TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTES[Concerts] Le Festival des Inrocks 2013, on y était ! (1/2)

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Lundi 11 novembre, première des deux soirées du Festival des Inrocks 2013 au Bikini. Au programme, le groupe hip hop alternatif écossais Young Fathers, la pop-rock des Californiens Papa, les Londoniens These New Puritans et les Québécois Suuns.

YFLes Ecossais de Young Fathers aurait légitimement pu faire office de dernière partie de cette première soirée du festival – Photos Aparté.com, Paul Lorgerie

Young Fathers, hip hop bestial

Serait-ce pour lui porter chance que l’un des trois rappeurs de Young Fathers arborait une sorte de géante patte de lapin accrochée à sa taille ? Sûrement pas. Car si le groupe écossais nous a montré une chose, c’est bien que la chance se provoque. Avec seulement deux EPs à leur actif – si l’on excepte l’introuvable album enregistré à Edimbourg -, sobrement appelés Tape One et Tape Two, ils ont su s’imposer comme un des groupes hip hop indispensables pour entendre le morphisme actuel de l’alternatif qui ne cesse d’alourdir ses basses, écrasantes, assommantes, renversant totalement le concept d’un flow plus impulsif, plus instinctif.

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Cela dit, n’allait pas croire qu’on tue par là tout concept de rythme, de musicalité, car la bestialité de leur musique est avant tout une énergie positive et résolument scénique qu’on aurait bien tort de qualifier d’aléatoire. Tout dans cette puissance animale est sous contrôle des YF, de la façon dont ils jouent de leurs influences – africaines, notamment – au parfait mariage rapping/singing, rien ne dénote au final. Ce heavy bass hip hop garde toujours une base mélodieuse que quelqu’un comme Kanye West, dans Yeezus, ne s’est pas donné la peine de conserver — mais c’est un choix artistique qui se justifie, fût-il différent.

Bien dommage alors de voir que des artistes mettant tant de cœur à l’ouvrage et à la scène n’aient pas rencontré plus enthousiaste audience, faute à la programmation qui a fait passer en premier ce qui aurait pu être le final détonnant du crescendo d’une soirée. Le Bikini ne sait pas ce qu’il a raté.

Papa et These new puritans, trouble d’identité

En suivant, nous avons eu droit au groupe californien Papa, comme pour faire la blague après les Young Fathers, qui ont mis leur temps à rentrer dans la soirée et qui n’ont jamais semblé convaincre le public présent. Le problème du groupe est évidemment son identité. Quand on voit la pléiade de groupes pop-rock de Los Angeles, et sans étendre à toute la côte ouest américaine, difficile de trouver quelque chose en plus – ou en moins, d’ailleurs, ne leur faisons pas mauvais procès non plus – à Papa, qui sans être d’une totale transparence scénique auront bien du mal à imposer leur musique énergique mais déjà entendue des centaines, voire des milliers de fois avant eux, en mieux, en pire, peu importe.

Ce n’est pas anecdotique si le moment où la salle s’est réveillée fut celui où ils ont entonné une sympathique reprise de « Because The Night » de Patti Smith, symptomatique de musiciens plutôt doués dans l’absolu, puisqu’avec un bon morceau, la mayonnaise prend, manque plus qu’il ne soit de leur fait.

suuunsSuuns, clou du spectacle, semblait être la raison pour laquelle la plupart du public était venu – Photos Aparté.com, Paul Lorgerie

Dans la foulée, These New Puritans, véritable petite troupe à sept têtes dont la musique est difficilement qualifiable, monte sur scène. Si le rendu est en effet proche du rock dans son sens large (experimental, indie, peu importe), impossible de ne pas sentir les influences trip-hop (Portishead, Massive Attack, Archive…) voire hip hop au sens plus classique. Jack Barnett, qu’on peut qualifier de leader du groupe, citant carrément le Wu-Tang comme influence majeure de leur musique. Si le lien direct n’est pas évident, il souligne néanmoins la teneur hétéroclite de leurs inspirations qu’on n’a pas pu toute discerner lors du grand capharnaüm que fut leur passage.

Autant on peut blâmer les quelques personnes dans le public qui s’étonnait du caractère frustrant de la musique du groupe londonien, comme de grandes intros qui n’explosent jamais, autant les compensations du groupe consistant à jouer leur quelques morceaux guerriers (« Attack Music », par exemple) en volume augmenté n’était pas la réponse appropriée. Cela dit, bonne performance si l’on préfère ne retenir que les longs morceaux en faux rythme, lancinants, qui semble retenir un feu dont on ne fait que deviner la chaleur, à l’instar de l’impassible beauté de leur chanteuse.

Suuns, en confiance

Clou du spectacle, Suuns semblait être la raison pour laquelle la plupart du public était venu, qu’on se fie au nombre ou à l’engouement à leur passage. Le groupe québécois a fait parler de lui cette année avec son album Images du futur, qui, pour comparer avec Papa, fait dans le rock ensoleillé – même si leur nom signifie en fait « zéro » en thaï, leur ancien nom étant Zeroes pour la petite histoire – avec cela près que leur pendant électronique leur ouvre une dimension qu’on ne saurait résumer à la pop-rock « traditionnelle ».

Plus expérimentaux, ils ne se plient jamais vraiment au conformisme et à la musique bankable. Les accroches sont plus longues à venir, ou ne viennent tout simplement pas. Pas de problème d’identité donc et surtout une performance travaillée, une montée en puissance qu’on sent venir sans pour autant pouvoir la pointer du doigt. Elle s’installe en nous au point où on se met à bouger la tête sans vraiment s’en rendre compte.

Suuns, qui avait avoué en interview avoir fait preuve d’amateurisme à ses débuts, a maintenant tout l’air d’un groupe sûr de lui, avec un certain potentiel. On a pu mesurer cette maturité lors d’un très bref hommage à Lou Reed, où ce qui aurait pu n’être qu’une apostrophe musicale opportuniste s’est révélée être un clin d’œil toute en retenue, juste trois notes de « Walk on the wild side » fondues dans un de leurs morceaux, sans détonner, sans forcer.

Suuns a donc rempli son rôle, cette subtilité musicale envoûtante a su se métamorphoser en quelque chose de plus vibrant, de plus dansant quand il a fallu passer la vitesse supérieure. Et ce n’est pas ‘G’ Hastings des Young Fathers, dont le corps s’est mis à bouger avec de plus en plus de passion, qui nous dira le contraire.

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Ben

Gribouille sur le ciné et ses petites sœurs télévisuelles sur lesquelles j'essaie de rédiger un mémoire. Lire la suite >>> 1.50€/page

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