TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESAllan Clayton & Peter Hobday: l’opéra dans la peau

Confortablement installés dans les voltaires du salon de l’appartement rue des Tourneurs où le rendez-vous a été fixé, deux des acteurs de l’opéra Written on Skin attendent patiemment leurs cafés généreusement proposés par les hôtes du jour. Le premier, n’est autre que Allan Clayton, ténor, la trentaine, un des rôles principaux de Written on Skin – opéra contemporain de George Benjamin au Théâtre du Capitole de Toulouse du 23 au 30 novembre (Compte rendu de Written on Skin, ici). Le deuxième, Peter Hobday est un jeune comédien de 23 ans qui n’a pas ici de rôle chanté, mais qui incarne un des anges. Portraits.

Peter Hobday (à gauche) et Allan Clayton (à droite), comédiens dans Written on Skin - ©Gaëtan Ducroq
Peter Hobday (à gauche) et Allan Clayton (à droite), comédiens dans Written on Skin - ©Gaëtan Ducroq

«Je pensais que j’allais avoir plus à chanter»

Barbu, un peu d’embonpoint, Allan Clayton est un peu le stéréotype du chanteur d’opéra. Il répond toujours avec le sourire et une touche d’humour aux questions posées. A 31 ans, ce jeune chanteur n’en est évidemment pas à sa première représentation. Né d’une mère galloise et d’un père anglais à Worcestershire – ouest de l’Angleterre -, il revendique ses origines galloises: «Je ne suis pas autorisé à être anglais. Semi-gallois, semi-anglais. Gallois pour le rugby, anglais pour le football». Diplômé du St John’s College de Cambridge et de la Royal Academy of Music in London, il vit désormais dans la capitale britannique.

Sa carrière de ténor débute réellement l’année de ses 22 ans, durant laquelle il interprète un rôle en moins d’un mois dans La flûte enchantée de Mozart, et dans Peter Grimes de Benjamin Britten – opéra anglais de 1945 parmi les plus célèbres du XXe siècle. Peter Grimes est selon ses mots l’opéra qu’il préfère pour sa profondeur et la beauté du texte, notamment du poème de base The Borough de George Crabbe. « C’est un peu cliché pour un chanteur britannique d’aimer cet opéra, mais je pense que c’est la meilleure chose que n’est jamais écrit Benjamin Britten, et c’est la plus importante oeuvre à sortir d’Angleterre sur 400 ans, parce que tout le monde pensait que l’opéra en Grande-Bretagne était mort alors qu’il était bien vivant en France, en Italie, en Allemagne et même aux Etats-Unis. Il est tellement puissant, (…), dévastateur. C’est comme cet opéra: Written on Skin » affirme-t-il.

Allan Clayton - ténor ©Gaëtan Ducroq

Le rôle d’ange qu’il occupe dans Written on Skin, est un rôle en partie écrit pour sa voix. Il est le fruit de sa rencontre avec George Benjamin, le compositeur de l’opéra, en amont. Pour l’anecdote, quand George Benjamin l’a contacté, il venait de découvrir une semaine auparavant le compositeur sur les recommandations d’un ami. Comme quoi le hasard fait bien les choses! Lors d’une audition, avec Benjamin, il rencontre l’auteur du livret Written on Skin, Martin Crimp et l’ancien metteur en scène Luc Bondy avec qui le feeling passe rapidement. George Benjamin à l’occasion de plusieurs rencontres prend des notes sur sa voix et écrit donc un rôle presque sur mesure, ce à quoi Allan n’a évidemment pas dit non. «Le fait de savoir que quelqu’un est en train d’écrire quelque chose pour ta voix… il n’y a aucune possibilité pour refuser», et ce même si, «je pensais que j’allais avoir plus à chanter », déclare-t-il avec une pointe de déception mêlée à de l’auto-dérision.

«J’aime jouer sur scène parce que j’aime faire semblant d’avoir un tas de métiers plutôt qu’un seul»

Après une petite séance photo dans la cours du bel immeuble à coupole et tout de briques roses vêtu, Peter Hobday en vient à se présenter. Peter n’a que 23 ans. Originaire de Cheshire près de Manchester, il est tout juste diplômé de la Central School of Speech and Drama de Londres – d’où sont sortis Daniel Radcliff et Emma Watson pour ne citer qu’eux. Il interprète dans Written on Skin son véritable premier rôle pour un spectacle d’une telle ampleur, même s’il joue du théâtre depuis ses 8 ou 9 ans.

Le jeu a toujours été son credo. Il explique son goût pour le théâtre, notamment par les possibilités d’interprétation que cette forme d’expression artistique offre. «J’aime jouer sur scène parce que j’aime faire semblant d’avoir un tas de métiers plutôt qu’un seul… Je ne suis pas assez malin pour être scientifique, mais je peux faire semblant de l’être. J’adore aussi jouer devant un public. J’adore l’excitation que procure tout ça», affirme-t-il. Pour l’anecdote, il confie que son premier rôle dans une pièce, quand il n’était encore qu’un enfant, était celui d’une des deux méchantes soeurs dans Cendrillon.

Peter Hobday, acteur - ©Gaëtan Ducroq

Pour lui aussi, sa présence dans Written on Skin relève un peu des fruits du hasard. Grand admirateur de la metteuse en scène britannique Katie Mitchell, il voulait absolument travailler sur un de ses projets. Il ajoute: « Dans ses spectacles, elle utilise des acteurs très techniques. Elle a plusieurs projets en cours et je savais qu’il y en avait un qui pouvait me correspondre ». Il décide alors de lui envoyer un mail pour demander une audition pour un de ses projets théâtral. Mais à la place elle lui offre une audition pour Written on Skin, ce qu’il accepte. Il aura le rôle qui consiste à interpréter un ange-archiviste. « Il y a cinq chanteurs et quatre acteurs dans l’opéra. Je dis toujours que nous déplaçons juste des objets sur scène à des vitesses de jeu différentes et nivelées. Mais je suppose que tu ne peux pas mettre ça dans ton article », précise-t-il avec avec humour. En réalité, son rôle consiste réellement à assister les anges chanteurs dans la reconstruction du scénario parallèle du XIIIe siècle. En résumé, préserver tous les objets, artéfacts et costumes de la période et aider les autres anges.

En parallèle, Peter n’a pas encore d’autres rôles, puisque la tournée de Written on Skin ne lui laissait pas assez de temps – déjà 6 mois de jeu depuis le festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence depuis juillet dernier. Cependant, il y a peu, il a monté un projet de vidéo performance à travers son site Internet et Youtube: MONO_POP: The voices of real people. The faces of MONO-POP. Ce projet qui mêle théâtre et vidéo consiste à interviewer des gens dans la rue sur un sujet, puis, après tout un travail de mise en scène et de création de personnages, à filmer un acteur qui joue le texte en synchronisant ses lèvres sur la voix de l’enregistrement. Il n’en est qu’à ses débuts mais semble très confiant dans l’avenir.

Extraits de son dernier MONO_POP:

 

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter les sites respectifs de Allan Clayton et de Peter Hobday.

 

Article rédigé par Florian Bardou

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