TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESThe Immigrant, un James Gray en demi-teinte

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Pour son dernier long-métrage, James Gray aborde l’immigration polonaise et européenne vers les Etats-Unis. Un scénario acceptable, sans surprises.

the-immigrantD’ailleurs, peut-on lui en vouloir quand on voit comment tous les festivals de cinéma l’ont jusqu’alors boudés ? – Photos Aparté.com, DR

Lui-même issu d’une famille de juifs polonais, l’immigration est un sujet cher à James Gray, mais alors qu’il avait toujours filmé des fictions contemporaines de ce qui doit être maintenant la troisième et la quatrième génération, The Immigrant revient, lui, aux premières vagues d’arrivants sur Ellis Island.

Une maigre histoire de l’immigration

Cette genèse a, comme toujours avec Gray, quelque chose de sincère et d’intime mais, assez paradoxalement, les grands thèmes qu’elle soulève ont moins de résonance en étant abordés d’une manière si frontale. On entend par-là que les problèmes d’intégration voire le repli vers le crime avaient plus d’échos dans ses autres films car ils n’étaient que la toile de fond d’histoires avant tout humaines, de personnages écrits avec un peu plus de cœur que dans ce The Immigrant où tout ne semble revêtir que de la mineure aparté historique, du devoir de mémoire mettant en scène des stéréotypes qu’on aura d’autant plus vite oubliés qu’on les a déjà croisés chez d’autres…

Seule Cotillard semble avoir envie d’y croire un peu et se démène avec son anglais à l’accent russo-judeo-polonais.

Alors que James Gray était jusque-là un des rares exemples de cinéastes — le seul de sa génération ? — à avoir su marier une mise en scène classique avec un peu plus de matière narrative que ses confrères, il semble ici avoir renoncé à donner de l’épaisseur à son œuvre, se contentant, presque en roue libre, de filmer avec l’aisance caractéristique qu’on ne peut décidément pas lui enlever (très beau dernier plan)… D’ailleurs, peut-on lui en vouloir quand on voit comment tous les festivals de cinéma l’ont jusqu’alors boudés ?

Un scénario acceptable

C’est dommage mais compréhensible de voir que le manque de reconnaissance aura fini par l’atteindre, car n’arriver à tirer que si peu du talent de Joaquin Pheonix quand on voit ce que leur association avait par ailleurs donné (dans We Own The Night et Two Lovers, ou encore The Yards), cela ne peut pas signifier autre chose qu’un désintérêt pour le film à peine feint par son réalisateur, et encore moins par son acteur fétiche… Seule Cotillard semble avoir envie d’y croire un peu et se démène avec son anglais à l’accent russo-judeo-polonais, ne la blâmons pas, un film moyen de James Gray reste quand même largement plus acceptable que le reste de sa filmographie.

C’est toujours désagréable de devoir faire part de l’échec d’un réalisateur talentueux qui s’atrophie pour ne produire que de l’acceptable (et de l’accepté).

Difficile de parler davantage de The Immigrant, d’abord parce que son scénario ne laisse aucune surprise qu’on pourrait avoir plaisir à commenter, ensuite car c’est toujours désagréable de devoir faire part de l’échec d’un réalisateur talentueux qui s’atrophie pour ne produire que de l’acceptable (et de l’accepté). Gardons espoir et gageons que son amitié récente avec Guillaume Canet ne soit que le signe d’une mauvaise passe de laquelle il se remettra très vite — le monsieur n’a pas encore 45 ans — et que ce film aura au moins le mérite de donner envie au public de découvrir les autres…

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Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Ben

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