TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESLe Festival de Colomiers 2013 en 7 Bandes Dessinées

Pour sa 27ème édition, du 15 au 17 novembre 2013, le Festival BD de Colomiers a réuni autour de 200 auteurs venus de France entière pour exposer, aux côtés d’éditeurs indépendants, leurs nouveautés. On a sélectionné 7* Bandes Dessinées mises en lumière lors de cette édition. Explications.

BDPyrénéesCette 27ème édition était aussi l’occasion de tomber sur des thèmes aussi variés que la BD pyrénéiste. Il existe même un festival à Billère près de Pau au mois d’avril ! – Photos Aparté.com, Florian Bardou

*Pourquoi 7 ? Parce que la Bande Dessinée est considérée comme le 9ème art. Or, 9-2 = 7, ce qui nous donne la 27e édition consacrée au 9ème art à Toulouse. CQFD.

Depuis 27 ans, le Festival BD de Colomiers s’est imposé comme la référence en la matière dans la région toulousaine, en proposant sur trois jours expositions, conférences, stands d’éditeurs et d’auteurs, dédicaces ou rencontres. Cette année, une place toute particulière était accordée à la Bande Dessinée scientifique, bien représentée par des auteurs en dédicaces comme Alexandre Clérisse et Thierry Smolderen pour Souvenirs de l’empire de l’atome chez Dargaud ou Jason Shiga pour Bookhunter.

Sur les quelque 200 auteurs présents durant le festival, 23 étaient en dédicace pour présenter leurs dernières productions : du roman graphique à la BD jeunesse en passant par les comics, tous les genres étaient représentés, de quoi séduire les bédéistes toulousains venus nombreux – 12 000 festivaliers sans les scolaires selon les organisateurs.  7 Bandes Dessinées nous ont tapé dans l’oeil. On vous explique pourquoi.

1. La plus féministe: L’Insoumise, de Chantal Montellier :

Cinématographique, documentaire et biographique , L’Insoumise de Chantal Montellier aux éditions Actes Sud s’inscrit dans la continuité de l’œuvre de la dessinatrice depuis les années 1970. Auteur d’une trentaine de BD, cette militante féministe par  son dessin rend dommage aux femmes avec un trait digne et émancipateur. Dans L’Insoumise, c’est Antoinette Brisset dite Christine, qu’elle dépeint. Héroïne de l’après 1945, cette femme combative est un symbole de la ville d’Angers pour sa lutte contre le mal logement, invisible aujourd’hui.

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L’intérêt du travail graphique de Chantal Montellier réside dans sa capacité à donner une vie de papier à des personnages féminins forts – trop souvent – oubliés ou « massacrés ». Comble de l’actualité, cette ancienne dessinatrice de presse est également l’auteur des damnés de Nanterre (2005, éd. Denoël Graphic) qui retrace l’affaire Florence Rey et Audry Maupin, dans laquelle le tireur de Libération et de BFM TV a été condamné en 1998.

Dans la Bande Dessinée, les femmes ne représentent que 10% des effectifs dans ce secteur. Est-ce pour autant un milieu masculin ? Reportage de Florian Bardou et Salsabil Chellali

2. La plus engagée: Le printemps des arabes, de Cyrille Pomès :

On avait découvert Cyrille Pomès avec Sorties de route en 2011. Le jeune dessinateur installé à Toulouse revient en 2013 avec un quatrième album : Le Printemps des arabes (éd. Futuropolis), en collaboration avec Jean-Pierre Fillu, historien et spécialiste de l’Islam, professeur à Sciences Po Paris. La spécificité de sa dernière BD: une centaine de pages qui traitent par le dessin l’actualité politique et internationale majeure de ces trois dernières années, à savoir : les révolutions arabes.

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Chaque chapitre part d’un événement des printemps arabes, comme une chronologie dessinée d’ « une place à Tunis » à la guerre en Syrie. Peu de couleurs sont utilisées dans ses planches : du rouge pour le sang et la Révolution, du jaune kaki pour la poussière et la guerre, du vert – pour l’espoir peut-être ? Les anonymes (femmes, hommes et enfants) de ses révolutions sont magnifiés par le trait, leurs despotes décrédibilisés. Une fresque politique que le dessin de Cyrille Pomès permet de raconter de manière saisissante.

3. La plus invraisemblable : De zéro à Z, l’abécédaire de l’Inutile, de Plonk et Replonk :

« Ils sont plonk quand je les comprends, et plonkissimes quand je ne les comprends pas. Il n’y a d’ailleurs aucune urgence à les comprendre ». Dans la préface, de Zéro à Z, l’abécédaire de l’Inutile, Daniel Pennac affiche la couleur : la dernière BD de Plonk et Replonk joue sur le sens et le non-sens des choses, dans le sillage de leurs précédents albums, toujours plonkissimes pour trouver le juste mot.

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Leur humour taquin est un exercice de style à la Raymond Queneau, qui allie les mots à la force de l’illustration  recomposée comme « Mariages gays : les Anglais tirent les premiers » (ci-dessus). « N’insultons pas Plonk et Replonk, ils ne sont ni décalés, ni improbables, ni immenses, ni énormes. Voilà déjà une certitude » poursuit Pennac. Vous l’aurez compris difficile d’apposer un adjectif sur un travail « extraterrestre ». On dira invraisemblable.

4. La plus gay-friendly:  Les gens normaux, de Hubert :

Préfacée par Robert Badinter, la Bande Dessinée Les gens normaux (éd. Casterman), coordonnée par Hubert, est un album collectif d’environ 200 planches qui donnent la parole aux personnes LGBT (Lesbiennes, gay, bi et trans) en dessin. Au total, une dizaine de témoignages qui questionnent la normalité, le rapport à la norme et les discriminations par l’orientation sexuelle ou l’identité de genre.

A chaque histoire son style graphique avec la présence de dessinateurs comme Audrey Spiry, Natacha Sicaud, Jeromeuh ou Zanzim, toutes étant reliées par des textes de professeurs et spécialistes du genre comme Maxime Foerster auteur de Lui ou Elle ? Histoire de la transsexualité en France ou la sociologue Eric Fassin. Un ouvrage engagé et militant, mais aussi pédagogique qui par le dessin et l’illustration donne à la thématique un sens nouveau.

5. La plus enfantine: JUNGLE, de Vincent Pianina :

Avec JUNGLE (éd. Gallimard Jeunesse Giboulées), le jeune dessinateur d’origine lyonnaise Vincent Pianina joue dans un tout autre registre. C’est dans un univers graphique enfantin pour nos petits bambins qu’il évolue, heureux dans sa jungle onirique colorée. « Il faut que ce soit foisonnant avec plein de choses à regarder et pas trop dures à refaire pour les enfants. Ce sont des formes abstraites, assez simples sur lesquelles se rajoutent des détails qui forment une jungle » résume-t-il.

JUNGLEAvec JUNGLE, Vincent Pianina signe son deuxième livre/album jeunesse, après une dizaine d’albums de BD éditées chez Arbitraire ou Sarbacane – Photos Aparté.com, Florian Bardou

Le résultat est sans appel : JUNGLE est un appel au voyage dans un univers énigmatique mais rassurant pour les petits comme les grands. « J’aime beaucoup l’univers des enfants : c’est rafraîchissant » ajoute le dessinateur jeunesse. Avec un scénario simple et compréhensible, l’auteur veut nous transporter par la seule force de l’illustration – et de l’imagination la plus enfantine possible.

6. La plus régionale: Germaine s’aime en slip, de Philippe Cazeneuve :

Vedette incontournable de cette édition du festival BD de Colomiers et représentante de la région, Germaine assume désormais ses rondeurs. Avec Germaine s’aime en slip, Philippe Cazeneuve signe tout juste le 3ème tome des Aventures de Germaine, une Ariégeoise haute en couleur – surtout rose bonbon – à la recherche de l’amour. Un personnage stéréotypé mais attachant, au franc parler régional, un peu paumé dans un monde où tout va vite loin des réalités de la vie de son village. Avec un humour tendre et populaire, le dessinateur brosse dans ses planches le portrait toujours plus complexe d’une espèce entière presque disparue, tout en trait des questions de société contemporaines. Germaine s’aime en slip, n’est peut-être pas la BD la plus recherchée, mais elle a le mérite d’être drôle.

7. La plus aquatique : En silence, d’Audrey Spiry :

L’eau comme personnage principal. Difficile à mettre en forme. Pourtant, c’est tout le pari du premier roman graphique d’Audrey Spiry, En Silence aux éditions Casterman. Dans ses planches, très figuratives, une jeune femme questionne son couple et son rapport au corps lors d’une sortie canyoning. Une trame narrative simple en apparence, enrichie par un dessin très liquide et très intime.

 

Article rédigé par Florian Bardou

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