TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESEn Aparté avec… Dj Sirsway, l’incontournable de l’Electro-swing

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Précurseur du mouvement Électro-swing, co-créateur du site de référence electro-swing.com, Sirsway (JP) est un Dj incontournable du genre de l’électro-swing.  L’artiste, passionné et figure de prou dans son genre, nous aura fait l’honneur de partager avec nous ses sets, lors de la soirée de clôture des Croisées Créatives. Le lendemain, un dimanche aux yeux cernés, nous nous retrouvons autour d’un thé, le temps de revenir sur son parcours, ses projets, et sa vision de ce mouvement musical en essor.

Story-recap :

D’abord patron d’un bar à Toulouse « Le Troquet de la Gaîté » qu’il a tenu pendant près de 6ans, JP tient ensuite un restaurant, pour lequel il garde le nom « La Gaîté » (place des Tiercerettes). Avec Dj Incontrol, ils créent en 2007 l’association Bebop-Swing. Avec G-Swing, Bart & Baker et les Electro-swing à Paris, ils seront les premiers initiateurs des soirées électro-swing en France. Liaison qui est rapidement rompue pour cause de visions trop différentes entre les organisations.

Alors que ça démarre fort à Toulouse, que les soirées se multiplient, Dj Incontrol part sur Lyon. Il est rapidement suivi par JP, là où l’électro est alors bien plus suivis que dans la ville rose, et où le tissu économique est plus prometteur: « A Toulouse, à part des associations, il n’y a rien ! ».

Il s’installe ensuite à Neuchâtel en Suisse, au croisement de plusieurs pays d’Europe, où il joue rapidement dans les grosses salles, avec de grands noms du genre (Parov Stelar, entre autres). La Suisse, parfait pour se développer : beaucoup de lieux, de salles, et peu d’artistes.

Aparté.com: Comment vois-tu évoluer le mouvement ces dernières années ?

Sirsway: Ça ne fait qu’augmenter, partout ! Alors qu’au début, c’était seulement en France et en Angleterre, maintenant ça cartonne en Allemagne, et ça se répand dans d’autres pays d’Europe.

Et en France ?

A Paris, il y en a de plus en plus. Globalement, il y a de plus en plus d’associations et d’organisations de soirées. Puis nous, on le voit au niveau du Soundcloud : alors qu’en 2011, on recevait deux ou trois mixs par jour, aujourd’hui on en reçoit des fois près de 50 par jour. C’est des DJs venant de milieux vraiment différents, alternatifs et même trans qui s’y mettent aussi : c’est que ça prend !

Dj Sirsway et Lola ©Eleanor Grondin

D’ailleurs, parce qu’il y a tout un jeu autour de l’esthétique, cela attire d’autres types de public non ?

Oui, parce qu’en plus de prendre dans les soirées trance ou même dans les teufs, ça marche aussi très bien dans le « haut-de-gamme ». Puis il y a eu quelques gros coups médiatiques, et alors que la mode s’est tournée vers les années 1930 c’est aussi parti dans le cinéma, avec entre autre The Artist et celui qui arrive : The Great Gasby avec Dicaprio. C’est d’ailleurs pour ça que le 15 Mai, pour l’ouverture du festival, je pars peut-être mixer du swing à Cannes.

L’électro-swing plaît beaucoup alors que nous vivons une période souvent mise en parallèle avec les années 30, la crise de 29 etc., période dans laquelle est né le swing. Crois-tu qu’il y a un lien?

C’est le même phénomène, c’est clair. Dans les années 1930, c’était la crise, les gens ont eu envie de s’amuser et ça s’est popularisé comme ça. Tout le monde se réunissait sur du swing et aujourd’hui, c’est rebelote. Entre les soirées techno, les tazz et les soirées où il n’y avait rien à voir, il manquait cet espace musical et festif où les gens pouvait venir faire la fête et danser ensemble.

D’ailleurs, avec l’explosion du dubstep d’un côté, c’est le côté « happy » de l’électro-swing qui ressort, qui peut manquer dans la bass-music aujourd’hui…

Et oui, l’idée c’est de repartir sur des musiques, qui se dansent à deux mais pas forcément, du moins qui créent de la communication. Puis les soirées électro-swing c’est aussi du spectacle, la participation du public… Comme lorsque nous avions fait la soirée à l’Opéra-bouffe pour le festival Électro Alternativ’, le public pouvait gagner des tours dans la ville, dans une voiture garée devant pour l’occasion… Sans parler du strip-tease burlesque, des danseurs qui faisaient des représentations au coup-par-coup durant la soirée, les déguisements…

Musicalement, comment vois-tu l’avenir de l’électro-swing ?

A la base, l’électro-swing, c’est de la musique traditionnelle, de salon, retravaillée avec de l’électro. Mais maintenant, on trouve du ghetto-swing, du drum’n’swing… C’est toujours dansant puisque le swing, c’est avant tout une manière de jouer.

« L’électro-swing, est à l’électro ce qu’est le ska est au rock. C’est ce léger contre-temps qui permet de caler des pas de danse dessus. »

 Si jusque-là les productions sont restées légères (contrairement au dubstep par exemple, où c’est de plus en plus poussé), aujourd’hui, étant donné que de plus en plus de DJs s’y intéressent, ça ne peut qu’aller plus loin… Sur notre site electro-swing.com, qui référence tout ce qui se fait dans le genre en Europe, on a été obligé de créer plein de nouvelles catégories, sous-catégories… C’est finalement à l’image de ce qui se passe actuellement : ça explose, littéralement, et ça se spécialise… D’un côté, les anglais progresse sur de l’électro-swing où les basses prennent de plus en plus d’importance, ça tabasse…et du coup ça reste underground. De l’autre, on a les allemands qui la jouent plus à la berlinoise, le développant avec de la minimal, des sons très pointus, plus pour les fins de soirées. Et aujourd’hui, on assiste à un nouveau phénomène, le fait qu’il y ait de plus en plus de groupes et de chanteuses qui se l’approprient, l’intègrent à leur manière. Avant, on avait Caravane Palace, mais c’est tout. Aujourd’hui, dans la continuité on trouve Chinese Man, Deluxe… Et c’est comme ça qu’apparait l’électro-blues, qu’on entend de plus en plus… puis l’électro rock’n’roll aussi…

 Et toi, vers quoi veux-tu te diriger ?

Moi en ce moment c’est l’Amérique du Sud qui m’inspire. L’année dernière nous avions fait une tournée là-bas avec KDS et Dj Zazou du KKC Orchestra, et c’était magique. Les gens sont hyper réceptifs. L’électro-cumbia, l’électro-salsa, ça marche très fort… Et à l’origine, ces musiques latines et le swing ont les mêmes racines. C’est ce côté chaleureux qui m’intéresse, sans parler du côté musical, mélodieux, qui est le plus important pour moi.

« L’électro pure, ça me fatigue, puis je trouve ça froid. »

Mais voilà, quand on discute avec Parov Stelar et Caravane Palace, je vois qu’eux partent vraiment vers le côté électro, house… alors qu’ils étaient les têtes d’affiches du mouvement électro-swing. Mais personnellement, je n’y crois pas, si tout le monde suit vers l’électro, le mouvement risque de plonger.

D’après toi, quel est le public de l’électro-swing aujourd’hui ?

Public très féminin, sûrement pour tout ce côté paillettes, beaux habits, coiffure travaillée… Et plus jeune qu’avant… même si là ça dépend beaucoup du lieu de la soirée, de l’organisation qui la demande, que ça vienne des mairies, des comités d’entreprises, des mariages ou des associations… Si dans le milieu alternatif, l’électro-swing est connu depuis un petit moment, c’est une découverte pour la plupart des générations plus âgées, et souvent le retour est très positif. Je pense que ça devrait se populariser, toucher de plus en plus un public familial, parce que cette musique touche tout le monde, de tout âge… Pour moi, l’idéal étant cette ambiance qu’on trouvait dans les bal populaires.

« Les puristes, tant du swing que de l’électro pure ne s’y reconnaissent pas. L’électro-swing est finalement un bon compromis, une musique citoyenne plaisant aux plus jeunes comme aux plus vieux. »

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Célia Coudret

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