TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTES« Cherche épicerie de nuit (à Toulouse) », la parodie de ≠FAUVE par Bruno Brusson

Tout commence par quelques riffs identifiables à l’oreille. Une mélodie répétitive, presque lancinante, jouée à la guitare et enregistrée à l’arrache sur un tempo lent. On y reconnait clairement la recette d’un groupe parisien qui, depuis ses débuts, suscite l’engouement autant qu’il divise. ≠FAUVE, c’est l’histoire d’un succès à l’image d’un symbole, celui qui accompagne leur pseudonyme : l’affirmation d’une différence controversée, à base de spoken words aux punchlines maladroites dans lesquelles se distille une énergie sincère. En deux jours, la vidéo parodique de ≠FAUVE a rassemblé un peu plus de dix mille vues sur youtube (nldr : plus de 30 000 à ce jour). A l’origine de cette déferlante WTF, un seul homme : Bruno Brusson. Son nom ne vous évoque peut-être rien, excepté quelques considérations sur la poésie phonétique des premières syllabes – « Bru », qui se répètent comme une signature. A l’occasion de notre rencontre, ce pince-sans-rire a choisi de nous dévoiler les dessous de ce détournement humoristique au buzz largement mérité.

Bruno Brusson est l’auteur de « Cherche épicerie de Nuit (à Toulouse) », une parodie de Fauve – Photo Aparté.com, Paul Conge

« Avec mes copains de ≠FAUVE, on s’est dit qu’on pourrait peut-être acheter une bouteille de vin, mais à c’t’heure-là tout est fermé… »

Pour cette parodie, Bruno Brusson a choisi de se mettre dans la peau de ces artistes un brin écorchés. De là sort un récit complètement barré sur une problématique bien connue de la vie étudiante toulousaine : de la difficulté de trouver une épicerie de nuit ouverte tard dans la soirée. Dans une ville où le monoprix du coin refuse de vendre de l’alcool après 22h, tout bon fêtard se doit alors d’user de ruses imparables dont seuls les véritables autochtones de moins de 26 ans ont le secret. Un parcours semé d’embûches pour le parisien lambda, obligé de mobiliser ses deux jambes là où, d’habitude, il « prend la ligne 8 jusqu’à concorde ou la ligne 1 jusqu’à Vincennes« .

Mais Bruno Brusson, qui connait visiblement son sujet, n’hésite pas à faire se déplacer nos musicos de Fauve dans les rues de la ville rose . S’improvisant en véritable petit futé de la vie nocturne toulousaine, il y évoque nos spots favoris avec une ironie cinglante, du Shangaï « cette boite de pédés qui regardent des pornos pas frais » jusqu’au Capitole en passant évidemment par en-nommé Saint des seins, « un peu comme le Bus Palladium mais la bière coûte moins cher ». Avec une condescendance faussement simulée, notre ami Bruno multiplie ainsi les comparaisons avec la capitale, et tout le monde en prend pour son grade : « eh venez à Paris on rira on pleurera en jouant de la guitare dans les rues de Montmartre, à boire une Heineken 15 euros dans un troquet dégueulasse ». Mais à Paris comme à Toulouse, il semblerait que l’espoir soit plus prisé que le vin en canette : pendant que tu le cherches dans les yeux de la nana penchée sur le comptoir, celle-ci enlève son soutien-gorge pour se faire payer un verre.

« Eh ouais nous aussi chez ≠FAUVE on s’en fout d’la mort, car bientôt on s’ra signés chez une major et qu’on aura un album distribué chez Virgin »

Parodier Fauve, est-ce foncièrement en être jaloux ? Une éventualité qui n’est pas écartée par notre interlocuteur, non sans un certain amusement. C’est cette « jalousie pure » que lui reprochent certains trolls premier degré dans les commentaires de la vidéo. Loin de se laisser impressionner par tout cet emballement médiatique, Bruno tente de justifier son initiative « Mais j’aime bien Fauve, c’est ça qui et bizarre en fait (…) ma finalité, c’était que le groupe publie la vidéo sur sa page facebook, en regrettant de ne pas avoir eu le génie de faire ce morceau ». Sans toutefois tomber dans la critique de leurs productions, Bruno Brusson reconnait se cacher derrière un amateurisme mal dissimulé, afin d’éviter toute comparaison hâtive « C’est poussé, caricaturé au possible (…) ça se résume à quatre notes mises en boucle, même pas retravaillées ».

A l’origine de cette parodie, il y a pourtant « une recette Fauve » dont il avoue s’être inspiré : « tu peux détourner Fauve dans plein de situations, par exemple tu vas t’brosser les dents et tu repètes deux fois « j’me brosse les dents j’me brosse les dents parce que c’est bien ». Mettre de l’esthétisme dans la vulgarité, c’est facile. » Pour ce chanteur de salle de bain, trouver un thème autour duquel improviser quelques punchlines bien senties s’est vite imposé comme une nécessité : « Au départ, je voulais indiquer l’itinéraire pour se rendre à la pharmacie la plus proche. Puis j’me suis dit que ça parlerait certainement pas aux gens, et de toute façon je déteste les mecs qui font des études de santé. (…) L’épicerie de nuit, ça parle à tout le monde : quand tu sors du saint des seins à quatre heures du mat’ (?) complètement bourré, que tout le monde veut boire mais que tu finis à l’Oasis où un mec te vend un kebab sous le manteau. » A la verve suitant le pathos maladroit, nous l’aurons compris, Bruno préfère la légèreté d’une nuit d’ivresse.

 Une histoire de buzz

« Je m’attendais pas vraiment à un tel succès, parce que ça a été fait totalement à l’arrache. C’est Gaby (nldr : guitariste du groupe Sing Sing My Darling) qui m’a dit de le mettre en ligne pour rigoler. J’ai mis ça sur Youtube à une soirée : une heure plus tard, il m’écrivait pour me dire qu’une quinzaine de ses amis facebook avaient déjà relayé ». En stalkeuse avertie, je me hâte d’ajouter Bruno sur les réseaux. En photo de profil, il pose sur un fond végétal, ray-ban sur le nez, savon dove à la main. Référence à un film de Woody Allen, « to Rome with Love » devient alors « To Rome with Dove » : « Au début, j’faisais des montages photo à la con. (…) J’ai jamais eu la prétention de vouloir faire ça pour me la raconter, j’fais ça pour moi et pour faire marrer les potes. »  Eh Bruno, c’est quoi la suite de tes pitreries 2.0 ? « Je travaille sur un projet électro, sous le pseudonyme de Morris Angel. » Pliés de rire, on se penche sur son portable pour écouter la chanson. ça parle d’animaux, de Christine Taubira, et de mariage gay, mais on ne peut vous en dire plus.

Article rédigé par Julie Lafitte

(A)parté pas si vite !

Germaine Chaumel: une photographe à l’oeil humaniste

Le conseil départemental de la Haute-Garonne met à l’honneur, dans une double-exposition gratuite, le travail …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *