TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESArthur Avellano : « Le but de mon défilé, c’est que ça soit cul »

Demain à 20:30, Arthur Avellano présente sa nouvelle collection pour la soirée X-Arts. Quinze modèles marcheront, tout de latex vêtues, sur la scène du Connexion Live. Portrait d’un créateur toulousain audacieux,  à l’univers gorgé de sulfure et de pop,  de web culture et de cul.

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Selon Pauline Delage, modèle, Arthur Avellano donne une nouvelle jeunesse au latex.

Le jour de Noël, on a dit à Arthur Avellano qu’il présenterait sa collection le jeudi 27 février au Connexion. Deux mois plus tard, il a conçu et réalisé quinze robes, trouvé autant de modèles, rassemblé une équipe de maquilleuses et coiffeurs pro, une scénographe, une DJette et trois photographes. Trente personnes. Et c’est le deuxième défilé de la vie d’Arthur Avellano. Le Toulousain a 22 piges, il n’est même pas étudiant en mode. Vous pouvez avaler du Destop tout de suite ou après la lecture de cet article.

« Je suis intéressé par la création d’un événement plus que par la fringue en soi »

Arthur me reçoit aux Beaux-Arts de Toulouse. Il y étudie le design graphique. Il me conduit au local de sérigraphie, son QG. Il y bosse jour et soir, on dirait qu’il y vit : partout des affaires à lui ; des enceintes, branchées à son mac, diffusent une chouette playlist. « Il y a tout ce qu’il faut ici », fait Arthur en m’expliquant la technique de la sérigraphie, procédé avec lequel sont effectués ses motifs.

Il parait timide, son sourire est celui d’un môme. On est loin du cliché de l’élève prétentieux et chiant des Beaux-Arts, montré, par exemple, dans La Vie d’Adèle. Sur certains de ses camarades, d’ailleurs, il porte un regard assez critique :

« Beaucoup de gens des Beaux-Arts s’imaginent que tout a été fait, et qu’on ne peut plus innover »

L’une de ses amies ironise :

« Ses profs ne sont même pas au courant qu’il fait un défilé »

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Quand il ne s’affaire pas aux Beaux-Arts, Arthur travaille dans son appartement, reconverti en atelier.

Si le médium d’Arthur est le défilé de mode, sa démarche, dit-il, est essentiellement artistique, dégagée de toute velléité commerciale – prêt-à-porter – ou de haute-couture. Il dit son penchant pour les performances :

« Je suis intéressé par la création d’un événement plus que par la fringue en soi. Ce qui va du choix des mannequins à la mise en scène, en passant par la création bien-sûr »

On l’a vu en octobre à l’IPN, pour son premier défilé. Moulés dans le latex, la silicone, des combinaisons transparentes, la tête parfois couverte d’un voile, voire entièrement prise dans un revêtement doré, les mannequins, deux garçons, cinq filles, ont fait un show authentique. La salle était blindée. Les thèmes étaient à la décadence, à la luxure, au fétichisme. Autant de vices superposés à des vêtements inspirés du Moyen-Orient, avec en prime des motifs Dubai. Les addicts à Tumblr ont liké. Vous trouvez ça provoc’, vous ?

Selon l’artiste :

« Les gens musulmans présents n’ont pas été choqué. En fait, il n’y avait aucune critique de la burkha, je m’intéresse vraiment à la beauté de cette pièce qu’est le voile »

Pour autant, le collection présentée ce jeudi au Connexion s’écarte du monde arabe. Exit, aussi, silicone et tissus. Place au latex, uniquement le latex. Pauline Delage, modèle, défend ce choix :

« Arthur fait sortir cette matière de l’image qu’on lui colle, une image ringarde de trucs bas-de-gamme qu’on trouve dans les sex-shops. Il ajoute un côté street. Il a une vraie réflexion, tout en assumant le côté superficiel de la chose. C’est un un autodidacte qui s’est construit une énorme culture mode »

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Imprimé par sérigraphie sur des pièces de latex, le motif marbre est à l’honneur au défilé.

Parmi les goûts d’Arthur, trône Alexander McQueen, sur le versant provocateur, fétichiste et l’univers queer. D’autres illustres, sortis de la prestigieuse école londonienne Saint Martins, comme John Gallliano et Stella McCartney, inspirent également ses créations.

« Les gens peuvent dire que les mannequins sont superficiels (…). Mais on s’en fout, l’important c’est qu’ils soient bons dans ce qu’ils font »

Une certaine mouvance Tumblrisante, faite de pop culture pervertie et d’icônes deglingos, imprègne encore le travail du créateur toulousain. C’est dans l’air du temps, admet-il sans complexe. Il cherche toutefois à repenser cette imagerie en vogue. Et pour cogiter, il a de la matière : Arthur cite entres autres Fétiche. Mode Sexe et Pouvoir de Valerie Steele, se documente énormément, a dévoré La Mode, du cher Balzac.

Mais finalement, il le proclame sans honte :

« Le but, c’est que ça soit cul »

Une team au top

Pour réussir, il faut savoir s’entourer. Et, niveau relationnel, Arthur Avellano se démerde. Via ses connaissances, et ses amis, il dégote, en deux mois à peine, trois maquilleuses et cinq coiffeurs professionnels pour la plupart, qui viennent bénévolement. L’animation vidéo projetée est signée Hugo Campan, dont on a déjà parlé ici.

La scénographie est confiée à Léa Hodencq, diplômée des Beaux-Arts, très heureuse d’apporter ses structures « faux-chic » – matériaux pauvres mêlés de fioritures – au spectacle, et de superviser la mise en scène. Trois photographes se partageront entre captures du show et prises studio en vue d’un book.

Des mannequins aux silhouettes et profils variés

Sur les planches du Connexion Live, quinze filles vont marcher accompagnées de la musique 2.0 bitchy de Aurore Junior, aka MIL3¥ $3RI•VS – habillée elle aussi par Arthur. Aucune n’a la même morphologie. Diane, taille 40-44, se félicite de cette diversité des corps :

« Tout le monde peut s’y retrouver »

Aussi, elles ont chacune une expérience différente. Pauline et Margaux, par exemple, sont habituées au modeling – la première faisait la couverture de Clark Magazine à 18 ans, la seconde a notamment défilé à des salons de mariage. D’autres encore n’ont jamais pris part à un défilé ; certaines ignorent même ce qu’elles vont porter. Mais toutes seront présentes pour le plaisir d’offrir un spectacle.

Arthur se moque de ceux qui accusent les mannequins de superficialité :

« Les gens peuvent dire que les mannequins, garçons ou filles, sont superficiels, ne savent pas pourquoi ils portent ce qu’ils portent. Mais on s’en fout, l’important c’est qu’ils soient bons dans ce qu’ils font »

Et de conclure avec franchise :

« Moi ce qui m’éclate, c’est d’habiller les autres »

Article rédigé par Marc Bonomelli

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