TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESCivil Civic, l’aérolithe postpunk

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Ils viennent de très très haut. En 2011, le duo australien percute la scène synth-punk à grand bruit avec sa petite prouesse de haute voltige, Rules, un album noise d’ampleur météoritique. On a rencontré ces deux zouaves turbulents entre deux tonneaux au Connexion Live. À grosses goulées de Kro’ en cannette, ils nous lâchent leurs anecdotes on tour.


Ben (à gauche) et Aaron (à droite) se sont rencontrés à Buffalo (Etats-Unis) pour « fabriquer » Civil Civic — Photo © Aparté.com / Kevin Figuier

Si on les écoute au premier degré, on a l’impression qu’ils passent leur temps bourrés et à poil. Rien d’étonnant : le projet musical des Civil Civic se veut une expérience vitale de gens désespérés qui font la fête. Lorsque je les rejoins en fin d’après-midi, ils sont étonnamment sobres et habillés, mais le spectacle qu’ils donnent à voir prend d’autres contours. Ils ont, plus agités que neurasthéniques, tout un lot de weird stories à nous dévoiler.

Civil Civic, en deux mots ? « C’est un groupe instrumental… L’idée, c’était que le nom sonne bien. Ça ne veut pas dire grand chose. En fait, Civil et Civic, c’est juste pour la phonétique » explique Aaron Cupples, désabusé. Ben Green renchérit : « Quoiqu’il existe en Australie un consortium qui s’appelle Civil and Civicc’est une grande société de construction… » J’imagine, bêtement, qu’ils ont un lien avec l’entreprise ? « Nope, ils collectionnent des buildings, et nous, des instruments. » Bon…

Le feu à la comète

Ces deux garçons aux allures d’américains endurcis, mais en plus turbulents, coltinent une histoire presque basico-basique. Tous les deux natifs de Melbourne, en Australie, ils finissent par se rencontrer à Buffalo, en 2010 ― alors qu’Aaron cherchait un instrumentiste. Ils écoutent l’un l’autre leurs démos, s’enthousiasment, s’électrisent à plein régime. « Et là, pendant trois semaines, on s’est enfermé ensemble dans mon appartement pour improviser », lâche Aaron. Bien vite, l’alchimie fait florès. Ils propulsent l’aérolithe Civil Civic en quelques jours.


Ben Green, synthé-bassiste du groupe — Photo © Aparté.com / Kevin Figuier

Depuis, le duo est lié comme les doigts de la main. « Notre relation est pleine de… haine », confie Aaron, l’oeil tiqué. « On se frite vraiment beaucoup, on passe notre temps à se plaindre des habitudes de l’autre. Un peu comme un couple marié depuis des lustres. » Bien entendu, ils survivent en se chamaillant à couteaux tirés.

Songez, d’ailleurs, que ces deux touche-à-tout sont multi-instrumentistes. Aaron et Ben manient chacun le synthé, en plus de leur guitare et basse. Cela a partie liée avec leur succès. De là, en effet, la complexe intrication de leur son frappé, noise et crunchy. « On fait en sorte de faire sonner les choses telles qu’on ne les a jamais entendues jusqu’à présent, un style neuf », s’auto-analyse Ben. « Si tu penses la même chose, c’est qu’on a probablement été dans le bon sens ! » Figurez-vous : des synthés foutraques venant se fondre sur des déflagrations de basse qui implosent par-dessus une ligne mélodique puissamment sulfatée par les riffs de guitare gravement addictifs. Figurez-vous : une comète qui entre en liquéfaction, dans de gros déluges sonores qui se détachent du reste, rêches, râpeux et compulsifs.  C’en est trop, écoutez par vous-même :

 

Petite vertu, grosse blague

On comprend, à l’aune de ces fulgurances, leur succès quasi-immédiat. Pour faire court : il y a eu le premier single (Light On A Leach), l’EP (Run Overdrice/Fuck Youth), et puis l’album, Rules, qui a suscité un emballement critique assez général. « À part d’un ou deux types qui n’ont pas eu le béguin… », témoigne Ben. Aaron complète : « Mais on attend de pied ferme les critiques négatives pour notre deuxième album, pas de problème (rires). »

Suivent, ensuite, des tournées, encore des tournées. Et quelles tournées. « On ne le fait plus, mais pour nos trois premières tournées, on tenait un blog qu’on actualisait chaque jour [émaillé de photos scandaleuses, NDLR]. On racontait nos histoires un peu croustillantes. » Ah, quel genre ? Aaron relate : « Alors, par exemple, à la Route du Rock à Saint-Malo, une fille complètement nue a fait un slam par-dessus la foule.  Certes, c’est pas très normal, mais c’était vraiment très cool… en tout cas, elle avait l’air de prendre du bon temps (rires). »

« À Limoges, raconte Ben à son tour, lors d’une journée particulièrement chaude, il y avait un fleuve, mais on me disait de ne pas me baigner dedans parce qu’il était toxique… Mais j’étais vraiment vraiment saoul, j’ai plongé, et je me suis ramené complètement nu sur la piste de danse devant la scène (ils éclatent de rire). » Aaron va plus dans le détail : « Et il s’est frotté contre tout le monde, couvert de trucs toxiques. »


Aaron Cupples, synthé-guitariste du groupe — Photo © Aparté.com / Kevin Figuier

À la surprise générale (la mienne), ce n’est pas la première fois qu’ils crapahutent dans la ville rose. L’an dernier, ils performaient sur la scène du Saint des Seins. « L’endroit était cool, les gens ne nous connaissait pas, on a eu l’impression de les convaincre. Ils étaient en mode [il croise les bras et fronce les sourcils] mmh, pas mal… (rires) », se rappelle Ben. Aaron s’immisce : « Mais quand on vient à Toulouse, c’est toujours assez bref. On arrive dans l’après-midi, on fait les balances, on traîne un peu alentours, on fait le concert, on boit, et on part le lendemain matin. Dommage, parce qu’il paraît que vous avez un très beau musée de l’espace, j’essaierai d’y faire un tour demain matin. »

De quoi rejoindre, effectivement, leurs hauteurs cosmiques évoquées plus haut.

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Paul Conge

Rédac' chef du webzine. Je promène mon objectif du côté des minorités, des dérives policières et des anars de tout poil.

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