TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESFILM/ Les Invisibles, de Sébastien Lifshitz

Ils ont entre 50 et 80 ans. Ils sont en couple ou vivent seuls. Ils ont connu les amours contingentes chères à Sartre et de Beauvoir. Voici les dénominateurs communs des différents protagonistes qui se succèdent dans le documentaire de Sébastien Lifshitz. Pour le reste, tous ont leur propre histoire dont le film tente de se faire l’écho. Avec brio!

La force des témoignages

Les Invisibles, documentaire du réalisateur français Sébastien Lifshitz, est sorti en salle mercredi 28 novembre, en plein débat sur « le mariage pour tous ». Entre esthétisme dans la prise de vue, et cohérence dans la construction du scénario, le film réussit là où d’autres ont peut-être échoué: donner à voir et à entendre du vécu, de l’humain, grâce à la force des récits de vie qui y sont exposés.

Ce sont au total 12 profils qui se succèdent tout au long du film. Jacques et Bernard, les vieux tourtereaux, sortis d’un roman de Marcel Pagnol selon le réalisateur ; Pierre et Jacques, la cinquantaine, passionnés par les oiseaux, qui ne se sont pas quittés depuis ce regard dans un rétroviseur ; Pierrot, éleveur de chèvre, dans un village reculé, bisexuel octogénaire et libre comme l’air ; Monique, la gouine rouge, militante de la première heure aux côtés du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR) ; ou encore, Thérèse, mère de 4 enfants la quarantaine aujourd’hui, qui en mai 68 découvre les plaisirs féminins ou «comment une vie bascule à travers une main qui s’aventure».

Authenticité et dédramatisation voici deux substantifs bien adaptés pour décrire ce qui au final fait donc la force de ces témoignages. Authenticité des sentiments, des rapports sociaux, du quotidien de ces gays et lesbiennes version troisième âge. Dédramatisation aussi dans l’approche de la question. Voici enfin un film qui plairait à feu Michel Foucault et qui appréhende l’homosexualité comme « un mode de vie ». Belle application du droit à l’indifférence donc pour ces hommes et femmes qui ont aimé – et continuent à aimer – dans des temps pas si éloignés que ça, ou homosexualité rimait avec déviance et pathologie.

Bernard (82 ans) & Jacques (84 ans) - couple marseillais.

Un film militant ?

Pour autant, peut-on parler d’un film militant? Pour répondre à notre cher Eric Zemmour qui reprochait le soi-disant militantisme homosexuel du documentaire dans son émission du 30 novembre sur Paris première: non, il ne s’agit pas d’un film militant! Bien au contraire, la démarche de Sébastien Lifshitz ne va pas dans ce sens , et cherche plutôt à montrer avec humour, légèreté, liberté ou contemplation, des tranches du quotidien de personnes âgées aux sexualités divergentes, loin des représentations stéréotypées du troisième âge – isolement, solitude, maladie et j’en passe…

A l’inverse, ce sont des êtres épanouis et libres qui nous sont présentés au travers de l’oeil admiratif du réalisateur. Tout au long du film d’environ 2h – quand même -, la poésie vient accompagner la trivialité de certains passages. Poésie aussi dans la manière dont Sébastien Lifshitz a choisi de filmer l’environnement des protagonistes qui pour la plupart vivent en milieu rural. Aux séquences témoignages, se succèdent beaucoup de plans contemplatifs de la nature – champs, forêts, troupeaux et consorts – qui renforce l’authenticité du contexte des invisibles et qui par là-même esthétise la normalité de leur quotidien.

Article rédigé par Florian Bardou

(A)parté pas si vite !

Saison 2o2o-21: Aparté recrute !

Envie de rejoindre le pôle événementiel ou le webzine Aparté 😀  ?