TEMPS DE LECTURE : 9 MINUTESEn Aparté avec… Juveniles

En tournée depuis la sortie de Juveniles en juin 2013, la formation électro-pop rennaise était de passage vendredi 6 décembre au Connexion Live. L’occasion de revenir sur l’effervescence musicale de la cité bretonne, au centre de l’attention pour ses très réputées Transmusicales, le week-end dernier.

JuvenilesJean-Sylvain Le Gouic (voix, guitare, clavier – à gauche) et Thibaut Doray (batterie – à droite) forment depuis 2011 le duo synthé-pop Juveniles, renforcé en live par un nouveau bassiste et un claviériste  – Photos Aparté.com, Florian Bardou

On les avait découverts avec leur EP We are young en 2011. Depuis la sortie de leur premier album éponyme Juveniles en juin 2013, ils en ont accompli des choses – notamment en live. Eux, c’est Juveniles, duo synthé-pop, originaire de Rennes, rejoint sur scène par un bassiste et un synthé. De quoi donner plus d’amplitude à leurs sonorités new wave très Manchester, qui font leur charme. Avec le soutien de Yuksek, ceux que Patrick Thévenin qualifie dans Têtu de « garçons modernes – et à croquer -«  ont réussi un des paris musical de l’année 2013. Aparté.com est parti à leur rencontre, confortablement installé dans les loges du Connexion Live.

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Aparté.com: Depuis la sortie en juin 2013 de votre premier album Juveniles, vous êtes en tournée partout en France. Comment ça se passe ?

Jean-Sylvain Le Gouic : Ça fait 6 mois qu’on tourne. Depuis que l’album est sorti, ce qui a beaucoup changé par rapport aux dates d’avant, c’est qu’on a beaucoup plus de gens qui connaissent les titres et qui viennent pour nous. On a attaqué par beaucoup de festivals cet été, et c’est assez plaisant de voir des gens qui chantent les paroles au premier rang et qui les connaissent mieux que toi. Tu te dis qu’il ne faut pas que tu fasses de conneries.

Thibaut Doray : C’est vrai que cet été on a fait pas mal de festivals. Comme dit J.S., depuis la rentrée tu sens que les gens connaissent l’album. C’est assez chouette.

Vous vous attendiez à rencontrer ce succès-là ?

T.D : Au début, tu ne sais jamais trop à quoi t’attendre. « Fantasy », c’est le dernier single qui est sorti avant l’album. On a eu des super bons retours dessus. On ne pensait pas forcément rencontrer ce succès-là. Mais tu t’en rends compte sur les dates quand tu joues directement tes morceaux devant un public réceptif, qui s’amuse et qui chante tes paroles. C’est plutôt cool.

Pour le coup, qu’est-ce qui fait votre spécificité musicale, bien à vous ?

J.- S L. G: Vaste question. On a essayé de se démarquer dès le début par le traitement de la voix : la façon dont on a essayé de la mettre en avant, et même ma façon de chanter pour avoir un truc qui ne se fait plus trop aujourd’hui. Cette espèce de voix un peu caverneuse avec pas mal de reverb. On est assez influencé par tout ce qui sort d’Angleterre, tous les chanteurs néo-romantiques et post-punk.

Depuis un ou deux ans, on est en plein revival eighties. Beaucoup de groupes ont choisi de s’inscrire dans ce mouvement. Est-ce qu’au moment de composer l’album, c’était quelque chose de conscient cette tournure années 1980 ?

T.D: En fait, la touche années 1980, on l’avait surtout au début avant de rencontrer Pierre-Alexandre (a.k.a Yuksek) avec qui on a bossé sur l’album.

« Tu parlais d’émulation: c’est vraiment le cas à Rennes. Il y a vraiment pleins de groupes qui montent »

J.- S L. G: L’album était beaucoup plus référencé années 1980. Nous nos synthés préférés, ça reste des vieux synthés, comme pour les sons de guitare, mais que tu retrouves partout aujourd’hui. Ce sont des trucs réutilisés et repris, qui ne sont jamais vraiment partis. Dès le début, quand on a commencé, c’était sans le vouloir très 80’s. Après notre rencontre avec P.-A, on a essayé de recadrer le truc. On a essayé d’avoir une prod’ un peu plus intemporelle pour en faire un vrai album de pop, un peu moins référencé. Quoi qu’il arrive dès que tu commences à jouer, quand tu plaques un accord sur un Juno, tu es tout de suite dans ces années-là et en même temps dans les 6/7 dernières années depuis que Sexuality de Sébastien Tellier est sorti en France.

La semaine dernière, Le Monde titrait « La pop françaises ne connaît pas la crise ». Vous vous sentez intégrés à ce mouvement et à cette scène ?

J.- S L. G: Pas forcément. On est plutôt proches de groupes qui n’ont rien à voir avec ça. On est assez proches des Concrete Knives, par exemple, qui font du rock, et qui sont considérés comme faisant partie de la nouvelle scène française. Mais si tu fais référence à des gens comme La Femme, pour le côté années 1980, Aline qui font du Gamine [NDLR, un groupe de pop-rock des années 1980 originaire de Bordeaux]. On n’essaye pas non plus de s’en démarquer. Chacun fait sont petit bonhomme de chemin et après les journalistes appellent ça comme ils veulent.  Il y a eu beaucoup de groupes de qualité qui ont émergé en même temps: ça a fait en sortes qu’il y ait énormément de médias, pas forcément spécialisés, qui mettent en lumière plein d’autres groupes qui seront les prochains. Cela fait quelques années que Les InRocks avec Sosh aime Les InRocks Lab commencent à mettre de plus en plus de groupes régionaux en lumière. Il y a vraiment quelque chose qui se passe depuis qu’on a débuté il y a 2 ans et demi.

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D’ailleurs, les scènes rennaises et toulousaines sont plutôt actives. Pourquoi ?

J.- S L. G: On s’échange des groupes d’ailleurs, comme les Superets. C’est mon coloc’ qui a produit l’EP et c’est lui qui fait leur son. Tu parlais d’émulation: c’est vraiment le cas à Rennes. Il y a vraiment pleins de groupes qui montent. On est vraiment très proche de l’équipe des Transmusicales. C’est d’ailleurs ce qui nous attriste de ne pas y être en ce moment.

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T.D: L’accompagnement des Trans’ y fait pour beaucoup. Il y énormément de groupes locaux qui y jouent chaque année: Jean-Louis Brossard prend énormément de groupes émergents, il les fait même tourner avant dans toutes les grandes salles du Grand-Ouest. C’est ce qu’on appelle la tournée des Trans’. A l’année, il y a l’Ubu, la salle gérée par l’association des Trans’, qui programment énormément. Et puis Rennes, ça a toujours été comme ça. Déjà dans les années 1980, tu avais Marquis de Sade ou Marc Seberg. Effectivement, c’est une petite ville avec beaucoup de groupes de musique, les structures pour les accompagner, et puis on se retrouve dans les quelques bars qui restent.

J.- S L. G: Chez nous, il ne fait pas beau, donc tu n’as pas le choix. Tu ne vas pas à la plage donc tu fais de la zic’.

Est-ce que vous pensez qu’Internet aide beaucoup dans l’émergence des nouveaux groupes aujourd’hui ?

T.D: Nous, on ne connaît pas trop les Internets… (rires)

J.- S L. G: C’est un outil. Mais honnêtement, nous, ça s’est fait parce qu’on connaissait des gens qui connaissait les gars de Yelle. C’est arrivé à l’oreille de Julien Tiné, un proche de Jean-François Perrier qui est donc un des producteurs de Yelle et qui l’a envoyé à Kistuné. Ça s’est fait par des réseaux assez classiques. Il y a ce côté-là assez direct d’Internet. Dès que tu sors quelque chose le monde entier le voit. Et déjà depuis l’époque Myspace. Il y a encore des festivals dans lesquels il n’y pas si longtemps que ça tu devais obligatoirement avoir un Myspace.

« J’aimerais bien que les Superets m’offrent leur EP qui vient de sortir »

Vous n’avez pas de Myspace ?

T.D: Je crois qu’on en a un avec « We are young » dessus. Quand on a créé le groupe, on s’est dit qu’il fallait qu’on en crée un, mais c’était déjà la mort de Myspace. Ils venaient de créer la deuxième génération qui est toute pourrie. En tout cas, ils se sont tirés une balle dans le pied. (rires) Et puis, il y a d’autres plateformes où le son est meilleur. Je préfère traîner sur Soundcloud par exemple.

Juveniles commence à avoir un petit écho en Angleterre. Vous avez pour projet de sortir du cadre franco-français ?

J.- S L. G: On en est pas mal sortis déjà, ce qui est assez chouette.

T.D: Après, c’est beaucoup plus compliqué de sortir un disque en Angleterre, même pour un groupe anglais. On a joué pas mal là-bas. Dernièrement, on y a fait un concert, c’était la première fois où on était en headline et on a eu pas mal de retours du public. Mais c’est beaucoup plus compliqué qu’en France: il faut tout refaire. On va continuer de bosser là-dessus. On va partir sur le deuxième album puis continuer à se balader en Europe. Mais l’Angleterre, ça fait partie des cibles, c’est clair.

C’est bientôt Noël ! Quels disques aimeriez-vous qu’on vous offre ?

T.D: On aime beaucoup le dernier Arcade Fire. En plus, ça doit être une belle édition. Tu as 13 titres, et, à part le « Reflektor » qui est assez long, ce sont des titres assez courts pour quand même composer une Face A/Face B. Le disque de Cut Copy est bien aussi, par contre en live c’est pas ça… C’est un bon album, même si je reste sur celui d’avant. Mais j’aimerais bien que les Superets m’offrent leur EP qui vient de sortir.

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 Propos recueillis par François Cellier et Florian Bardou

Article rédigé par Florian Bardou

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