TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESLe Théâtre du Grand Rond: 10 ans et déjà grand !

Ouvert en 2003 à l’issue d’une bataille juridique pour sauver le Théâtre du jour de Toulouse menacé de destruction, le petit théâtre du 23 rue des Potiers termine de fêter ses 10 ans d’existence en novembre. Théâtre de diffusion pour les compagnies de la région, le lieu se veut ouvert et accessible à tous les publics. Une aventure humaine collective qui continue de porter ses fruits.

3A5C6714Le Théâtre du Grand fêtait, en ce mois de novembre 2013, ses 10 années d’existence. Une victoire au regard de l’histoire du lieu ! – Photos Aparté.com, Kevin Figuier

50 spectacles, 300 représentations et plus de 40 000 spectateurs par an : en 10 ans le Théâtre du Grand Rond, situé au 23 rue des Potiers non loin de la Halle aux grains, a acquis une renommée en matière de programmation et d’accueil du public qui n’est plus à faire. Très plébiscités, ses apéros-spectacles amènent du mardi au samedi une petite foule qui profite dans la convivialité d’un bout de culture autour d’un verre, sans prise de tête.

Mon théâtre, ma bataille

Pourtant, cette apparente tranquillité du lieu n’est pas si évidente et a été obtenue au prix  fort d’une bataille juridique pour sauver le lieu, à sa naissance en 2003. Dès 2001, en réalité, la couleur est annoncée : le bail du Théâtre du Jour de Toulouse se termine à la fin de l’année, son détenteur Pierre Debauche a décidé de le vendre à un nouveau propriétaire qui prévoit d’y construire des « appartements de standing ». Un mois plus tard, la démolition, sans être autorisée par la municipalité, est lancée.

« En dix ans, on a eu pas mal d’évolutions (…)  notamment la reconnaissance du lieu et du travail avec la mise en place d’un revenu minimum garanti pour les artistes en 2007 »

Un collectif Théâtre en danger voit le jour, et deviendra l’association « Lever du Jour ». Il s’appuie sur l’ordonnance d’octobre 1945 relative aux spectacles qui fait du ministère de la Culture le seul capable d’autoriser la démolition d’une salle de spectacle dans son article 2. La commission ministérielle donne raison aux artistes regroupés au sein de l’association en donnant son veto au projet du nouveau propriétaire en avril 2002. Ils ne le savent pas encore, mais le théâtre est sauvé : la première saison du théâtre rebaptisé « du Grand Rond » pour sa proximité avec le jardin toulousain, est lancée en novembre 2003, avec un budget de 22 000 euros [NDLR, 15 000 euros de subventions la mairie, 7 000 euros de la région].

3A5C6684Le Théâtre du Grand Rond accueille aujourd’hui en moyenne 40 000 spectateurs par an. On peut même y acheter son fauteuil ! – Photos Aparté.com, Kevin Figuier

« En dix ans, on a eu pas mal d’évolutions » explique Patricia Le Damany, chargée des publics et salariée depuis 2010. Elle ajoute : « notamment la reconnaissance du lieu et du travail avec la mise en place d’un revenu minimum garanti pour les artistes en 2007 ». Au lieu d’être rémunéré à la recette sur les spectacles, chaque comédien est payé 8 heures au SMIC par dates. Une petite avancée, d’autant que le théâtre emploie une dizaine de salariés en CDI pour un budget global de 500 000 euros. « On s’autofinance à 70 % » précise Patricia, le reste est financé par les subventions de la mairie à hauteur de 125 000 euros, du Conseil général et de la Direction régionale des affaires culturelles.

Un théâtre de diffusion, accessible à tous

La particularité du Théâtre du Grand Rond ? Depuis 10 ans, l’équipe qui le dirige a fait de la diffusion régionale et de la diversité des publics son credo. « Quand on a créé le projet, l’idée était d’être un lieu d’accueil pour les compagnies de la région et différents publics. C’était novateur à l’époque » confie Eric Vanelle, coordinateur du Théâtre du Grand Rond, comédien et metteur en scène. Il poursuit : « Le théâtre a évolué, mais le projet reste le même : pertinent et ouvert à tous, et en plus toute l’année ! ».

lire aussi >> Céline au théâtre, le pari de « l’Apoplexie Méridienne »

 lire aussi >> « Fin de Partie », quand l’absurde réinvestit le Grand Rond

lire aussi >> « La nuit juste avant les forêts » théâtralise la solitude

lire aussi >> « Les amours inutiles », Maupassant revisité en quatre temps

La programmation est à 40 % de la… reprogrammation de spectacles diffusés dans les salles toulousaines. « On n’a pas de ligne artistique précise. Ce qu’on défend : c’est faire découvrir un maximum de compagnies de la région. On reste très éclectique dans la programmation » lance Patricia Le Damany. Du théâtre d’auteur au cirque en passant par le théâtre de rue, la marionnette ou l’adaptation, la diversité des œuvres et des créations est aussi le maître-mot, avec l’accompagnement des compagnies dans la promotion de leurs pièces, entre autres.

« La Théâtre du Grand Rond est un théâtre de proximité. On se positionne comme ça : accessible à tous »

Mais au Grand Rond, c’est surtout le public qui est chouchouté. « On essaye de répondre à beaucoup de sollicitations et de resserrer au maximum les liens. On accorde de la place au public, à sa diversité. C’est un choix, je ne sais pas si c’est la priorité de tous les théâtres » analyse la jeune chargée des publics. Karine Defait, présidente et bénévole de l’association qui gère le lieu renchérit : « La Théâtre du Grand Rond est un théâtre de proximité. On se positionne comme ça : accessible à tous ».

3A5C6696Dès 2003, le Théâtre du Grand lance ses apéros-spectacle pour réunir le public et les gens de théâtre dans un moment de convivialité – Photos Aparté.com, Kevin Figuier

Depuis 10 ans, l’équipe a par exemple fait le choix d’accueillir le public sourd, très important à Toulouse avec une programmation en langue des signes française (LSF) et des ateliers coordonnés par l’association ACT’S et des comédiens sourds. Trois pièces sont d’ailleurs programmées sur les planches du Grand Rond : une création en LSF (Jef’s sourd toujours), une adaptation d’une pièce à destination du public malentendant (Les amours inutiles, adaptée de nouvelles de Maupassant) et du théâtre muet avec Cartons et Vu d’Olivier Tarasse et Etienne Manceau. L’accueil jeune public est aussi extrêmement développé l’après-midi en semaine : pour tous les goûts !

Une aventure humaine collective

Humainement, le Théâtre du Grand Rond c’est surtout aujourd’hui une aventure collective. « C’est vraiment une très belle aventure humaine et c’est pour ça qu’on s’investit tous autant : on l’aime ce théâtre » s’exclame Karine Defait, la présidente de « Lever du jour ». « Ça ne se ferait pas, s’il n’y avait pas une équipe aussi soudée et professionnelle, une très belle énergie et des gens qui se donnent » poursuit-elle.

C’est que cette si belle histoire de théâtre aurait pu ne jamais voir le jour, et ne s’explique que part une volonté de fer des comédiens et artistes autour du projet. « C’est passé extrêmement vite. On a beaucoup de chance : on n’aurait pas imaginé en arriver-là. Humainement parlant, c’est une satisfaction sans prix » confie Eric Vanelle. Et ce succès n’est pas usurpé.

>> Pour fêter ces 10 ans d’anniversaire avec l’équipe du Théâtre du Grand Rond, une soirée est organisée dimanche 3 novembre à partir de 19h au Théâtre du Hangar qui vient clôturer deux semaines de représentations, comme un best of théâtral subjectif !

 

Article rédigé par Florian Bardou

(A)parté pas si vite !

Germaine Chaumel: une photographe à l’oeil humaniste

Le conseil départemental de la Haute-Garonne met à l’honneur, dans une double-exposition gratuite, le travail …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *