TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESLe Point Aparté: le porno, une forme d’art?

Peut-on dire que la pornographie est à l’art, ce que le curling est au sport, c’est-à-dire un sous sous sous genre, mais qui a tout de même sa place ?

Les articles de presse foisonnent sur le net à ce propos. Entre les pages sexe des journaux papiers, les blogs affiliés Next Libération, ou encore les web-magazines comme Vice. Il y avait de quoi parler des heures sur le sujet.

Nous avons d’abord cet article de Next Libération justement, du 14 janvier 2013 intitulé « Travail à la chair », qui revient sur une enquête menée par le sociologue Matthieu Trachman dans le Travail pornographique. Un réalisateur de 55 ans y dit ainsi sa vision des choses :

«Moi, je m’en fous de filmer le plaisir des mecs, c’est le plaisir des filles qui m’intéresse, d’ailleurs la pornographie, pour moi, c’est l’art de filmer les filles»

Et le porno comme sujet du point Aparté, ce n’est pas l’initiative que d’un seul homme, mais aussi d’une femme ! D’ailleurs, pour remettre les choses à plat dès le début, il faut savoir que les femmes, aussi, regardent du porno, et se font leur cinéma dessus. Pour preuve : Le Nouvel Obs + nous a signalé la création d’un nouveau site internet Dorcelle.com, présenté par l’actrice de « grande renommée » Katsuni, comme « le premier site pornographique réservé aux femmes et fait par des femmes ». Dorcelle, a trouvé une niche dans le porno pour femmes. Consommatrices ou clientes en puissance, elles sont en tout cas assez nombreuses pour qu’il y ait de l’argent à se faire dessus. L’exemple étant posé, le fait est qu’il existe chez les femmes un intérêt certain pour ce genre de cinéma.

Mais le porno au fait, est-ce du cinéma ?

L’avis d’Anna Polina, 23 ans et actrice de film porno, extrait de la websérie pornification (Vice).

Le porno serait-il le cinéma de la sensation, pure, vraie et directe ?
Voici en tout cas l’analyse de Nadia MEFLAH sur Objectif : Cinema.com :

« Voir du sexe en action, tel est le programme réduit de ce cinéma où l’image se doit être la plus explicite, la plus opératoire et efficace pour un effet optimal sur le spectateur »

Ou la vision de Barthélémy Amengual sur le porno :

 «  A peu de chose près, ce cinéma répète toujours et essentiellement la même séquence : “ l’entrée en gare du train de la Ciotat ”. Il ne s’agit plus des mêmes trains ni des mêmes gares. Encore moins de l’enfoncement sensoriellement suggestif des trains hitchcockiens  dans des tunnels symboliques. Toute métaphore ici serait hérétique. Seul a droit de séjour l’image de la réalité immédiate ».

Mais peut être pourrions nous revenir sur un rapide historique de la pornographie :

Dans une interview de Jacques Zimmer qui a dirigé l’encyclopédie collective le Cinéma X dans Next Libération daté du 5 novembre 2012, le critique précise que le 1er film porno Free Ride de (1915), reprenait une formule de base, à savoir le trio classique entre un homme et deux femmes : Un automobiliste dans sa Ford arrive dans un petit bois, il rencontre deux jeunes auto-stoppeuses… D’ailleurs, certains films, comme Inglorious Bitches, sont des très gros budgets pour le milieu : près de 500 00 euros parfois.

A l’époque, les hommes étaient mieux payés que les femmes, le contraire d’aujourd’hui (Le cachet d’un acteur porno est 25-30 % moins élevé (parfois même deux fois moins élevé) que celui de sa collègue même si celle-ci débute dans le métier.  Exception faite pour les acteurs comme Rocco Siffredi dans les années 1990 et le Français Manuel Ferrara aujourd’hui. On considérait autrefois que c’était plus difficile pour un homme de bander que pour une femme « d’être accueillante ». Aujourd’hui, il n’est pas question de difficulté ou de performance, mais tout simplement de la valeur marchande de la prestation féminine photographiée, filmée et diffusée, beaucoup plus importante que celle d’un homme – oui, parce qu’il faut l’avouer, le premier public et le plus fidèle est la gente masculine.

A partir des années 1930, dès que la diffusion n’est plus ultraconfidentielle, la répression commence. Dans les années 1970, la classification X apparaît en France. C’est la fin du débat. Dès qu’on constate un acte sexuel non simulé dans un film, il est classé X – avec des exceptions comme dans l’Homme au bain de Chistophe Honoré par exemple.

Au départ, le cinéma X s’inspirait du cinéma traditionnel. Mais aujourd’hui, c’est le porno qui influence le reste du cinéma. Des cinéastes travaillant pour le grand public incluent ainsi dans leurs films ce qui caractérise le cinéma pornographique : les plans de pénétration comme dans les œuvres de Lars von Trier, Bruno Dumont ou Gaspard Noé ou des acteurs issus du X comme François Sagat, Sasha Grey ou Rocco Siffredi qui jouent dans des films traditionnels.

Finalement, si le X est un sous genre du cinéma un peu à part, une certaine forme d’expression, source d’inspiration du cinéma, de la littérature,  de la musique de la création artistique en général… Le porno est-il un art à part entière ?

Là, on sèche.

En attendant de trouver la réponse, on peut vous proposer La X-Arts Party le 21 Février au Connexion, à 20h30 avec The Florentines, Dunst & un dj set de Black Market : On mélange les genres et ça finit en gang-bang artistique.
 
/Co-rédaction: Florian Bardou et Célia Coudret

Article issu de la chronique Le Point Aparté / émission LebbadShoww sur Campus FM

 

Article rédigé par Célia Coudret

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