TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTES« LynX Vidéo », dans le regard d’un gérant de sex-shop

Il est des images auxquelles on peine à s’acclimater. Le spectacle d’un sex-shop fait partie du registre. A priori, l’endroit paraît toujours un peu glauque, crade, carrément vicié. La clientèle, prévisible : refoulés, pervers, aïeux mollassons. Pour ces sujets, l’imaginaire est des plus féconds. Qu’en est-il concrètement ? Au long de nos tribulations nocturnes, nous avons poussé la porte d’un sex shop situé dans un rouge quartier toulousain. Le gérant, avec son regard routinier, est venu pondérer nos présupposés à la baisse. On vous livre « LynX Vidéo », dans l’oeil du plus habitué de tous.


Le comptoir de « LynX Vidéo », près de la Place Belfort. Au fond, Julien, le gérant.
— Photo © Aparté.com / Kevin Figuier

Planté à deux pas de la place Belfort, l’établissement « LynX Vidéo » fait l’angle de la rue de Borne et Lafont. À l’entour, les enseignes de boutiques de même engeance reluisent en crépitant dans le crépuscule. Ci et là, des prostituées crapahutent sur les trottoirs. Quelques passants sillonnent encore les rues voisines, malgré la nuit. L’ambiance est feutrée. Trottoir, porte, comptoir. Nous débarquons au débotté.

Verges, sodomies et silicone

« Ça surprend un peu le premier jour », confie Julien, un brin affalé derrière le comptoir. On l’interrogeait sur sa tolérance à travailler ici. Exhibées dans tous les recoins, les photos pornographiques ont de quoi rebuter. Mais depuis huit ans qu’il gère l’établissement, il y a longtemps que Julien ne voit plus les choses au premier degré. Il travaille quatre jours par semaine, et dirige deux employés. « On s’y fait, on garde la tête dans le quotidien », lance-t-il, assez désabusé. (La plasticité des hommes a cela d’extraordinaire, elle accoutume leurs yeux à toutes choses.)

« C’est pas forcément le classique qui plaît »

On « chille » un peu dans la boutique, grandement déserte, entre les étagères et les vitrines. Sex-toys, produits masculinisants, magazines et vidéos empilées par milliers — plus de 9000 —, certains retiennent notre attention par leur énormité. Au point de démanger, d’ailleurs, notre légendaire pudeur. « Énormes machines à jus », « swallow my spunk », « pénis marathon », « in the deep end » : les titrailles sont pour le moins alléchantes. Le décorum des couvertures, lui, est presque prévisible : des verges turgescentes, de la semence à grands jets, des poitrines siliconées, des sodomies de premier plan. De quoi s’hérisser les gonades, si l’espace n’en était pas gorgé à outrance.


D’appétissants sex-toys encombrent les étagères du sex-shop — Photo © Aparté.com / Kevin Figuier

Il y a fort à parier que les non-initiés ressentiront, comme nous l’avons éprouvée, cette interdite saturation.

Inceste, lubrifist, cabines à masturbation

Plus exotiques et plus dégueulasses sont les pièces que l’on débusque en forçant un peu le regard. Comme la discrète rubrique « inceste », en coin de rayon. Comme les godes, les accessoires démesurés, tous cerclés de veines prêtes à éclater. Comme les salles de projection criardes, qui accueillent leur petit lot d’initiés. Comme les cabines, avec leur allure de salle de bain miniature, étonnamment propres, quasi-rutilantes, et desquelles s’extirpe fugacement un client pendant notre courte visite — nous ignorions qu’il jouissait derrière la porte, il s’en est allé l’air de rien.

Toute l’exagérante lubricité du monde semble s’amonceler ici, entre les plis et les replis des mouchoirs jetables et des fauteuils à libre disposition dans l’obscurité.

Sociologie de clientèle

Julien se targue d’un public « très varié », quoique modeste. « Il en vient une vingtaine par jour, c’est difficile à chiffrer. Ils sont là à tout âge, dès 18 ans, et ils n’achètent pas forcément des choses », confie-t-il. Avec un net penchant, semble-t-il, pour les produits estampillés « homo ». « Le public est à 80% masculin, ils repartent autant avec des DVD hétéro qu’avec des DVD homo ». À noter, donc, que les femmes ont aussi leur honnête place dans l’environnement. D’autres préférences ? « On vend un peu de tout, c’est pas forcément le classique qui plaît ». Le déviant a, bien entendu, ses adeptes.

Mis à part quelques surprises, la boutique n’a, aux dires du gérant, rien de trop extravagant. Amsterdam, Bangkok ou Toulouse… tous les sex-shops de la planète sont des copies conformes.

En sortant, on scrute l’enfilade d’écrans qui projettent des films pornos en continu. En lecture : deux blacks pourvus d’une colossale érection font son affaire à une fille qui a l’air d’en souffrir un brin. Ça surprend un peu le premier jour, qu’il disait.

Foncez faire un tour sur la splendide gallerie photo du dossier. A la clé, de (très) beaux clichés de LynX et son ambiance mi-feutrée, mi-dégueulasse.


Bon, on se casse, l’air de rien — Photo © Aparté.com / Kevin Figuier

Consultez la suite de notre enquête « Toulouse, ville rose », en cliquant par ici.

Article rédigé par Paul Conge

Rédac' chef du webzine. Je promène mon objectif du côté des minorités, des dérives policières et des anars de tout poil.

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