TEMPS DE LECTURE : 10 MINUTESOn a testé un « concours de mangeurs de pizzas » (et on a failli y rester)

Lundi dernier, le temps d’une soirée, une trentaine de jeunes toulousains ont mis au placard tous les problèmes de faim dans le monde et toutes les règles d’hygiène alimentaire de base. Aux oubliettes également, toute notion de dignité et de respect de soi. La raison de ces manquements ? Le premier « concours de mangeurs de pizzas », organisé par la pizzeria Oh Fada, située dans le quartier de la côte pavée.  Retour sur cette compétition inédite, entre pizzas XXL, rapidité, coulis de tomate, techniques improbables et gros mal de bide.

Premier round « Je me définirais plutôt comme un sprinteur. Le marathon, ce n’est pas fait pour moi » lance dépité Bastien l’un des participants – Photos Aparté.com

C’est en regardant un épisode de la série Workaholics que Maxime et Sébastien, étudiants et prêcheurs assumés de la nourriture grasse, ont eu l’idée de ce rendez-vous qui sort de l’ordinaire. « Dans un épisode, on assiste à un concours de la sorte, et le gagnant remporte un an de pizzas gratuites. On a trouvé ça génial ! » rapporte Sébastien.

Le choix de la pizzeria qui ferait office d’hôte pour le concours a été facilité par l’accointance de Sébastien avec Oh Fada : « J’y commande deux, trois fois par semaine » lâche-t-il, comme un aveu. « C’est un grand malade » tient à ajouter un des livreurs de l’établissement. « Du coup, le contact a été facile, et les gérants ont tout de suite dit ‘oui’, à condition d’avoir assez de monde. Initialement, le nombre minimal de participants était fixé à 20, avant d’être revu à la hausse, car à 10€ la participation, ça ne représentait pas assez de bénéfices pour la pizzeria ».

Moins de 24 heures avant la « compétition », il manquait ainsi une dizaine de personnes. « C’est vrai que c’était un peu le speed, reconnaît Sébastien. Mais les gens déjà inscrits se sont mobilisés pour réquisitionner leurs amis, et ça a donné un bon événement, bien sympa et bien gras ». « Un événement bien sympa, bien gras ». Voilà une phrase plus qu’appropriée pour résumer ce qui s’est passé ce lundi 23 septembre, au 74 de l’avenue Camille Pujol.

« Commencez le jeûne !« 

N’ayant jamais participé à ce genre d’expérience, il paraissait de bon ton de la prendre on ne peut plus au sérieux. Un choix conforté par les conseils avisés de Maxime et Sébastien, qui, relayant l’événement sur leurs profils Facebook respectifs, conseillaient, à J-1 et sur le ton de l’humour, de « commencer le jeûne ! ». Une recommandation prise au pied de la lettre, qui a débouché sur un repas du dimanche soir pour le moins frugal : une soupe et un cornichon. Celui du lundi matin, quasi-inexistant : un petit-déjeuner, pas vraiment copieux, et puis… et puis, c’est tout. Histoire d’arriver au concours avec l’envie de gober un cheval sans même prendre la peine de recracher les sabots.

La règle du jeu est aussi basique que la pizza qui sera par la suite servie aux concurrents : avaler, en un minimum de temps, un monstre de 48 centimètres de diamètre.

Après avoir dépéri toute la journée, il est grand temps de se rendre sur les lieux du crime, accompagné de trois acolytes. Affublés de serviettes à carreaux blancs et rouges nouées autour du coup, notre objectif était d’annoncer la couleur : ce soir, il y allait y avoir du sport. Prise de contact avec les adversaires visiblement amusés, échanges de regards inquisiteurs. La tension est palpable. Il y a là dans l’assistance de sérieux candidats qui semblent tout aussi déterminés à s’empiffrer, animés par la rage de vaincre et l’excentricité du jeu.

Un monstre de 48 centimètres de diamètre, fait de sauce tomate, d’olives et de fromage

20 heures. On s’attèle, le début du massacre à la sauce tomate est proche. La règle du jeu est aussi basique que la pizza qui sera par la suite servie aux concurrents : avaler, en un minimum de temps, un monstre de 48 centimètres de diamètre, fait de sauce tomate, d’olives et de fromage. Vingt-cinq participants, répartis en cinq poules. Le concurrent le plus rapide de chacune d’entre elle obtient son ticket pour la finale.

A la pêche aux infos de dernière minute, sentant la pression croître à mesure que l’odeur des pizzas gagne la rue où la table des champions est installée, nous tentons le tout pour le tout et questionnons une des pizzaiolos : les pizzas seront-elles « OUI » ou « NON » découpées ? Incorruptible, celle-ci refuse de nous répondre.

BONUS : La vidéo qui revient sur l’évènement culinaire le plus raffiné de la rentrée:

20h15. Les hostilités commencent. Les vingt participants attendant leur tour se regroupent autour de la table, encerclant les cinq guerriers du premier round, à la manière d’un combat improvisé à la Fight Club. D’abord alléchés par l’odeur des pizzas ultra-brûlantes, on déchante rapidement à la vue des premières parts de pizza englouties en une poignée de secondes, la gorge se serre et l’on se dit: « Non, ce n’est pas possible ».

Mais très vite, l’ambiance bonne enfant fait oublier l’aspect peu ragoutant de la chose. Les supporters crient,  encouragent leurs amis, partagent leur mal-être et leurs difficultés à avaler d’un coup trois parts superposées. Parts dont s’échappent allégrement coulis et fromage fondant, qui viennent rendre encore plus gras des doigts qui ont de plus en plus de mal à saisir les verres d’eau mis à disposition des concurrents.

Le contrecoup est en effet presque immédiat, et déjà l’idée de se lever de sa chaise lui semble être la chose la plus abstraite du monde.

Les sentiments, contradictoires, nous submergent : peine pour cette fille qui semble sincèrement sur le point de vomir. Admiration pour celui qui vient d’avaler ce qui s’apparente d’avantage à un fallafel qu’à une pizza – la méthode consistant à faire un wrap de ses parts étant une des plus utilisées. On rigole de ce mec qui dégueulasse son iPhone de ses doigts malpropres pour mettre les classiques « EYE OF THE TIGER » et « GONNA FLY NOW » pour se chauffer. On prend les paris sur le premier qui mettra le « monstre » à terre comme sur le premier qui rendra à la nature ce que Oh Fada lui a donné. On hurle à mesure que la victoire finale se dessine pour cet audacieux concurrent qui a osé plonger certaines de ses parts dans son verre d’eau, « pour que ça passe mieux dans la gorge », témoignera-t-il après coup.

La dernière bouchée avalée, on arrête le chronomètre : 7 minutes 38 secondes. L’assistance exulte, on félicite le premier vainqueur, dont la joie après une telle prouesse n’est pas perceptible sur l’instant. Le contrecoup est en effet presque immédiat, et déjà l’idée de se lever de sa chaise lui semble être la chose la plus abstraite du monde.

L’histoire se répétera ainsi, ou presque, dans des temps semblables, voire même inférieurs, pour les quatre groupes restants : toujours, des vainqueurs qui regrettaient déjà leur exploit, toujours, des abandons, toujours, des utopiques stratégies de la dernière chance. Si vous êtes d’ailleurs désireux de tenter l’expérience, retenez donc que la technique « je fais de mes parts une ENORME boule comme avec la pâte à modeler Play-Doh car je suis plus malin avec mes mains » ne porte pas vraiment ses fruits, et qu’au mieux, le seul fruit que vous récolterez, ce sera la tomate, sous forme de grosse tâche sur votre tee-shirt. Toujours, du sang, de la sueur, et des larmes.

« Avoir pris le goûter, c’est fauter « 

21h. On ne s’épanchera pas sur la performance du rédacteur de cet article, qui a tout de suite senti que cette poule n’était pas à sa portée. Sans être ridicule, et fort d’une subtile technique qui lui était propre – quoique sale, car consistant à stocker des bouts de pizza dans sa barbe fournie pour faire croire à la mystérieuse et rapide disparition du bébé de 48 centimètres – celui-ci ne pouvait décemment pas faire le poids face au « génie » qui avait pris place à sa gauche. Un véritable Messi du gobage de pizza qui a explosé le chrono en 6 minutes 30. Un mort de faim, un ogre, un surhomme. La victoire finale ne pouvait lui échapper.

L’ultime facétie des pizzaiolos est d’inonder les pizzas de sauce piquante.

Repus, déçus, mais fiers d’avoir survécu – dictionnaire des rimes page 57 -, nous avons rejoint le banc des losers, en roulant sur nous-même, histoire d’échanger nos impressions. L’occasion d’entendre quelques perles, comme celles-ci, lancées par Théo et Bastien, perdants magnifiques et désabusés. « Clairement, j’ai merdé. Ma préparation n’était pas optimale, puisque j’ai pris le goûter cet après-midi. Or, dans ce genre d’événement, prendre le goûter, c’est fauter ». « Je suis parti trop vite, j’ai mal joué le coup en laissant les plus grosses parts pour la fin. Je me définirais plutôt comme un sprinteur. Le marathon, ce n’est pas fait pour moi ».

Les pizzas de la grande finalePour la finale, les règles du jeu évoluent: pizzas de 25 cm de diamètre, champignons, jambon, assiettes en porcelaine et sauce piquante – Photos Aparté.com

22h. L’heure du verdict sonne pour les cinq survivants du soir, clairement soulagés d’apprendre que les pizzas seraient de taille inférieure – environ 25 centimètres tout de même. En réalité, c’est le concept intégral de la finale qui est différent : les pizzas, plus garnies – champignons et jambon venant s’inviter à la fête – sont servies dans des assiettes en porcelaine, contre le bon vieux carton de livraison du tour précédent.

Et, comme pour ramener un souffle supplémentaire de dignité alimentaire aux candidats encore en lice, les braves se doivent de manger avec les couverts mis à leur disposition, ce qui relève d’un bond extraordinaire de plusieurs millénaires dans l’avancée de la civilisation. À la difficulté de passer du rien sauvage au silex, s’ajoute alors l’ultime facétie des pizzaiolos, qui s’en sont donnés à cœur-joie pour inonder les pizzas de sauce piquante.

Bien que disputée, la finale a néanmoins été un véritable récital de la part du « surhomme », comprenez celui qui nous a fait si forte impression. Car le bougre a bel et bien réédité son exploit, ne laissant que peu de chance à ses adversaires, rassasiés dès les premières bouchées. Malgré l’abnégation remarquable d’un autre finaliste, en trois minutes vingt-huit secondes, notre surhomme venait d’entrer dans la légende, dans l’histoire de la pizzeria Oh Fada, et dans nos coeur, à tout jamais. Gloire à lui, donc, qui mériterait, comme le suggérait Sébastien, d’avoir sa photo placardée sur les murs du restaurant. Gloire à lui, qui gagne non pas une année de pizzas gratuites, mais « seulement » cinq maxi-pizzas. Ce qui semble déjà beaucoup trop dans l’immédiat.

Article rédigé par Rémi Vallez

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