TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESGravity, l’espace d’un instant

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

En salle depuis mercredi 23 octobre, Gravity, le dernier film d’Alfonso Cuarón était un des longs-métrages les plus attendus cette année. Si le premier tiers du film en vaut la peine, la deuxième partie vient ternir le tableau. Explications.

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Gravity était une des grandes promesses de cette année cinématographique. Au-delà d’un teasing réussi qui laissait déjà entrevoir les prouesses techniques promises par l’équipe du film bien avant sa sortie, il marquait surtout le retour derrière la caméra d’ Alfonso Cuarón, réalisateur mexicain bien connu des cinéphiles pour Les Fils de l’Homme qui, après un échec commercial assez injuste, s’était vu sacré objet culte, film maudit. Une réputation qu’on a plus à souligner mais qui, elle aussi, semble un peu exagérée. C’est-à-dire que si le film s’élevait sans peine au-dessus de la fosse à purin du film apocalyptique, le voir cité comme un des tout meilleurs de la décennie passée est tout aussi disproportionné.

Atmosphère orbitale

Si on s’étale de la sorte sur le précédent film de Cuarón, c’est qu’il offre une grille de lecture assez complète pour comprendre où Gravity réussit et où il échoue. On avait vanté, à juste titre, la propension du réalisateur à filmer en plans séquences qui, dans une scène, ont pour fonction, par leur durée et leur continuité, d’authentifié le spectateur à l’action, donnant ainsi une force supplémentaire aux climats qui en découlent.

Au-delà des qualités de la mise en scène, on peut même aller jusqu’à dire que le travail sensoriel dans son ensemble est satisfaisant.

La principale satisfaction dans Gravity est de voir que le réalisme dont on parlait est d’autant plus stupéfiant lorsqu’il s’anime au cours des mouvements incessants, fluides, on dirait même « orbitaux » d’une caméra qui semble flotter  – cette impression d’être un satellite gravitant autour d’un autre – avec la même quiétude que ce bon vieux Georges, qui, en deux-trois vannes, désamorce un peu une sensation claustrophobique qui a cela de paradoxal, qu’elle a lieu au beau milieu de l’immensité spatiale.

Car oui, au-delà des qualités de la mise en scène, on peut même aller jusqu’à dire que le travail sensoriel dans son ensemble est satisfaisant, sans faire dans le mutisme spatial total, l’étouffement du bruit – un peu comme au fond de l’eau, finalement – est un bon compromis que la musique vient un peu gâcher. Malgré cela, s’en ressent une atmosphère lancinante qui, même dans les moments d’accalmie, nous ramène toujours à une inhospitalité spatiale que le cinéma SF avait toujours rendue trop terrestre, presque trop rassurante.

Format blockbuster

Seulement, si cette première demi-heure est une réussite sur pratiquement tous les plans, il ne satisfait que peu des codes essentiels au succès commercial d’un film. Alors, comme si la leçon des Fils de l’Homme (pourtant pas avare en clichés) avait été retenue, le reste du film est LE prototype du blockbuster actuel dans sa progression fondée sur l’enchaînement calibré entre tensions et résolutions ; un format dual qui a tué toutes notions de suspense — mais ce n’est pas d’aujourd’hui.

A vouloir contenter tout le monde, on finit par ne plus rassembler personne.

On n’en est même plus à demander une grande intelligence à un film qui doit cartonner au box-office, plus personne n’y croit, mais cracher de la sorte sur une première demi-heure contemplative où l’on pensait, qu’enfin, un peu d’habileté et de personnalité se marieraient au cheval à Oscars, c’est écœurant. Alors oui, pour se donner du cachet, on invoque Kubrick, une scène de position fœtale qui, en plus d’être une référence inévitable au nourrisson de 2001 : L’Odyssée de l’Espace, est mise en scène avec une géométrie toute kubricienne (voir images comparatives)… et même si ce double clin d’œil n’a rien de honteux dans sa réalisation, on sent le geste forcé et peu sincère d’un réalisateur qui dirait aux deux-trois rats de cinémathèque qui n’auraient pas encore quitté la salle, que Gravity pense encore un peu à eux.

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La coupure nette que j’évoquais après le premier tiers du film n’est pas un hasard, c’est symptomatique d’un film qui, ne réussissant pas à jouer sur les deux tableaux, aurait fait le pari de se scinder en deux versants correspondants chacun à une partie de l’auditoire. Mais à vouloir contenter tout le monde, on finit par ne plus rassembler personne.

Et si tout le film durant on aurait bien du mal à reprocher à Gravity son exigence formelle, le déroulement narratif lui, qui va de scénette en scénette comme Bullock va de satellite en satellite, n’a même pas le niveau d’un mauvais jeu vidéo – qui irait de level en level. Alors, on vous passera le final consacrant le retour à la Terre — physiquement comme philosophiquement — qui s’apparente davantage à un retour plus bas que terre. Et après avoir été si haut, l’important, cette fois, c’est bien la chute, pas l’atterrissage.

>> Gravity, d’Alfonso Cuarón en salle dans les cinémas Gaumont et UGC depuis mercredi.

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Ben

Gribouille sur le ciné et ses petites sœurs télévisuelles sur lesquelles j'essaie de rédiger un mémoire. Lire la suite >>> 1.50€/page

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