TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESLes dessous coquins d’une soirée Tupperware

« Soft Paris, créateur de bonheur » : en se baladant sur le site officiel de la marque tout de rose et de noir, rien ne laissait présager du caractère érotique de la chose. C’est une amie rencontrée à l’université, Emma, qui me parle un jour de ce concept qui, s’il paraît tout à fait novateur, existe depuis déjà un moment. Souvenez-vous : dans les années 1960, cette tendance importée des Etats-Unis rassemble les ménagères de moins de 50 ans dans les salons, autour de la vente de produits Tupperware.

« Inutile de vous préciser tout ce qu’il est possible de faire avec cette magnifique boîte en polyéthylène… »

Aujourd’hui, si ces petites boîtes en plastique rencontrent toujours un certain succès dans les cuisines, certaines entreprises font le pari d’introduire dans ces réunions des objets d’un tout autre acabit. Sex-toys, lingerie et autres « cosmétiques de l’intime » font très vite leur entrée dans ces soirées particulières, où l’on se passe volontiers des discussions chiffons et casseroles pour papoter désir et plaisir féminin, deux sujets longtemps méconnus des concernées. L’objectif de Soft Paris ? Réunir des filles (parfois des couples) lors d’une soirée à domicile, « private party » pour les intimes, afin de proposer toute une gamme de produits liés à la sexualité. Rétrospective d’un apéro de charme.

La thérapie du bonheur

La veille de l’événement, je reçois un texto de cette amie à propos de cette fameuse réunion. Il s’agit de sa soirée de lancement : en effet, la marque propose de devenir hôtesse afin de présenter chez soi sa collection de produits coquins. Un statut qui permet de recevoir, aux termes des ventes de la soirée, une contrepartie financière proportionnelle à celles-ci. Il est également possible d’évoluer et de monter en grade pour devenir leader et former de nouvelles recrues, car animer une Soft Party ne s’improvise pas : c’est Elsa, jeune étudiante en licence de sociologie et ambassadrice Soft Paris, qui aide Emma dans ses premiers pas d’hôtesse pour cette « belle soirée au féminin » qui s’annonce épique.

20h30. Après une journée à marcher dans la ville, mes collants sont filés et j’ai l’esprit brouillé par la cuite de la veille : qu’importe. Si je me sens aussi glamour qu’Yvette Horner à la soirée d’ouverture de la fête du cassoulet, je suis plus que jamais prête à disserter sur ce qui se passe en dessous de la culotte. Après tout, on n’est pas venues pour effeuiller les marguerites, et toutes les occasions sont bonnes pour célébrer les plaisirs de la chair. Les garçons de la rédaction, eux, me gratifient de commentaires machos : n’étant pas née de la dernière pluie, je reconnais derrière ces remarques grivoises l’amertume du mec qui n’est pas invité à la fête. Allez les copains, soyez pas déçus, vous aurez le récit en détails. Ou presque.

L’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération (ainsi que fumer tue, et que pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé) – Photo Aparté.com, Julie Lafitte

« Lookin’ for some hot stuff baby this eveninnnnng »

Nous nous rassemblons donc autour de la table basse d’Emma, dressée sur le mode de l’apéro dînatoire : face à nous, une gamme de produits soigneusement disposés sur une nappe léopard. Tandis que je tente d’y déceler la forme d’un phallus artificiel, je ne vois que petites et grandes bouteilles aux lignes élégantes, ainsi que deux ou trois dés coquins qui entourent un canard en plastique. Visuellement, les produits sont beaux : c’est d’ailleurs ce qui a séduit Elsa de prime abord, déçue des objets vendus dans les sex-shops et autres boutiques de farces et attrapes : « Quand on entre dans ce type de magasins, on ose rien demander, on rentre un peu en mode « est-ce que quelqu’un m’a vue ? » Soft Paris a cet avantage de proposer des produits fun, sympas, féminins et glamour, sans jamais tomber dans le vulgaire. » Un peu déroutée de l’aspect commercial de la chose, mais néammoins intriguée par le discours, j’attends avec impatience de pouvoir tout tester… sur mon poignet.

Pièce par pièce, produit par produit, toute la gamme de la marque passe entre nos mains : nous avons ainsi la possibilité de toucher, caresser, sentir, voir, et même goûter. C’est le cas de ce flacon dont Elsa dépose une goutte au creux de ma paume. Alléchées par l’odeur de fraise, nous nous engageons à l’aveuglette dans la dégustation, sans se douter une seconde qu’il s’agit, évidemment, d’un lubrifiant comestible. Fous rires gênés, enthousiasme non-dissimulé : l’ambiance est au beau fixe. Avec une grande aisance, l’ambassadrice de la soirée passe d’une présentation à l’autre en narrant toutes les possibilités de tel ou tel usage. D’abord repoussée par l’exclusivité du concept, je suis, par la suite, séduite par l’idée de réserver la soirée aux filles afin de permettre à chacune de se sentir à l’aise et de pouvoir se livrer en toute liberté. Certains des produits imaginés par la gamme permettent, comme l’explique Elsa, de briser des tabous ou d’envisager certaines pratiques de façon beaucoup plus ludique et décomplexée. Car elle l’affirme, et c’est important: « Le rire a tout a fait sa place dans le sexe ».

Les dessous coquins de la soirée sex-toys autour d’un apéritif dînatoire – Photo Aparté.com, Julie Lafitte

L’éducation au plaisir

Vient très vite le tour des sex-toys, grands chouchous de la soirée. Et pourtant : ceux-ci sont plutôt mal vus par la gent masculine, persuadés de pouvoir être surpassés par une pile alcaline : là encore, Elsa met un point d’honneur à rappeler les nombreuses utilisations de ces jouets intimes, notamment en couple. Loin d’employer le vocabulaire Doctissimo.com, elle nous montre que chacune d’entre nous, avec ou sans artifices, est libre de disposer librement de son corps sous réserve du consentement mutuel. Encore en 2013, de nombreuses jeunes femmes méconnaissent leur intimité et tous les gangnam style du plaisir : au-delà de son but lucratif, Soft Party restitue ce droit de pouvoir poser des questions qu’on pense souvent bêtes  – oui oui, même quand on croit être le Chuck Norris du point G – tout en se sentant en confiance. D’ailleurs, chaque Soft Party se termine par un entretien dans le « boudoir » – souvent la chambre de l’hôtesse, pour discuter et passer commande de façon anonyme. Malgré toutes ces mises en bouche [nldr : aucune allusion, vieux vicelards] gustatives et spirituelles, et avides de féromones naturelles, nous décidons tout de même de clore la soirée par un petit bootyshake sur la piste, histoire de remuer nos esprits déjà bien échauffés.

Sex-toys, lingerie, lubrifiants, cosmétiques: rien n’est oublié – Photo Aparté.com, Julie Lafitte

Article rédigé par Julie Lafitte

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