TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESFILM / La Domination Masculine, de Patric Jean


« Je veux que les gens se disputent en sortant de la salle », c’est ce que s’est dit Patric Jean, réalisateur belge, en tournant le film La Domination masculine. Le titre, volontairement contestataire, nous renvoie à un préjugé construit autour du genre masculin : son aspect dominateur, sa soif de pouvoir, de possession. C’est pourtant les préjugés que condamne la théorie des genres, appelé également gender studies aux Etats-Unis, et qui constitue un véritable objet d’étude : l’objectif est de montrer que, si des différences génétiques existent entre les sexes (fille/garçon) dès la naissance, la société tend à les naturaliser, voire à les cloisonner en genres (masculin/féminin). Le titre La Domination masculine, en se concentrant sur un seul aspect du genre masculin (et non pas du sexe masculin) ne cherche pas à tomber dans le cliché, ni à faire des généralités, au contraire. Le but n’est pas de montrer le genre masculin comme déviant, mais de montrer les déviances que peuvent entraîner la construction sociale d’un homme ou d’une femme.

« Depuis des millions d’années que l’on s’intéresse aux arts ménagers, l’outil le plus parfait, le seul outil qui ravaude, qui lave, qui épluche les pommes de terre, qui soigne les enfants et qui sourit à son mari, c’est la femme. Alors n’hésitez pas, achetez une femme ! » Pierre Tchernia, 1965

Dès le début du film, on entre au coeur du questionnement sur la domination masculine : pourquoi se perpétue-t-elle? Tandis que notre génération pense être la chanceuse héritière d’années de combats gagnés en faveur du droit des femmes, les faits continuent à attester les inégalités hommes/femmes dans la société. Sans doute persiste-t-on à croire que nos gênes sont à l’origine de nos différences sociales : c’est ce que tend à montrer le documentaire. Les premières images témoignent du culte fondé autour du sexe masculin, symbole de pouvoir et de domination : un homme, sur son lit d’hôpital, explique pourquoi il a choisi de faire rallonger son pénis « sans ça, je ne dis pas que je me serais suicidé, mais presque ». Le sexe masculin est ici symbole de virilité : de caractère sexuel, il devient vecteur de reconnaissance au sein d’un genre, le genre masculin.

De la construction genrée au machisme ordinaire, il n’y a qu’un pas : c’est autour de cette problématique intemporelle que se construit le film de Patric Jean. La petite fille, sensible et pleurnicharde, deviendra secrétaire ou caissière. Le petit garçon, lui, pourra prétendre à des métiers tels qu’avocat ou policier. Apprendrait-on finalement à la gent masculine à se positionner, dès l’enfance, en être supérieur vis-à-vis des femmes? Le film témoigne en tout cas d’un fait : nous sommes loin d’être parvenus à rétablir cette égalité hommes-femmes que nous nous targuons à tort de respecter depuis des décennies.

Loin de tomber dans les clichés féministes, La domination masculine s’empare d’un constat : comme nous sommes socialement déterminés par notre éducation, nous persistons à croire qu’un clivage existe entre les hommes et les femmes, et l’entretenons nous-mêmes. Ces images d’un speed dating en témoignent, montrant des jeunes femmes assimiler prince charmant et mâle dominant. Les chiffres nous montrent chaque année les déviances de ce que nous assimilons comme un fait naturel : en 2012, une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son partenaire.


En 2011, la petite Riley fait le buzz en clamant son indignation contre les jouets sexués.

Article rédigé par Julie Lafitte

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