TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESLe Fifigrot 2013 en 5 gro’ films

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Le Festival international du film grolandais, pour sa deuxième année consécutive, s’est officiellement installé à Toulouse pour décerner son amphore d’or, du 16 au 22 septembre 2013. Aparté.com a dressé son palmarès des 5 gro’ films à voir de cette édition, comme à l’accoutumée, festive et déjantée.

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En 21 ans d’existence, on s’est tous fait une idée de ce qu’est Groland. L’émission bien entendu, mais surtout la marque de fabrique, l’esprit qui s’étendent bien au-delà des vingt minutes hebdomadaires de diffusion. Preuve en est, nous voilà avec ce festival devant l’adjectif « grolandais », un terme qui mieux que renvoyer au programme, étend son horizon à toutes les productions artistiques s’étant rapprochées ou même appropriées le style qui en a fait la renommée depuis l’année passée.

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Des dix films en compétition officielle, on perçoit de la constitution de ce panel hétérogène mais lié par une même volonté de marginalisation, que ce soit dans le thème ou dans le style, les rapprochant chacun à un certain degré d’une identité grolandaise qui a fait son miel de la subversion made in Canal+, avec tout ce que cela comporte de négatif aussi — en plus de vingt ans d’émission, Jules Edouard Moustic & Cie ont parfois la transgression bedonnante.

Plutôt qu’un palmarès complet – qui demande d’avoir vu tous les films – du « Fifigrot 2013 » présidé par Albert Dupontel, contentons-nous d’un petit « Top 5 » à l’ancienne, en commençant par la fin.

5.  Au nom du fils de Vincent Lanoo

S’il est sans doute un des films les plus en phase avec l’esprit Groland, sa volonté d’en découdre un à un avec tous les tabous qui touchent l’Eglise catholique a quelque chose d’agaçant. De l’homophobie ambiante jusqu’à la pédophilie, en passant par un difficile œcuménisme, Lanoo semble rayer les ingrédients d’une liste de course. Dès lors, difficile de croire en cette quête vengeresse et de céder à ses esbroufes trashs qui ne font que masquer que le film peine à choquer dans le discours — ce que suppose pourtant son sujet fort, et qui aurait eu plus d’impact que quelques effusions de sang auxquelles nous sommes plus habitué.

Le film n’est pas complètement raté pourtant, mais l’exaspération gagne rapidement du terrain quand le réalisateur lui-même ne semble pas croire à son histoire, la concluant d’une métaphore qui bien que déjà lourde, se voit accompagnée d’un petit commentaire au cas où nous n’aurions pas compris où il voulait en venir.

4. 9 mois ferme d’Albert Dupontel

Présenté hors-compétition — Dupontel étant le Président du Grosjury de ce festival — 9 mois ferme marque le retour derrière la caméra d’un humoriste qu’on pourrait, là encore, qualifier de proche des thèmes et de la touche Groland. Histoire assez loufoque d’une juge ni sainte ni touche qui ne laisse rien la distraire de son travail pour lequel elle se refuse à avoir une vie de famille.

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Pourtant, cette célibataire endurcie va non seulement tomber enceinte, mais portera la progéniture du pire criminel en fuite. Original, le film avait tout pour être drôle, cependant, comme la grande majorité des comédies actuelles, il peine à passer le cap de la bonne vanne et se limite à empiler des idées comiques déjà vues ailleurs — au moins ont-elles le mérite de fonctionner. Les caméos d’un Jean Dujardin ou d’un Terry Gilliam génialement sous-employés sont symptomatiques d’un film pensé par un humoriste, comme un sketch, peinant à s’établir en véritable long métrage.

3. Ceci est mon corps de Jérôme Soubeyrand

Très déroutant, le film commence avec une succession de scènes au caméscope qui donneraient envie de couper court. Mais il serait dommage de s’en tenir à ce début maladroit car le problème de l’apparence est au cœur de la réflexion d’un film construit sur un échange entre fiction et moments documentaires dans lesquels Soubeyrand interroge Michel Serres et Michel Onfray sur les mystères du corps et de l’esprit.

La dualité de la méthode cinématographique permet un détachement réflexif intéressant qu’enrichit encore la séance de psychanalyse trans-générationnelle à laquelle Soubeyrand se prête avec le spécialiste Bruno Clavier. A partir de là, les différentes réalités du film se recoupent, et sans jamais être trop théorique, il cerne son sujet avec le brin de folie qu’il faut mais sans jamais non plus le sublimer. A la manière d’un bon élève un peu brouillon, celui à qui on enlève toujours un point pour l’orthographe.

2. Workers de José Luis Vallé

On franchit un cap qualitatif pour ce récit mexicain qui reprend des thèmes classiques du cinéma latino : le travail – illégal ou non -, les classes modestes et une précarité encore accrue pour un peu que l’on ne soit pas d’origine mexicaine. Car si on a tous en tête le cliché de l’immigré illégal aux Etats-Unis, il est plus rare de voir un immigré illégal au Mexique. Et ce film tient véritablement a montré les faces cachées d’un pays qu’on ne connaît pas si bien qu’on voudrait le croire à travers deux histoires de cette clandestinité, deux personnages qui sans jamais se croiser, sont liés par un passé commun. Cela dit, le film n’est jamais misérabiliste et évoque des situations graves avec un humour corrosif tout en retenue qui relie parfaitement la comédie à son versant contemplatif.

1. Wrong Cops de Quentin Dupieux

Catapulté par le public au sommet des réalisateurs du non-sens, trouver Dupieux au festival du film Grolandais n’était non seulement pas une surprise mais peut-être bien une mauvaise surprise. En effet, ses précédents films garnis de louanges un peu exagérées avaient de quoi le persuader de poursuivre dans ce filon de la comédie étrange dont lui-même ne sait sans doute pas – ne veut pas savoir – où il va. Seulement, Wrong Cops marque une progression notable dans l’œuvre du français, le non-sens n’existant plus seulement pour lui-même mais mis au service d’une histoire, lui conférant un irrésistible pouvoir comique.

Artiste électro à la base, le caractère envahissant de la musique, s’il ne surprend pas, est le principal défaut du film et cela même si c’est fait sous l’égide de l’autodérision. Cette histoire de flics pervers, corrompus, incompétents pouvait se passer du ressort musical comme fil rouge, mais on pardonnera volontiers à Mr. Oizo devant ce casting improbable, véritable délit de sales gueules, Mark Burnham, mais aussi Eric Judor, qui pour le coup, a vraiment du heurter un platane.

Retrouvez le palmarès officiel du Fifigrot 2013, ici

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Ben

Gribouille sur le ciné et ses petites sœurs télévisuelles sur lesquelles j'essaie de rédiger un mémoire. Lire la suite >>> 1.50€/page

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