TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESMasurca Fogo au TNT: Pina Baush en terre portugaise

Dans les années 1990, Pina Baush et sa compagnie, la Tanztheater, sont parties en voyage à Lisbonne. L’immersion en terre portugaise fut un total émerveillement pour celle que l’on appela plus tard la « prêtresse de la danse contemporaine ». La création du ballet « Masurca Fogo » en 1998, dont le nom renvoie à une danse populaire du Cap Vert, est née de ce voyage heureux, à la façon d’un carnet de bord, où chaque nouvelle page est chorégraphiée.

Pina Baush est un génie. Et les mots sont pesés. Dans un décor d’apparence très simple – une colline montagneuse qui s’élève jusqu’au fond de la scène, une vingtaine de danseurs vont raconter en mouvements une multitude de souvenirs, d’émotions, de mélodies et de vagues nostalgiques, issus d’un voyage que l’on devine riche et solaire. La troupe est mixte, d’âges variés, de corps hétérogènes, bien loin des canons strictement établis du monde de la danse classique, mais Pina Baush connaît bien ses danseurs. Chacun d’eux, fort d’une personnalité unique, est mis en valeur par la chorégraphe, qui dépeint non sans humour leurs traits de caractères. Les corps deviennent magnifiques, le public s’approprie les personnages, devine leurs réactions et se retrouve plongée dans un voyage qui devient le sien. Au plus grand plaisir des spectateurs, Pina Baush se permet toutes les excentricités. Les nombreuses scènes se suivent et ne se ressemblent pas. Sur des notes de fado, d’accordéon, ou de jazz, un phoque traversera la scène, les danseurs feront du ventriglisse, une (vraie!) poule s’envolera, une divine danseuse fera la vaisselle dans sa baignoire…

Entre le cirque, le ballet et le théâtre, Masurca Fogo surprend, parfois gène et plonge dans l’incompréhension. Mais le spectateur est peu à peu amené à baisser les armes et se laisser apprivoiser. On se détend, comme plongé dans un bain chaud et parfumé, où plus rien n’embarrasse. Désormais, le seul souhait du spectateur est que cela ne s’arrête jamais. Les solos féminins sont exquis, empreints d’une grande fragilité, interprétés par des danseuses sincères et passionnées. Car Masurca Fogo est un spectacle joyeux, et, s’il traite parfois de sujets profonds,  la place accordée à l’humour et la dérision en fait une bulle légère qui rend enfin à la danse contemporaine toute son accessibilité. Rien ne sert de décrire les scènes qui s’enchaînent, l’important est de comprendre que chaque mouvement, chaque parole, chaque personnage est juste, dans le bon ton, et touche par sa vérité. Un simple déhanché sur des notes de guitare trouve ici tout son sens, et il n’est pas rare de se faire surprendre, un sourire béat aux lèvres.

Les danseurs terminent leur voyage au bord de la mer, dont l’image est projetée sur toute la scène. Le clapotis des vagues qui s’échouent sur le sable rappellent avec poésie la fin des vacances, non sans une petite pointe d’amertume. La musique s’arrête. Les danseurs, après une performance de trois heures, saluent avec humilité et modestie un public qui se lève spontanément pour l’applaudir. Masurca Fogo, embarqué par l’imagination débordante de Pina Baush, a une fois de plus conquis.

Article rédigé par Mari Goicoechea

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