TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESEn Aparté avec… Melody’s Echo Chamber

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Au beau milieu de la tournée consécutive à la sortie d’un premier album en décembre, Melody’s Echo Chamber a fait escale au Connexion Live. Melody Prochet, leader de la formation intercité, confie son bilan de mi-parcours. Et donne quelques indices au sujet du prochain disque.

Melody's Echo Chamber / Photos: © Diane Sagnier
Melody’s Echo Chamber / Photos: © Diane Sagnier

Aparté.com : Quelle leçon la tournée 2013 t’a apportée ?

Ce qui était assez magique sur cette nouvelle tournée, c’est que j’ai trouvé un nouveau batteur et un nouveau bassiste, qui est toulousain – Membre du groupe de rock progressif Aquaserge, dont le batteur Julien Barbagallo a rejoint Tame Impala. Et depuis qu’on a ce poste batterie, on se sent plus libre sur scène, on s’éclate. Moi je suis beaucoup plus confort, ce qui m’a pris beaucoup de temps puisque Kevin Parker a joué les batteries sur mon disque – et les basses aussi. Du coup, il y avait un groove unique que je n’arrivais pas à retrouver avec les batteurs avec lesquels j’ai travaillé ; pendant ce temps, j’ai joué avec un sampler, c’était très frustrant. Depuis, une nouvelle magie s’est créée.

Tu avais choisi, au départ, de ne pas utiliser de batterie sur scène par peur d’éclipser ta voix que tu estimes « fragile ». As-tu gagné en assurance depuis ?

C’est vrai, j’aime pas les voix avec des gros vibrato et je chante de manière un peu fragile et aérée. En live avec batterie jusqu’alors, j’avais toujours eu du mal à faire ressortir ma voix sans me blesser, sans gueuler. C’est parce que je n’avais pas encore le matériel pour m’entendre bien sur scène, j’avais moins de moyens. Là, on a un petit peu upgradé : j’ai des ear monitors premier prix, mais c’est déjà mieux que rien et je m’entends mieux. Stéphane n’est pas un batteur qui tape fort, c’est ce que je recherchais : un jeu subtil, un peu jazz. Les gens avec qui je bossais auparavant étaient un peu trop bourrins pour moi. Ça a été une révélation sur scène.

« Quand on est encensé comme ça sur un disque, c’est normal qu’on vous attende au tournant.»

Quel concert a été pour toi le plus important de cette tournée ?

Beaucoup ont été magiques. Je dois avouer qu’on revient de Primavera. On jouait vers 19h45 sur la scène Pitchfork face à la mer avec des bateaux à voiles. C’était assez incroyable, il y avait au moins cinq mille personnes, j’en attendais pas autant. Il s’est passé un truc… Je ressentais ça pour la première fois : entre nous, une interaction, une communion hyper magique. Au niveau du son, en revanche, c’était pas encore ça puisqu’il y avait beaucoup de vent. Mais la mer en face m’a vachement relaxée. Un concert très particulier pour nous.

Photos © Diane Sagnier
Photos © Diane Sagnier

Tu as joué en décembre ton premier concert d’envergure aux Transmusicales de Rennes. Est-ce qu’il y a eu un avant et un après ?

Clairement. Je n’avais pas de batteur à l’époque, et j’ai réalisé là-bas que ça ne marcherait pas pour les plus grandes scènes. J’ai tout remis en question. On s’est pris une grosse baffe des  critiques : les gens, qui avaient de grosses attentes, ont été très méchants. Quand on est encensé comme ça sur un disque, c’est normal qu’on vous attende au tournant. Si tout n’est pas au point, on ne vous fait pas de cadeau.

Tu as composé ton album avec Kevin Parker, leader de Tame Impala,  avant de t’entourer d’un groupe pour la scène. Comment s’est passé la transition entre le studio et les planches ?

Ça a été tout simplement long : six ou sept mois d’essais avec de nouvelles personnes. C’est très difficile quand on a un album aussi produit et qu’on est un petit groupe sans budget. Il faut acheter beaucoup de matériel, c’est du travail. Ça demande du temps et de l’expérience. Il faut multiplier les concerts pour comprendre les choses. Et humainement il faut ça marche.

On parle surtout de Mélody Prochet, mais rarement des musiciens qui t’accompagnent. Quelle est ta relation avec eux ?

La première personne qui me vient à l’esprit quand je pense à mon groupe, c’est Jérôme Pichon, le guitariste. Je l’ai rencontré, à Paris, il y a six ans. Il m’a toujours accompagnée avec My Bee’s Garden, mon premier projet. C’est une rencontre musicale des plus importantes pour moi. On avait les mêmes influences et tout, et il m’a suivi dans les plans de merde, dans les galères. C’est mon pilier, vraiment. Ensuite, j’ai un bassiste incroyable : un jeu hyper prog, une tonalité à la Gainsbourg, qui apporte une fraîcheur. C’est assez chouette. Enfin, Pablo, guitariste : une énergie, un charisme génial. Il joue d’ailleurs avec Moodoïd, notre première partie.

Ton son paraît plus brutal que sur l’album…

Je ne veux pas que ça soit un album pop, joli et mignon. J’ai envie qu’il y ait ce côté un peu rough, avec des aspérités, un peu plus agressif, qui balance avec ma voix « angélique », fragile. En live, j’ai poussé ce côté agressif mais pas trop : je ne veux pas casser les oreilles des gens. Mais j’ai toujours aimé Sonic Youth, des groupes un peu plus noise et j’aimerais bien tendre vers ça à l’avenir. Un son un peu plus rock, plus dark, que l’on retrouvera sur le prochain album. J’ai pas mal d’influences différentes, j’ai écouté beaucoup de shoegaze, et surtout du krautrock. Par exemple avec Kevin on est à fond sur les batteries à la Can, ce qui s’entendra sur le nouveau disque.

Tu vas retravailler avec Kevin ?

Oui, forcément. Mais je ne sais pas à quel niveau il sera impliqué, s’il sera là en tant que mixeur, producteur ou juste musicien de session. On ne sait pas encore. Je me suis fixée tout le mois de septembre pour finir d’enregistrer, de mixer. Là, j’ai déjà 10 morceaux.

« Je ne veux pas que ça soit un album pop, joli et mignon.»

L’influence de Kevin, sur ton premier album, est palpable. Vas-tu de détacher de cette influence sur ce deuxième album ?

Clairement, c’est vraiment mon but. Mais je ne sais pas si on va y arriver, puisqu’on travaille un peu de la même manière. Mais en sortir sera difficile: j’aime le son qu’il a amené, et je n’ai pas envie de m’en éloigner. J’essaie également de jouer plus de guitare, ainsi que d’autres instruments.

Est-ce que tu as l’impression d’être un Ovni dans la scène française ?

Je me suis toujours sentie en décalage avec cette scène, parce que je ne me reconnaissais pas du tout dans les sorties françaises. J’avais toujours l’impression que les labels ne prenaient jamais de risques, qu’on nous servait toujours la même daube. Du coup, j’ai jamais visé la France. Je suis presque convaincue que si l’album était d’abord sorti en France, on aurait pas eu tout cet accueil. Je suis française mais je ne dirais pas que la France soit responsable de mon « succès ».

Propos recueillis par Marc Bonomelli et Florian Bardou

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par La rédaction Aparté.com

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