TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESA Toulouse, l’Huma fête la culture communiste

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Organisée depuis plus de cinquante ans à Toulouse sur le modèle parisien, la fête de l’Huma 2013 n’a pas dérogé à la tradition. Meetings, débats, concerts, compétitions sportives, et autres activités culturelles ont ponctué une manifestation chargée de symbolisme. Ambiance, au cœur de cette grande fête populaire, chantre de la culture communiste.

Saucisse, frites, bière, badges et tee-shirts à l’effigie d’Enersto Che Guevara ou de Hugo Chavez sur fond de world music et de chanson française : bienvenue à la fête de l’Huma. Créée en 1945 à la libération, la version toulousaine n’est qu’une copie de la matrice parisienne, laquelle se déroule chaque année depuis 1930 le deuxième weekend de septembre à La Courneuve. L’événement, qui se tenait les 1ier et 2 juin, se voulait festif et populaire, mais aussi politique et a réuni environ 5500 personnes sur la zone verte des Argoulets selon les organisateurs. La pluie, cette invité intermittente n’a pas pour autant découragé un public averti.

Grande kermesse

« La fête de l’Huma est un moment populaire, un moment de fête, fraternel, et un moment politique. » De permanence à la buvette des Jeunes Communistes (JC), Julia Detienne, 17 ans, adhérente, retient le côté festif, convivial qui rassemble la gauche le temps d’un week-end. « Le fait d’être dans un moment de fête, c’est un plus », ajoute-t-elle. Pourquoi vient-on à la fête de l’Huma ? Pour se retrouver en famille, par tradition, dans cette ambiance particulière : « engagée sans prise de tête » selon Mari Goicoechea, la vingtaine. D’ailleurs, cette étudiante en droit est presque toujours au rendez-vous de l’événement. « Quand j’étais petite, c’était mes parents qui m’emmenaient. C’est presque devenu une tradition familiale. », explique-t-elle, enthousiaste.

"HK et les Saltimbanks, groupe presque officiel de la campagne présidentielle du Front de Gauche"
"HK et les Saltimbanks, groupe presque officiel de la campagne présidentielle du Front de Gauche"

C’est que cette image festive, aux allures de grande kermesse, prend souvent le dessus. Avec ses concerts, cette ambiance décontractée, ses activités culturelles, notamment pour les enfants – promenades à dos d’âne, marionnettes, lectures de contes, etc -, c’est une foule bigarrée, hétéroclite et enjouée qui vient se réunir – très souvent autour de la buvette face à la scène. Si, par exemple, Mari affirme être venue « pour les concerts, la programmation, ces artistes qu’on ne voit pas ailleurs, les meetings, ou encore le partage », Mathieu et sa bande de copains – ils forment un groupe de rock français -, la trentaine sont exclusivement là pour la musique. « C’est ma première fois, ça me disait rien jusque-là . », assure le jeune homme avant de conclure : « Ça fait très partisan, très politique, et je ne suis pas du tout venu pour ça ».

« La fête de l’Huma n’est pas un festival ». Luis Villalba, organisteur depuis 7 ans, responsable PCF (Parti communiste français) de la section centre ville, tient à le rappeler : « La fête de l’Huma, c’est la fête du journal l’Humanité ». Et de poursuivre, didactique :« C’est un événement politique : une fête organisée pour soutenir le journal l’Humanité. » Une fois les bilans tirés, un chèque est alors remis au journal, qui connaît aujourd’hui de grandes difficultés. Et pour garantir ce succès populaire, un gros travail de programmation musicale est réalisé, avec des têtes d’affiche qui peuvent ramener un large public comme cette année Raggasonic, HK et les Saltimbanks – engagés aux côtés du Front de Gauche -, la rappeuse angoumoisine Karimouche au franc parlé, ou encore plus local – ils viennent de Tarbes – Boulevard des Airs et son rock alternatif.

 « T’as le look coco »

Mais la fête de l’Huma, c’est surtout une culture glorifiée avec ses codes et ses symboles. Pour Luis Villalba : «  C’est une fête qui perpétue une tradition, qui incarne complètement la culture communiste. » Des drapeaux aux pin’s en passant par le nom des shooters et des cocktails des Jeunes Communistes – Le Cahuzac, le Goulag « le cocktail, le plus populaire de l’URSS », le FLN « le shooter qui a crevé un œil à Le Pen » ou encore l’orgue de Staline -, tout est là en référence à une culture qui dépasse le politique, presque un comme un mode de vie communiste. La figure imprimée du Che reste indémodable, flottent les étendards de la communauté Kurdes, et souffle l’esprit de la révolution. Le cigare est sur toutes les lèvres.

La fête de l’Huma, fête de tous les symboles ? Pour Rémi Didier, adhérent aux JC et étudiant à Sciences Po Toulouse, « Les symboles sont importants dans le mouvement ouvrier parce qu’ils permettent de renvoyer une image forte. » Et de poursuivre : « On les a toujours mobilisés. Ca fait partie de l’identité communiste. C’est pas la fête des symboles, mais ça y participe. » C’est toute une culture, un peu folkorisée, qui vient s’exprimer à l’Huma, qui bien évidemment ne se résume pas qu’à ça. Le fond politique, la réflexion, le débat, eux, restent prégnants.

Ce n’est pas pour rien que le tract, l’affiche, l’essai, le livre y sont très présents avec des stands dédiés au journal l’Humanité, au journal militant La Riposte, ou à la librairie de la Renaissance, et la participation de nombreux auteurs comme Mohammed Taoufik, jeune écrivain d’origine algérienne . L’Internationale aura au moins retenti une fois après le discours de Patrick Le Hyaric, son directeur. Il faut le dire : une fête de l’Huma sans Internationale, ça aurait été une fête ratée.

Photos  © Camille Mathon et Florian Bardou

» Ne vous arrêtez pas en si bon chemin, lisez le second volet de notre reportage sur la fête de l’Humanité à Toulouse

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Florian Bardou

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