TEMPS DE LECTURE : 8 MINUTESGioacchino Petronicce pense l’image par le son

Le photo/vidéographe toulousain de 28 ans, s’est récemment fait approuvé par le Staff Vimeo pour [PICTURES]. Entre deux bribes d’inspiration, sur la terrasse animée du Café des artistes, il a accepté de se livrer.

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En activité depuis quatre ans, Gioacchino Petronicce, de son vrai nom Sébastien, intrigue et continue sa progression via la toile. Côté vidéo, c’est sur vimeo qu’il travaille le plus. 25 vidéos, dont 4 sélectionnées par le Vimeo Staff Pick et une finaliste du Lyrical Vimeo awards   ; ainsi que plus d’un million de vues totalisées sur le site. Côté chambre noire, c’est 2400 photos sur flickr. Mais ne laissons pas uniquement parler les chiffres.

Internet, du pain béni

Vimeo, a été son premier canal de diffusion. Cette plateforme l’a impressionné par la qualité de ses contenus, avant même qu’il ne se mette à produire. « J’ai rencontré des créateurs par Vimeo. Du coup, ça m’a donné envie de poster mes vidéos dessus ».

Le succès lui vient « d’un coup ». Après avoir posté ses toutes premières vidéos sur Vimeo, son profil MySpace passe de 600 vues/an à 450 000/an, un an plus tard. C’est l’imprévisibilité d’Internet. « Tu ne peux pas savoir. » Dans son cas, il a bénéficié d’une bonne visibilité grâce au partage de l’une de ses vidéos sur un blog. C’est à ce moment-là qu’il saisit alors la nécessité d’être opportuniste sur internet.

« Les gens n’ont même plus 3 minutes pour une vidéo »

Il s’agit d’accrocher les gens: « Les gens n’ont même plus 3 minutes pour une vidéo » assène-t-il. On connaît tous le paradoxe d’Internet. La toile offre de fabuleuses opportunités de visibilité par son utilisation généralisée, mais il est justement très difficile de faire respirer ses œuvres sous toute cette masse artistique. « Tout le monde poste des photos, beaucoup de photos, et ta photo elle tient une ou deux heures. Une vidéo, c’est à peu près pareil. La vidéo, si elle marche, elle ne marche pas longtemps. » 

Game Over from Gioacchino Petronicce on Vimeo.

« La nouveauté » est l’appât ultime pour tout internaute selon Gioacchino. « Tu vois à quel point les choses sont consommables vites, et de suite. Si un mec fait une vidéo, qu’il l’a sorte le 7 novembre ou le 7 décembre, c’est la même vidéo. Pourtant quand il l’a sort le 7 novembre, le 7 décembre il n’y a plus personne qui la regarde ». Le vidéographe explique aussi qu’il est très fréquent de trouver de véritables perles créatives, avec seulement 200 vues. Y’aurait-il un « coche-web » à ne pas rater pour émerger ?

Accrocher les gens. Tout le temps surenchérir. Ne jamais les décevoir deux fois de suite. L’internaute est un fin susceptible qui ne laisse pas les minutes sortir de sa poche aussi facilement. « Il faut rester fidèle à ce qu’on aime, mais il faut faire quand même attention aux autres, un minimum. Il faut un peu de calcul » ironise-t-il.

Vivre de l’image

Sébastien a beau évoluer à travers l’ultra dynamisme du web, il rencontre bien sûr tous les aléas financiers qui caractérisent si bien les artistes. Question emploi du temps, il consacre environ 20% de son temps dans des projets professionnels (donc rémunérés, type réalisateur publicitaire ou ingénieur du son sur des courts métrages) et le reste du temps dans un travail artistique plus personnel. C’est toujours le même problème : « là où tu peux gagner de quoi vivre, ta créativité ne sera pas sollicitée » explique-t-il.

« C’est vraiment le son qui m’a donné le goût de l’écriture, et c’est l’écriture qui m’a donné envie de mettre mes histoires en image ».

Le plus souvent, Gioacchino travaille seul. Il lui arrive d’être en collaboration lorsqu’il ne s’agit pas de projets personnels. En musique, c’est par les hasards d’Internet qu’il a pu collaborer avec NEUS. « J’ai repris son morceau, tout seul, mais ça s’est transformé en accord tacite. Je l’ai rencontré à Paris […] et il m’a proposé une collaboration pour un clip. Ça n’a pas été fait de manière officielle, je lui ai envoyé ma création et il a aimé. Tout simplement ».

PICTURES from Gioacchino Petronicce on Vimeo.

En revanche, la démarche est plus tortueuse lorsqu’il s’agit de trouver des acteurs ou des maquilleurs sur Toulouse. L’absence de réseau, principal défaut de la ville rose pour un cinéaste. Beaucoup basé sur Toulouse, Sébastien donne la priorité aux milieux urbains: là où les choses se passent et où les sons sont différents.

Sur ce point, Toulouse est pour lui un bon, mais petit, terrain de jeu. Il y a cependant du potentiel en dehors du centre ville qu’il n’a pas encore trop exploité, mais à long terme l’artiste aimerait trouver un plus grand bac à sable : Paris, Londres, Milan, Rome, New York, ou Montréal, etc. Il aimerait être à nouveau surpris par la découverte de nouveaux lieux et de nouveaux quartiers.

Au commencement, le son

Ses premiers contacts avec la création artistique l’ont été par le son, et c’est avec un parcours scolaire plutôt atypique qu’il se lance dans sa passion il y a une dizaine d’années. Après un bac généraliste en poche, un break de 2 ans d’exploration artistique (sonore surtout), deux ans de fac puis l’Ecole supérieure d’audiovisuel  : le voilà aujourd’hui freelance, à Toulouse, depuis 4 ans.

Sébastien explique ainsi sa relation fusionnelle avec le son : « Mon tout premier truc, ça a été la musique, avec la guitare. Puis c’est le son qui m’a amené à l’image ». De 3 à 4 jours passés sur des plateformes à énumérer tous les sons qui lui plaisaient, il en sortait une « création sonore ». « Ça pouvait être créatif, du reportage, etc. De manière hasardeuse, ça me donnait envie de raconter des histoires, sans rien dire, sans paroles ». Ensuite vînt l’envie de mettre par écrit ces histoires, puis de les illustrer en vidéo. « Le son, ça m’a donné envie d’écrire, à ce moment-là en plus je commençais à faire un peu de photo », détaille t-il. Il ajoute: « C’est vraiment le son qui m’a donné le goût de l’écriture, et c’est l’écriture qui m’a donné envie de mettre mes histoires en image ».

I need one dollar from Gioacchino Petronicce on Vimeo.

Sa première création était une vidéo dont le résultat, comme la démarche productive, était clairement plus basé sur le son. Gioacchino Petronicce s’est alors efforcé de tout construire sur un socle sonore. « Je construisais d’abord la rythmique sonore avant de coller des images dessus. » développe t-il. Gioacchino garde encore aujourd’hui cette démarche productive basée sur une trame sonore. Souvent, il regroupe en liste de lecture des émotions ressenties. Un bon moyen pour se repérer dans son oeuvre et éviter de se perdre sous une cacophonie affective.

Il va même jusqu’à se mettre des contraintes de réalisation afin de pousser sa logique toujours plus loin. Par exemple, sur un projet personnel de long métrage, il a récupéré des sons et musiques libres de droits et en a créé « le film, en son ».

« Si à 35 ans je n’ai pas atteint le minimum que je m’étais fixé, […] d’en vivre et de me faire plaisir: j’arrêterai ».

Sur un autre projet, il part d’une musique à part entière, construit l’image et le son en fonction de cette musique (de son rythme, de sa couleur, etc) après quoi il retire la musique. Une technique utilisée par exemple dans I Need one dollar (New York City) sur un requiem de Mozart. Que ce soit ce qu’il recherche ou pas, dans tous les cas c’est un enrichissement et sa démarche artistique continue ainsi de progresser. Appeler la contrainte pour stimuler la créativité.

L’inspiration dans l’oreille

Là encore, le web est un de ses grands amis, avec par exemple le site freemusicarchive.org [NDLR, site d’éléments audios libres de droits]. Mais aussi d’autres plateformes où de jeunes artistes partagent leur création gratuitement, pour se faire un nom ou tout simplement pour le plaisir.

Il cherche souvent via des sounds designers renommés comme Leslie Shatz (au mixage de Cogan). Il fouille également dans des radios comme Fip ou des plateformes/réseaux sociaux créatifs comme Soundcloud et, par-dessus tout, Vimeo. Il suit en ce moment deux vidéographes : FKY et Vitùc. Le premier est Nantais et filme ses excursions à travers l’Europe principalement, parfois en musique. C’est beau, c’est propre. Le second est basé au Luxembourg et en Italie, parcourt lui aussi le vieux continent, mais pas que. Il exploite, entre autres, une GoPro de manière peu conventionnelle et travaille minutieusement sur le son.

« Mon objectif, c’est de me faire plaisir. J’aime beaucoup travailler sur des projets personnels. » Cet éternel calme nous livre une dernière confession. Il s’est fixé une limite: « Si à 35 ans je n’ai pas atteint le minimum que je m’étais fixé, […] d’en vivre et de me faire plaisir: j’arrêterai ». Vivre de sa passion n’est aisé pour personne, mais toujours plus facile par internet.

 

Article rédigé par Eliot Ratinaud

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