TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESAlone With Everybody, la folk tranquille

En concert mercredi 20 novembre au Mandala pour la 7ème édition du Forum des alternatives pour la musique, la paire toulousaine avance à son rythme et en « toute confidentialité ». Avec un premier album dans les bacs depuis mars 2013, ils restent un des rares groupes de folk à sillonner la ville contre l’air du temps. Portrait.

546158_10150758634140850_356506281_nCamille (à gauche) et Louisa (à droite) Bénâtre forment le duo folk toulousain Alone with Everybody – Photos Aparté.com, DR

Il est 19h30. La nuit, la pluie et le froid de ce vendredi soir collent si bien à la mélancolie des mélodies de Alone with Everybody. Le duo toulousain s’est formé en 2010, dans la continuité du projet musical initié avec quelques morceaux deux ans plus tôt par Camille Bénâtre (voix, guitare) – l’aîné de la fratrie. Le groupe est provisoirement divisé : Louisa (clavier), la sœur cadette de Camille est à Berlin pour un échange universitaire. Malgré tout, le projet n’est pas à l’arrêt : les dates et les enregistrements se poursuivent, loin des projecteurs. « On dit souvent qu’on n’a pas l’intention de faire le buzz » rigole Louisa.

En toute simplicité

Musicalement, Alone with Everybody injecte une folk douce et mélancolique. « C’est l’esprit du premier album » fait remarquer Camille. Il ajoute : « On veut aller vers quelque chose de plus planant, plus psyché avec des synthés chauds ; quelque chose de plus atmosphérique avec de belles mélodies ». Sorti en mars 2013, après un EP en 2010, leur premier album Isolation Row se veut simple et empreint de nostalgie, aux frontières de la pop.

 « A Toulouse, la folk ce n’est pas ce qui agite « les inrocks » »

Une identité et une confidentialité assumée par le grand frère et la petite sœur qui recherchent une forme de sincérité dans leurs chansons. « Je ne sais pas si on est un groupe très original ou novateur. On met simplement l’accent sur les mélodies, avec une voix au premier plan, et des arrangements. On souhaite faire une musique aussi sincère que possible au niveau des émotions délivrées » insiste Louisa.

« No Regrets », extrait de Isolation Row par Alone with Everybody :

Dans l’air du temps les Alone ? Pas vraiment. « A Toulouse, la folk ce n’est pas ce qui agite les « inrocks ». C’était plus la mode, il y a 2-3 ans » constate le grand frère aux faux airs de John Lennon. Il poursuit : « Aujourd’hui, on assiste à un revival eighties. Ce n’est pas forcément mauvais, mais les gens vont plus avoir tendance à habiller leurs morceaux que les épurer ».

« J’aime bien l’idée que ce projet soit une petite famille »

Leurs influences, très nombreuses, sont surtout ancrées dans la pop britannique. Les Beatles d’abord pour Camille : « J’avais 11 ou 12 ans quand j’ai acheté mes premiers CDs (Let it Be et Yellow Submarine) avec mon argent de poche en 1996 ». Puis la vague des années 1990 d’Oasis à The Verve. « Ensuite, il y a eu Crosby Stills Nash & Neil Young pour le côté folk – le live 4 Way Street, notamment – Lou Reed et le Velvet Underground, Elliott Smith, et puis des groupes ou artistes plus récents comme Fleet Foxes, pour moi un des meilleurs groupes folk à ce jour, tout comme leur ex-membre en solo Father John Misty » détaille Louisa. Liste non exhaustive, qui aujourd’hui déborde sur le rock psyché de groupes comme Tame Impala, Melody’s Echo Chamber ou Moodoïd.

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Ma famille d’abord

Alone with Everybody, c’est surtout une histoire de famille, de frères et sœurs, où la musique est  centre des relations. « La musique nous a toujours beaucoup reliés » souligne la sœur cadette. « Nos parents sont assez fous de Neil Young. Indirectement, ça a peut-être joué » renchérit l’aîné. « Mon frère a commencé à prendre des cours de piano vers l’âge de 15 ans, si je me souviens bien. J’ai commencé dans la foulée, je n’avais que 7 ans. Je pense que j’ai eu envie de faire la même chose que lui parce que c’est mon grand frère, donc un petit peu mon modèle. » Pas de génétique, juste une question d’apprentissage.

425580_10150722288355850_1335595252_nLes Alone with Everybody ont notamment joué en première partie de Pete Doherty au Bikini, Lilly Wood & The Prick ou Peter von Poehl – Photos Aparté.com, DR

Peu à peu, une fois le cap de l’adolescence passé pour Louisa, le projet se met en route, de manière presque naturelle. Elle confie : « On a toujours eu une relation très proche humainement, et quand notre différence d’âge a commencé à s’estomper – on a presque 8 ans d’écart -, on a pu envisager de faire de la musique ensemble ». En 2010, quand l’aventure The Red Lips prend fin pour Camille, et après quelques morceaux solo, l’idée de jouer avec sa sœur devient une évidence. « J’aime bien l’idée que ce projet soit une petite famille » confie-t-il.

« En France, il y a peu de gros labels indépendants »

Pour eux, composer devient naturel, presque instinctif. Louisa décrit de manière précise leur savoir-faire : « De manière générale, Camille compose les textes et la plupart des parties instrumentales. J’ajoute des petits arrangements, en plus de mes parties clavier. C’est la tête pensante, et j’apporte mes idées et quelques modifications quand c’est nécessaire ». Mais leur relation frère-sœur, Camille la voit aussi comme une facilité voire un avantage de travail. « Du fait d’être avec sa sœur, le travail de composition n’est pas du temps pris sur l’amitié. Tout est plus simple. » Et de poursuivre : « Comme on a grandi avec les mêmes influences, on va dans la même direction ».

L’indépendance contrainte

Quid de l’indépendance ? C’est pourtant le leitmotiv de la 7ème édition du Forum des alternatives pour la musique dans lequel ils sont programmés mercredi 20 au Mandala. Pour Camille, elle est avant tout contrainte. « Des gens revendiquent une démarche d’indépendance, je pense qu’elle est contrainte. Si j’avais plus de moyens, ça ne me gênerait pas » avoue-t-il. Louisa complète : « Mener son projet par soi-même et rester autoproduit est une expérience extrêmement instructive, gratifiante mais parfois difficile., Trouver un public reste important. Certains y arrivent tout naturellement, d’autres non. Ça pose la question de l’indépendance en toutes circonstances ».

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Les frères et sœurs Bénâtre en sont conscients : le manque de moyens est une entrave à l’indépendance totale et assumée. « En France, il y a peu de gros labels indépendants. Il n’y a pas de juste milieu entre des petits labels qui sortes de belles choses sans moyens et des gros labels qui produisent de petits groupes qui ne s’en sortent pas pour autant » déroule Camille. Il nuance : « L’idée du Forum des alternatives pour la musique est pas mal pour unir les forces ». Après quelques dates à Berlin en 2013, de nouveaux morceaux sont en préparation avant la fin de l’année pour un éventuel EP en 2014.

Article rédigé par Florian Bardou

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