TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESProfession : blogueuse mode

Depuis près de cinq ans, le nombre de blogueuses mode est en constante augmentation. Alors qu’au début, elles n’étaient que cinq (Garance, Alix, Betty, Tokyobanhbao et Pandora), aujourd’hui elles sont des milliers. Véritable phénomène lucratif, de nombreuses midinettes tentent leur chance pour gagner le gros lot : le partenariat avec de grandes marques… de très très grandes marques.

Au début, rien de mal, bien au contraire, le quintette magique nous vendait du rêve avec leur bons plans, astuces, fringues de mamie accordées avec des boots Minnetonka. Bref, les filles, c’était des pros du streetstyle, de l’accord, du paraître social qui peut servir. Il y en a une pour chaque style, du luxe à l’arty en passant par la vintage… Et si on n’était pas contente avec nos frenchies, il y avait toujours quelques américaines comme Jane Aldridge avec son blog SeaofShoes ou la jeune Tavi Gevinson (12 ans à l’époque, photo ci-dessus). Bref, plus besoin de dépenser 2-3 euros pour un magazine où l’on doit se taper les pages « Pourquoi il m’a quitté ? ». Avec les blogs, on avait le droit à du look, des voyages lookés et avec de la chance, on avait le mariage – looké également – de l’une d’entre elles. Ces filles ayant toutes plus de 24 ans et un job, cela légitime leurs pièces qui font baver. On ne peut rien leur reprocher, en plus elles sont gentilles et accessibles.

Et puis il y a eu celles qui ont compris le filon, la première vague de « contre-façon », mais plus en mode business où la gentillesse semble atrocement fausse. Elles te font partager toute leur vie mais sont à la limite de t’envoyer chier quand tu les accostes virtuellement. Elles ont monté un wordpress attrayant, cherchant à tout prix le copiage pour attraper les lecteurs, pas vraiment unique comme look, mais elles s’en sortent quand même bien. Alors on les laisse faire, et on commence à les lire. Mais voilà, ça fait bientôt 6-7 ans que je suis toutes ces nanas, je me suis même expatriée à New York, Los Angeles, Stockholm, Milan, Moscou et même Hong-Kong. Bref, j’en ai vu des filles qui ont la classe et la débrouille, mais il semblerait que je ne suis pas la seule dans ce tour du monde de la mode 2.0.

Les marques l’ont compris à force de voir leurs produits s’épuiser en 6 minutes comme lorsque Betty (100.000 vues par semaine) poste une photo d’une veste Circus de chez Topshop ou lorsque Alix porte le – devenu – célèbre (et sold out) sac Vitello Lux de chez Miu Miu. C’était le coup de pouce pour rafraîchir leur image. Zara va alors jusqu’à recopier sur un tee-shirt l’effigie de Pandora ou de Betty, une notoriété internationale s’installe alors. Ainsi au bout d’un moment, ce n’est plus Kate Moss qui bénéficie du premier rang du défilé Chanel (j’exagère à peine) mais bien les blogueuses. Quand les pionnières pensent à rester relativement discrètes sur leur « gifts », la business-blogueuse s’en donne à cœur joie. Elle nous matraque d’adjectifs niais à souhaits, en nous promettant un peau de bébé avec des produits aux prix exorbitants. Par moment, cela peut même devenir drôle lorsqu’elles se voient invitées une semaine à Marseille par « Little Marcel ». Oui, la blogueuse aux sleepers Yves Saint-Laurent se fait payer une semaine sur la Côte d’Azur pour une marque qu’on peut aisément qualifier de « marque de Cagole », rajoutant sa touche « trop mimi les débardeurs » (Cagole : jeune fille qui confond classe et vulgarité).

Alors on a du mal à différencier le vrai coup de cœur du plan commercial. Les reines-mères s’y prennent plutôt bien alors que les secondes nous font carrément une publicité en photographiant l’objet et UNIQUEMENT l’objet qui leur a été envoyé. D’ailleurs les articles qu’elles achètent par elles-même sont rarement autant mis en valeur.


Et puis, à l’ère de l’an 2010, où le tabou de l’apport financier est levé, un second flot continu de nouvelles blogueuses apparaît. Elles sont partout, pire que la peste noire au XIVème, elles envahissent l’internet et les plates bandes de la quintette sainteté. Elles les recopient encore plus qu’avant, copient absolument tout, d’abord le look, puis la coupe de cheveux, les lunettes voire les tatouages (tatouages que la première vague a copié soit aux illustres blogueuses, soit aux it-girls). Elles cherchent à avoir la même photo, le même angle et elles vont même jusqu’à poster leurs liens sous les articles des reines-mères, qui depuis ont adapté leur blog en anglais, espagnol, mandarin, portugais, italien, etc. Le style se copie mais jamais le talent.

Mon ras-le-bol commence donc là. La première vague de « contre-façon » a pris son propre envol mais la seconde pollue. Avec des looks kitsch, désuets, et toujours en retard, ces filles lancent leur blog pas forcément par passion mais par besoin. Besoin de se faire connaître, besoin de rentrer dans « une école de mode » ou de devenir photographe de mode, de prouver qu’elles ont du style malgré tout, besoin d’entrer dans la hype. Au final, elles démodent ce qui auparavant était un must-have. On voit par exemple la mode du tie and dye portée avec grâce par l’ultime marche du podium des filles stylées : les « it-girls » devenir moche chez la blogueuse lambda. Ayant tenté de se le faire soi-même avec un produit bas de gamme, ça donne plus l’image d’un drapeau tricolore que d’un faux effet naturel. Bref, il n’y a plus de légitimité chez les blogueuses, les pionnières perdent leur « je-ne-sais-quoi » d’unique mais la fidélité des lecteurs ne s’efface quand même pas. Les autres nanas délaissent, ou tentent tant bien que mal de rentabiliser un maximum leur pouvoir.

Finalement, comme le disait Wallace Stevens: « Il est plus facile de copier que de penser, c’est ce qui fait la mode ».

crédits photo ©thestylerookie ©misspandora ©leblogdebetty

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Article rédigé par Magalie Laur

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