à une grande salle.

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A. : Vous souhaitez vous différencier des autres groupes, genre, vous ne voulez pas qu’on vous compare. Quel processus entreprenez-vous pour vous démarquer ?

R. : L’une des choses que l’on a faite a été de rester assis dans une pièce, tous ensemble pendant un mois, à nous concerter. Les propositions fusent, on échange et on change encore et encore. La méthode est de toujours être influencé par les gens dans la pièce et non par quelconque élément extérieur. Ce n’est donc pas comme quand tu sors et que t’achètes euh… je sais pas, un album de Mogwaï pour ensuite essayer de le copier. Ou juste sortir et écouter les éléments comme le fait Damon Albarn. L’idée est plus d’être influencé par les choses que l’on a nous même faites. Donc, on ferme les portes quatre mois durant et on essaye de sortir un album.

A. : Vous faites énormément participer votre public : un clip réalisé avec les festivaliers de la Route du Rock en 2012, le principe des StreetTeam pour organiser la promotion dans les villes françaises. D’où vient cette volonté de faire participer le public ?

I. : C’est un niveau plus élevé d’extériorisation. Ce que l’on fait ensemble dans une pièce, on peut le diffuser à quelqu’un d’autre. C’est le paroxysme du surréalisme. On donne, donc on attend quelque chose en retour. On se dit : « vous pouvez avoir ça, vous en faites ce que vous voulez, et vous pouvez nous le rendre de la façon que vous voulez, ce que l’on fait ensemble est ce qui fait l’extériorisation ». C’est une magnifique façon de travailler. Et ça nous amuse bien plus de procéder comme ça ! Ce que l’on a crée dans une pièce n’est pas terminé, il y a une autre vie en aval de l’enregistrement.

R. : Ce que nous partageons, ce n’est pas foncièrement une question de donner et redonner, c’est plus une question sur la propriété intellectuelle quant à la musique. Tu peux partager sur Facebook, tu peux partager des liens gratuitement, c’est une extension du partage habituel de la musique. Lorsque Ian est arrivé dans le groupe, il a apporté cette idée : « on fait un ep, on l’envoie à des gens, on construit un réseau et c’est notre manière de partager notre musique ». C’est comme ça que l’on en est arrivé là et qu’on a la chance de faire de fantastiques concerts comme ce soir.

« On a grandi ensemble, donc logiquement, on avait besoin de tout changer pour créer quelque chose de neuf. »

A. : Une dernière question : vous ne vous contentez pas de faire de la musique, mais également des courts-métrages de la photo etc… Qu’elles sont vos influences principales ?

R. : Mes deux artistes du moment… Francis Bacon dans un premier temps ! Il y a un documentaire sur lui, uniquement habillé par ses propres paroles. Et c’est juste hallucinant parce que c’est un artiste exceptionnel, mais quand il parle, il le fait comme un enfant qui viendrait juste de s’aventurer dans une galerie, à qui il faudrait tout expliquer sur l’art. Sauf que c’est un artiste mondialement connu. C’est presque avoir la vision d’un Alien sur l’art. Mon numéro deux est Gregory Crewdson qui prend des photos gigantesques, tellement gigantesques qu’on dirait des scènes de films. Et pourtant, les scénographies sont constituées pour la prise d’une unique photo.

I. : Pour ma part, les influences changent chaque jour. Mais celle qui demeurera à jamais, c’est Peter Saville, à cause de son travail avec Factory Records. C’est un peu comme ce que nous faisons, mais lui à Manchester (NDLR : dans les années 70). Ils sont une petite équipe, un groupe, et ils font tout ensemble et eux même. Ils ont pas d’endroit où jouer, ils ont donc construit leur propre usine. C’est quelque chose qui nous a inspiré, que nous avons développé et modifié pour notre propre compte. C’est le mec qui m’a le plus inspiré pour War Room Stories, mais demain, cela pourrait être quelqu’un d’autre.

War Room Stories, dans les bacs depuis le 3 février (Cut Tooth/ Believe Recordings)

Propos recueillis par Paul Lorgerie.


Article rédigé par Paul Lorgerie

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