TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESFILM/ Main dans la Main, de Valérie Donzelli

Elle, derrière la caméra, c’est Valérie Donzelli : des traits de madone, un air pur et oisif d’enfant gâté. Lui, celui qu’elle filme, c’est Jérémie Elkaïm, un garçon gracile à la voix grave et aux cils recourbés. Tous deux sont jolis, délicats, parfaitement assortis, et pour cause : il existe entre ces deux-là une complicité dans laquelle ils puisent leur force créatrice. Ils le savent mieux que quiconque : on ne sort jamais indemne d’une aventure à deux. La leur semble les avoir liés à jamais.

Lorsque ceux-ci se rendent à l’avant-première du film Main dans la Main, organisé selon leur souhait au cinéma Utopia à Toulouse, on a l’impression de se retrouver en face de deux copains. Malgré la fatigue, ceux-ci nous accueillent, familiers, avec force pitreries et chants de noël, si bien qu’on ne sait plus tout à fait si l’on est toujours dans la fiction ou retournés dans la réalité. Après le succès de La Guerre est Déclarée, film dans lequel Valérie Donzelli dressait un portrait poignant et pourtant plein de courage des premières années de la maladie de leur fils, Gabriel, le nouveau couple fétiche du cinéma français se lance à nouveau sur la thématique du lien affectif et de ses pouvoirs insondables. Magiques. C’est d’ailleurs le terme qui conviendrait au cinéma de Valérie Donzelli, un cinéma authentique et poétique aux accents de tragi-comédie moderne.

Dans ce film, partagé entre l’univers du conte et le cinéma de genre à la Godard, Hélène Marchal (incarnée par Valérie Lemercier, sublime), directrice de l’Opéra de Paris, femme psychorigide et légèrement austère perchée sur des talons aiguilles, rencontre Joachim Fox, miroitier de province, débarqué par hasard à Paris pour remplacer un collègue. Leur rencontre se solde immédiatement par un baiser-sortilège qui les pousse à réaliser les mêmes gestes, à se suivre inévitablement. Le lien physique s’impose alors à nous comme une métaphore de la passion, celle qui nous attache à l’autre et qui, sans trop comprendre comment, nous fait basculer dans son univers. Nos deux protagonistes, contraints de passer tout leur temps ensemble, vont alors faire la découverte de leurs vies  et de leurs entourages respectifs : si ce n’est pas le choc des cultures, ça y ressemble.

 Une chose est sûre : dans la vie comme dans ses films, Valérie Donzelli sait donner de sa personne. 

C’est au moment où Valérie Donzelli décide de forcer le trait que l’incroyable se produit : entre deux clichés sur les provinciaux de sa Lorraine natale, on bascule entre le kitsch cocasse et un burlesque foudroyant, porté par une bande originale magistrale composée, entre autres, d’un tube d’Orchestral Manoeuvre in the Dark et de la pop sucrée d’Elli et Jacno. Ainsi que de titres originaux du très convoité Peter Von Poehl – à qui l’on doit The Bell tolls five, dans la BO de La Guerre est Déclarée.

Autour d’Hélène et Joachim gravitent donc d’autres personnages, dont on perçoit la difficile ascension dans une vie où chacun aimerait pouvoir se reposer éternellement sur l’épaule d’un autre que lui-même, un alter ego. Tous jalousent d’ailleurs cette relation privilégiée où l’on fonctionne main dans la main, et la subtile gravité de ce film tient dans cette souffrance éprouvée face à cette solitude que l’on comble par tous les moyens.

Plus qu’un film, c’est un poème profondément intimiste que nous offre la réalisatrice Valérie Donzelli, une ôde à la tendresse marquée par une vision atypique de l’amour. De l’indispensable présence de l’autre qui nous révèle et nous enchante. Pas de doute : Main dans la Main est un film qui a de la poigne.

Article rédigé par Julie Lafitte

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