TEMPS DE LECTURE : 10 MINUTESEn Aparté avec… Black Market Session

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

C’est durant la X-Arts Party #2, qu’Aparté.com a rencontré pour vous deux membres déjantés du collectif Black Market. D’un côté Pierre Bardoux, le Baron, de l’autre Serge Becquet, le Professeur en fessées.  Deux personnages hauts en couleurs membres d’un collectif où musique rime avec sociologie et histoire.

Aparté.com: Bonjour à vous, vous êtes aujourd’hui deux représentants de Black Market, à qui ai-je l’honneur ?

Serge: Salut à toi, moi c’est Serge et mon collègue qui se présentera s’appelle Pierre. Black Market, c’est la rencontre de trois spécialistes du disque vinyle, le troisième membre c’est Jean Bernard qui n’est pas là ce soir.  Nous avons trouvé un ciment commun autour des musiques d’influence africaines des années 1960-70, car nous avions envie de mettre en avant cette période qui est celle des indépendances pour tout ce qui représente le sud, l’Afrique, l’Amérique du sud, les Caraïbes. Du coup, ça nous donne l’occasion de parler un peu de « l’Atlantique Noir » et de jouer un peu du son style jazz, funk, soul, musique caribéenne, ska, rock steady, reggae. Tu veux rajouter quelque chose Pierre ?

Pierre.  Au niveau de l’énumération des styles pas forcément. Donc, je suis Pierre Bardoux, un des membres fondateurs de Black Market Session. Pour la petite histoire, le projet est né de la rencontre entre Jean-Bernard Bassach et moi-même, il y a approximativement un an maintenant. Serge Becquet, a évolué autour de nous dès le départ. Il a rejoint l’aventure de manière vraiment active et régulière depuis septembre, donc depuis cinq mois.

Du coup c’est possible de m’en dire un peu plus sur le choix des influences caribéennes et américaines… Pourquoi cette époque en particulier  ?

S: Nous notre propos, c’est « l’Atlantique Noir ».

P: « L’Atlantique Noir » est un concept sociologique, développé par un universitaire anglais, d’origine africaine qui s’appelle Paul Gilroy. Ce dernier a observé dans son livre L’Atlantique Noir. Modernité et double conscience. Il a fait une étude culturelle de l’ensemble des diasporas d’origines d’Afrique de l’Ouest qui ont été déportées pour l’esclavage puis importées dans les Caraïbes et Amériques pour servir en tant que travailleurs. Il s’avère que ces populations, qui à la base étaient africaines ont été déracinées. On les a privées de leur culture, de leur monde. D’un monde où tout était sacralisé, leur rapport à l’art et au sacré par exemple. Pour ces cultures-là, tout était sacré, ils ne vivaient pas dans la Raison, le mode de vie développé depuis la pensée des Lumières en Europe. Ils se sont donc retrouvés mis en esclavage par un autre peuple, ayant une manière de penser différente et portée sur la domination.  Ces peuples-là donc, afin de s’émanciper de leur esclavage, au moment de la fin de cette période d’esclavage, pour se sentir afro-américain ou afro-caribéen, il a fallu dans un premier temps qu’ils apprennent la langue des maîtres, des colonisateurs donc l’anglais en l’occurrence. A partir du moment où ces populations intègrent la langue, ils créent le blues, né du fait que ces populations décident de devenir américaines et non plus africaines esclaves en Amérique.

« Du coup, c’est une manière de leur rendre hommage et aussi de leur redonner la parole justement à une heure où nous sommes dans une culture mainstream avec de la musique formatée »

– Serge Becquet

Apparaît à ce moment dans l’identité de ces peuples une sorte de controverse, comment être afro-américain  ? Vivre et évoluer avec une culture modernisée avec l’industrialisation, l’automobile, l’électricité, les instruments électriques, les instruments à vent, qu’ils ne connaissaient pas. Car eux pour parler musique jusqu’alors, ils avaient les instruments à corde, la percussion et le chant. Petit à petit, ils apprennent à jouer du cuivre dans les orchestres de l’armée. C’est la naissance d’une double culture, ils essayent de garder leur culture d’origine africaine tout en développant un autre pan de culture à la fois moderne et américaine. Ils se retrouvent pris entre deux feux culturellement et identitairement, c’est ce qu’englobe ce phénomène « d’Atlantique Noir », car tout se déroule autour du bassin Atlantique.

Et personnellement qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce phénomène d’Atlantique Noir ?  Le choix de passer des vinyles de cette époque relativement ignorée par la culture mainstream ?

S: C’est tout à fait ça, par rapport à la culture mainstream que tu viens d’évoquer, il y a un hommage envers ces populations qui n’avaient pas forcément droit à la parole, qui ont du lutter pour leurs droits. Cette période-là, les années 1970 c’est pour eux le vent de la liberté, l’émancipation. Du coup, c’est une manière de leur rendre hommage et aussi de leur redonner la parole justement à une heure où nous sommes dans une culture mainstream avec de la musique formatée. Nous mettons en avant l’objet, le disque, l’univers graphique qui se trouve sur la pochette, puisque les pochettes vinyles, c’est quelque chose d’assez extraordinaire artistiquement. Elles reflètent vraiment le graphisme d’une époque et tout ce que tu vas retrouver sur une pochette va te raconter une histoire.

Vous me semblez extrêmement calés sur l’histoire et la sociologie des peuples dont vous partagez la musique, quels sont vos parcours y a-t-il un rapport entre vos études et votre projet ?

P: Pas vraiment avec nos études, pour ma part j’écoute de la musique depuis que je suis adolescent. J’ai commencé à écouter beaucoup de musique à l’âge de quinze ans environ, à l’époque, c’était plus du hip hop, et du rap français, à la fin des années 1990. Avant que le hip hop ne deviennent complétement gangréné par l’argent. Mes premières claques, c’était L’école du micro d’argent d’IAM, Suprême NTM, le premier album de Docteur Dre Chronique 2001 qui comportait un rapport un peu bling-bling/gangster mais où on a une esthétique assez intéressante. Cette culture hip hop a utilisé les musiques que l’on joue, ils ont samplé des morceaux de jazz, de soul, de funk, etc. C’est donc implicitement qu’à l’adolescence, j’écoutais déjà cette musique de l’Atlantique Noir. A l’âge de 16 ans, j’ai commencé à appréhender la musique de manière pratique. J’étais batteur dans un groupe avec mes potes du lycée appelé Freedom for Menestrel, mélange de ska/punk/reggae/rock hardcore. J’ai ensuite effectué des études de technicien son, j’ai travaillé à la radio pour le Mouv’ et j’ai été projectionniste également. J’ai ainsi toujours évolué de part mes études et mes projets professionnels  dans le milieu du divertissement mais pas que le divertissement, la diffusion culturelle je dirais plutôt.

«J’ai commencé à écouter beaucoup de musique à l’âge de quinze ans environ, à l’époque, c’était plus du hip hop, et du rap français, à la fin des années 1990. Avant que le hip hop ne deviennent complétement gangréné par l’argent.»

– Pierre Bardoux

S: Mon parcours… J’ai commencé moi aussi à écouter du son à l’adolescence.  Notamment avec beaucoup de styles différents, j’avoue que j’ai pris une grosse claque quand j’ai découvert la musique jamaïcaine en 1999. Je suis tombé tout de suite sur des connaisseurs, mais surtout, j’habitais à côté du shop reggae spécialisé. Je suis don tombé dans le délire des vieilles galettes jamaïcaines au sens large, partant du ska des années 1960 jusqu’au début du dancehall au milieu des années 1980. Je suis toujours resté old school. Ensuite, à côté de ça j’ai toujours écouté beaucoup de musique black. C’est venu petit à petit, des passerelles entre genres se sont créées. Implicitement, j’étais déjà aussi dans « l’Atlantique Noir » sans le savoir. Et donc, il y a eu cette rencontre il y a quelques mois avec JB et Pierre. On a eu ce terreau commun de la musique jamaïcaine puisque nous sommes trois fans du genre, nous avons ensuite mis en commun nos expériences.

Vous êtes présents sur Internet, avec des sessions Black Market, vu que vous diffusez et que vous ne créez pas, comptez vous créer une compil’ ?

P: L’émission de radio Marché noir, réalisée principalement par Serge et moi-même, même si Jean-Bernard vient de temps en temps acter derrière le micro et les platines. L’émission a commencé sur les ondes de Campus FM, et nous avons eu la chance de rencontrer les personnes de Good Morning Toulouse aux alentours d’octobre. L’équipe a bien accroché sur ce qu’on fait, sur notre style, le contenu, l’esthétique et nos personnes peut-être aussi. Et donc, ils nous ont proposé de diffuser notre émission de manière hebdomadaire.

Donc Marché noir sur  les ondes de Campus FM c’est tous les mardi de 18h à 19h et sur Good Morning Toulouse, c’est tous les vendredi de 20h à 21h.

Tu nous parlais de disque, ça me donne l’occasion de rebondir. Black Market Session, c’est un pan de plusieurs activités. C’est en quelques sorte le pôle événementiel de l’association Aljama. Association créée il y  a une dizaine d’années par notre confrère Jean-Bernard Bassach, qui sert à encadrer un label indépendant d’édition discographique musicale. Ce label a édité une série de trois 45 tours, dont deux où il a édité un groupe californien nommé The Soul Steppers. Cette production a maintenant six ou sept ans le troisième 45 tours est une ré-édition de Bernard Lubat et une compilation de remix Nonalinian,  un projet studio qui s’inspire des pionniers tel que Jackie Mittoo ou Ernest Rangling. Une oeuvre dédiée à la musique moderne jamaïcaine. ll y a également un coffret mirada, où là on est sur un travail de mémoire et d’histoire, en hommage à la guerre civile espagnole. Il y a eu également récemment un projet de mélange de musiques jamaïcaines et de jazz avec un trio contrebasse, batterie et orgue.

On peut t’annoncer la sortie future d’ici six à dix mois d’un nouveau vinyle en hommage au chevalier Saint-George qui est un personnage historique de la révolution française. D’origine guadeloupéenne, on l’appelle également le Mozart noir, c’est le seul compositeur de musique classique académicien français.

S: « L’Atlantique Noir » va aussi jusqu’en Europe, et il y a un projet de voir à partir de la musique créée par un contemporain de la révolution française et d’origine créole, de faire un lien avec des musiciens funk, jazz, des descendants finalement. De leur faire retravailler cette musique-là pour en faire une passerelle à la fois géographique mais aussi historique.

Avez-vous d’autres projets en cours ?

P: Absolument, au passé et au futur, le collectif Black Market et l’association Aljama réalisent  des écoutes commentées. Black Market, c’est polymorphe, on peut faire des sets comme ce soir au Connexion. Classique, deux platines et une animation musicale. Mais, nous avons également un projet d’envergure plus pédagogique où là on fait un mélange entre conférence et prestation musicale. C’est à dire qu’on vient avec beaucoup de disques, qu’on met à disposition du public sur un stand, on met nos platines derrière. Nous avons un intervenant micro qui peut être Serge, Jean-Bernard ou moi même, on propose au public de choisir les disques qu’ils veulent écouter, puis nous leur en parlons. Il y a un côté, mise à disposition et transmission de savoir, c’est important pour nous.

Nous avons également un projet développé tout d’abord pour la médiathèque de Rodez, qui est un exposition de pochettes de disques. Pour l’occasion, c’était sur la culture moderne jamaïcaine. Là, on aborde la musique sous un aspect graphique.

S: Nous avons un stand mobile qui se retrouver sur des festivals ou au cours de soirées comme lors du festival Worldwide avec La Petite. Avec ce stand nous proposons à la consultation et à la vente, des disques et des vinyles ainsi que des brochures et livres explicatifs.

 

Cet article a été publié il y a 9 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Rémy Vaganet

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